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Tabagisme

Des avancées importantes ont été enregistrées dans la lutte contre le tabac depuis 2012 mais il reste à sortir le tabac des boutiques pour le faire commercialiser par des buralistes dont les activités seront soumis à l’autorisation des gouverneurs de région, dit le cancérologue Abdoul Aziz Kassé.
« Il manque à l’appel un dernier arrêté sur les débits de tabac. Si on laisse le tabac se faire vendre dans les boutiques et n’importe où, les jeunes seront de plus en plus exposés et on peut leur vendre du tabac de contrebande sans être inquiété par un organe de contrôle », a-t-il souligné dans un entretien avec l’APS.
Dans les boutiques, « l’accès géographique et financier est beaucoup plus facile pour les jeunes et du coup, si la vente se faisait dans des débits de tabac dédiés, les gouverneurs de région auront la charge de donner des autorisations à des buralistes, c’est-à-dire des bureaux de vente de tabac », a expliqué le professeur Kassé, président d’honneur de la Ligué sénégalaise contre le tabac (LISTAB).
« A l’heure où on cherche à créer des emplois, c’est près de 15 000 buralistes qui seront créés au Sénégal pour autant d’emplois pour des jeunes », a assuré le cancérologue qui a dirigé la LISTAB pendant plus de dix ans avant d’en devenir le président d’honneur.
Avec l’existence de buralistes, « ces jeunes peuvent être encadrés et formés par des organisations comme la LISTAB pour leur faire comprendre les enjeux de cette vente dans cet espace », a-t-il expliqué.
« Vous sortez le tabac des boutiques, vous le faites vendre par des gens qui en réalité ont des recommandations très précises, une réglementation claire sur les procédures de vente et les cibles. Mais si cela n’est pas réglementé et pris en charge par l’Etat, l’industrie du tabac va encourager la création de kiosques, de pousse-pousse, de tabliers pour vendre dans l’informel la cigarette partout et à tout le monde même les mineurs », a souligné le cancérologue.
Selon lui, « l’endroit le plus sensible où il faut agir, pour inciter les gens à arrêter de fumer, c’est bien l’école, puisque 92% des fumeurs ont commencé à l’école, notamment au collège ».
La loi stipule qu’il ne doit pas avoir de point de vente de tabac à moins de deux cents mètres d’un établissement scolaire, mais « malheureusement » boutiques et cantines continuent d’être construites autour des murs des écoles, pour vendre du tabac, a-t-il déploré.
L’argent généré par la vente de tabac par les buralistes serait déposé dans les banques et pourra profiter à la marche de l’économie nationale, a indiqué le spécialiste, selon qui « organiser la vente de tabac a une répercussion importante sur le plan économique ».
Toutefois, a-t-il relevé, « l’industrie du tabac ne nous laisse pas faire et agit au plus haut niveau pour que la vente ne soit pas organisée et interdite aux mineurs ».
Avec des buralistes dans toutes les communes, les ventes illicites et la contrebande de tabac vont diminuer, a assuré le professeur Kassé, appelant la société civile à porter ce combat qui participe à la création d’emplois.
La LISTAB a d’ores et déjà contacté la Délégation à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ) pour lui envoyer une présentation sur cette proposition, a-t-il signalé.
Un autre point non encore réglementé concerne les espaces fumeurs, même si la loi spécifie clairement l’interdiction de fumer dans les lieux publics et les lieux ouverts au public, la seule exception portant sur l’aménagement de fumoirs.
Des fumoirs qui doivent avoir des dimensions précises, un système d’extraction de la fumée par une ventilation différente, conditions qui ne sont selon lui respectées nulle part.
Aussi la LISTAB milite-t-elle pour « une interdiction totale sans cette exception qui ouvre la porte au non-respect de cet aspect de la loi », a dit son président d’honneur.
Concernant la lutte anti-tabac au Sénégal, il a reconnu que le gouvernement du Sénégal est à féliciter puisque jusqu’en 2012, « il n’y avait rien dans la lutte contre le tabac, mais deux ans de bataille s’en est suivi » sous l’égide de la LISTAB, pour arriver à faire voter par l’Assemblée nationale la loi anti-tabac en 2014, a indiqué le professeur Kassé, figure majeure de la lutte contre le tabagisme au Sénégal.
« Là, le président (Macky Sall) a été exemplaire puisqu’une semaine après le vote, il a promulgué la loi », a-t-il relevé, ajoutant que par la suite, après « d’âpres batailles, la LISTAB a réussi à faire signer les décrets d’application en 2016 ».
S’agissant de l’usage du tabac, il a cité une étude menée en 2015 par plusieurs organisations dont « Américan Cancer Sociéty », Campaign for Tobacco Free Kids (CTFK) et le Center Disease Control.
Les résultats de cette enquête indiquent selon lui qu’un demi-million d’adultes sénégalais utilisent les produits du tabac avec 11,0 % d’hommes et 1,2 % de femmes.
« Aujourd’hui, on a l’impression en se promenant qu’il n’y a pas beaucoup de fumeurs, mais l’impression à elle seule ne suffit pas, il faudrait refaire cette enquête cinq ans après pour mesurer l’impact de la loi antitabac dans la lutte contre le tabagisme », a commenté le cancérologue.
Il a évoqué une « avancée significative » relativement au prix de la boite de cigarettes qui a triplé, passant de 200 à 600 francs.
Le professeur Kassé a cité également l’interdiction de la publicité sur le tabac, alors qu’avant « il y avait une floraison » de panneaux publicitaires, d’événements dans les marchés ou places publiques ainsi que dans les campus universitaires, pour faire la promotion de marques des cigarettes.
Une « avancée notable » est aussi à lier aux avertissements sanitaires en couleurs et sous forme d’images sur les dangers du tabac, des signes qui occupent 70% de la surface des paquets, a-t-il fait observer.
La Journée de lutte contre le tabac, célébrée chaque 31 mai, porte cette année sur le thème : « S’engager à arrêter de fumer » et sera l’occasion, au Sénégal, de mener un plaidoyer pour l’application dans son intégralité de la loi anti-tabac.