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mamadou ibra kane

L’avion présidentiel ou de commandement fait encore débat. Comme il y a 10 ans avec son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, le Président Macky Sall fait face à la tempête. Les sempiternelles questions sur l’opportunité de l’achat d’un aéronef pour le Chef de l’Etat sont remises sur la table. Au goût du jour même. Pourquoi maintenant et non plus tard ? Pour quoi faire ? À quel prix ? Certains parmi les plus sceptiques, à défaut de le remettre en cause, s’interrogent sur l’argument « Secret Défense » utilisé pour justifier le voile ayant entouré l’opération d’achat.Des questions légitimes, surtout dans les démocraties modernes qui consacrent la transparence comme mode de gouvernance des ressources publiques. Le contribuable a le droit de demander des comptes dès lors que le moindre franc tiré de sa poche est investi dans une voiture, un train ou un avion. Or c’est le cas aujourd’hui avec la polémique sur l’avion dit présidentiel.

La nouvelle, longtemps gardée secret, est tombée tel un couperet le lundi 24 mai, jour férié, chômé et payé pour raison de Pentecôte. Et c’est le porte-parole du Gouvernement qui est envoyé au charbon pour ne pas dire au pilotage de la communication. Le communiqué du Ministre : « La République du Sénégal réceptionnera le 16 juillet 2021, auprès de la compagnie Airbus, un nouvel avion de commandement présidentiel A-320 NEO, neuf, en remplacement de l’appareil A-319, fabriqué en 2001, acquis en seconde main en novembre 2010, et mis en service en mars 2021 ».

Pour ceux qui ne comprennent pas encore le communiqué, c’est simple. Il y eût « La Flèche des Almadies » de Senghor. Ensuite arriva « La Pointe de Sangomar » qui accompagna les 19 ans de Diouf et une partie des années Wade. Et vint par Wade « La Pointe Sarène » dont hérita Sall qui vient de décider, à son tour, de ranger le vieil appareil au Musée des archaïsmes.

La lecture du communiqué du Ministre porte-parole du Gouvernement amène à poser la question suivante : que s’est-il passé pour que le Sénégal soit obligé… en seulement 10 ans, de changer d’avion pour le président de la République (!) Comme on changerait de chemise ? L’A-319 acquis en seconde main en 2011, sous la présidence Abdoulaye Wade, était-il déjà vétuste ? Les 20 milliards de francs CFA annoncés officiellement comme étant le prix de l’avion alors utilisé par le président français Nicolas Sarkozy, se justifiaient-ils pour un tel aéronef ? Erreur de jugement. N’aurait-il pas été plus judicieux d’acquérir un nouvel appareil à l’époque ? Avec le recul, oui. Mais que n’aurions-nous pas dit !

Le même questionnement accueille l’arrivée prochaine du nouvel avion de commandement présidentiel. Son prix d’achat de 57 milliards donne de l’urticaire à de nombreux acteurs politiques et de la société civile. Normal. A chacun son rôle. Et les critiques peuvent se comprendre au regard du court intervalle entre les deux Airbus qui auront finalement coûté près de 80 milliards sans compter toutes les autres charges liées à leur exploitation. Le contexte de rareté de l’argent consécutif à la difficile période de pandémie et le plaidoyer du Sénégal pour l’annulation de la dette africaine ne sont pas moins des arguments en défaveur de l’acquisition du luxueux A-320.

Cependant, à côté de toute thèse il y a une antithèse. Pour légitimes que soient les interrogations sur l’opportunité de la dépense et les exigences de transparence exprimées, il est à reconnaître qu’un Avion présidentiel n’est pas un luxe encore moins un jouet. C’est une question de souveraineté. De rang. De prestige. De sécurité surtout du président de la République. Et de sûreté de l’Etat. S’y ajoute que le Chef de l’Etat ne sera pas le seul passager de l’avion. D’autres vont l’emprunter.

Loin d’être un jet privé, l’appareil est plutôt un bien public que le propriétaire, l’Etat du Sénégal met à la disposition du président de la République. Certes, il s’appelle aujourd’hui Macky Sall. Mais demain, il se nommera X ou Y. Quant au coût, 57 milliards jusqu’à plus ample informé, les modalités du règlement, étalé sur 24 mois nous semblent acceptables. 2 milliards 375 millions par mois, ce n’est quand même pas la mer à boire pour un Etat qui n’est pas en situation de banqueroute. Si on y soustrait les 5 milliards qui seront récupérés de la vente de la défunte Pointe Sarène, on peut dire que le compte est bon.

Le 16 juillet, la République réceptionnera son nouveau bijou. Remarquez qu’on sera à 2 jours près du 14 juillet, fête nationale de la France. Le 16 et non le 14 juillet, les symboles sont ainsi saufs. Heureusement. Bienvenue à bord, décollage imminent… !

 

 

 

Ethnicisme. Il ne manquait plus que ça ! Le Sénégal joue avec le feu. Point besoin de convoquer le Rwanda dans le débat pour savoir que ce cynique jeu est dangereux. Le Rwanda et ses belles collines transformées en torrent de sang et de larmes. Le souvenir est toujours vivace et la plaie ne va peut-être jamais se refermer. Serions-nous donc tentés par le diable ? Alors que les autres le fuient comme de la Covid-19, nous voilà, nous Sénégalais en train de nous amuser avec le diable. La pandémie ne suffit-elle pas déjà à notre peine ?

Sachons une chose : une pandémie « ethniciste » n’a pas besoin de « seconde vague » pour tuer. Juste une seule vague lui suffira pour nous exterminer tous. Ethnicisme ! Rien que son évocation doit faire trembler. Passe encore tant qu’il s’agit de défendre son appartenance à une « ethnie » comme à un pays, une région, une religion. Mais en faire une doctrine comme cela s’est passé ailleurs avec les conséquences désastreuses que l’on sait ou à l’image d’un certain Hitler et sa fameuse race aryenne, le chaos est garanti. L’humanité a sombré à chaque fois que des illuminés ont théorisé et exécuté l’idée fallacieuse de la « supériorité » d’un groupe d’individus sur un autre groupe. Non, pas ça au Sénégal !

« Un Président ne devrait pas dire ça… » Un opposant non plus. Surtout pas un journaliste ! Un argument, quelles que soient la voix ou la parole qui le portent et même étayé par des faits irréfutables, cet argument perd de sa force, de sa valeur et finalement de sa pertinence dès lors qu’il est de nature à jeter le trouble dans les esprits. Pire, à faire exploser le tissu social pour mettre en péril la concorde nationale. Qui veut brûler ce pays-mère et si cher ? De quoi le funeste « Projet » est-il le nom ? Des questions graves auxquelles personne n’ose apparemment répondre. Du moins, la réponse tangue entre la politique de l’autruche et la peur de parler. Pourtant la sagesse recommande depuis belle lurette la vigilance et le ressaisissement.

Sagesse. Serigne Mountakha Mbacké en est assurément un de symboles en ces moments de passions fortes avec leur comptabilité macabre : 12 personnes dans la tombe, selon Amnesty. Cependant, il est judicieux de se demander, qui a osé, dans l’entourage du Sage de Touba, organiser l’audience troublante à laquelle ont eu droit Clédor Sène et Assane Diouf. Avouons que ces deux « talibés » ne sont pas communs et ils sont loin d’être commodes. Quelque chose de grave a dû se passer dans la cour du respecté et respectable khalife général des Mourides qu’on est bien curieux de savoir. Le pardon peut être accordé à tout fautif quel que soit le délit ou le crime, surtout quand il fait amende honorable – tuub en wolof. Mais Assane Diouf et Clédor Sène méritent-ils l’audience qui leur a été accordée à Touba ? Comment ont-ils pu obtenir l’entrevue avec le Khalife ? Mystère.

Le Président Alpha Condé, lui, ne fait plus mystère de ses états d’âme. Très curieuses, pour ne pas en dire davantage, les déclarations du chef de l’Etat guinéen selon lesquelles, nous le citons : « Toutes les tentatives de déstabilisation visant la Guinée viennent du Sénégal. » Venant de Condé, cela ressemble fort à un écran de fumée. Un autre « Président qui ne devrait pas dire ça… » En tout état de cause, les périls montent au sein et autour du Sénégal. Un Président averti, Macky Sall en l’occurrence, s’apprête à parler au pays à l’occasion de son message à la Nation du 3 avril, veille de la Fête de l’Indépendance. Le peuple est à l’écoute. Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse. Il représente une menace à l’image d’un loup solitaire.

Après le Plan Sénégal émergent, voici le Plan Sénégal anti-Corruption. L’évocation, mercredi, en conseil des ministres, de la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption sur la période 2020-2024, laisse supposer une volonté d’agir, à tout le moins une prise de conscience de l’ampleur et de la profondeur du mal. « Une première du Sénégal indépendant ».
C’est ainsi que le président de la République qualifie lui-même sa stratégie contre la corruption dont il demande « la vulgarisation et l’intensification » après sa validation le 16 septembre 2020. Le récent classement du Sénégal dans l’indice de perception de la corruption n’est certainement pas étranger au coup de sang du chef de l’Etat à l’endroit de son gouvernement. En effet, notre pays, avec 45 points sur 100 soit une moyenne de 4, 5 sur 10, pointe à la 66ème place mondiale et à la 7ème au niveau africain. Pas encore sorti de la fameuse zone rouge pour ne pas dire, de l’ornière ! Un classement qui ressemble fort à du surplace depuis 2016, tel un cycliste pédale dans la semoule.
La corruption, une véritable pieuvre des temps anciens et modernes. Difficile de savoir par quel bout prendre la bête tellement sa tête est enfouie dans les pratiques sociales sénégalaises. Dans son livre, La corruption bureaucratique au Sénégal, paru en 2018, l’expert en développement, Cheikh Tidiane Dièye diagnostique le mal et met le doigt sur la plaie. « Ce qui est mauvais aux yeux de nombreux Sénégalais, écrit-il, c’est de manger de façon égoïste, gourmande et arrogante en excluant les autres des bénéfices du détournement. » Dit autrement dans un wolof châtié  : Senegaale bañul ku ko sacc ku ko joxul wallam la bañ.
La vérité, ce qui en constitue d’ailleurs l’équation, est que la pratique de la corruption n’est pas toujours perçue comme telle. Mieux ou pire, elle relève d’une certaine culture du neexal ou du weexal, considérée sous d’autres cieux comme étant bakchich ou pot-de-vin. L’OFNAC, Office national de Lutte contre la Fraude et la Corruption, est ainsi invité à se mettre en relation avec le Gouvernement et l’ensemble des acteurs, partenaires impliqués, pour accentuer la vulgarisation du document de stratégie obtenu par consensus. Si ce n’est une gageure, c’est au moins un grand défi qui attend cette sorte de Team Senegal contre la corruption quand on sait que le combat qui est ainsi engagé à ceci de particulier, que tous les acteurs ne regardent pas toujours dans la même direction.
Qui a intérêt à lutter contre les pratiques corruptives et qui n’y a pas intérêt ? Ces pratiques ne sont pas l’apanage exclusif des Etats ou au sein des Etats. Elles sont également courantes dans le Privé national comme international. De sérieuses études montrent que la corruption est elle-même une affaire de budget, voire de gros budget.
Tous les moyens sont bons pour obtenir un contrat par-ci ou un règlement par-là. Société pour société, tout est finalement question de jeu d’intérêts.
L’OFNAC a attiré les projecteurs cette semaine, avec la Déclaration de patrimoine du président du Conseil économique, social et environnemental. La fortune supposée d’Idrissa Seck a fuité dans les médias. L’ancien Premier ministre du Président Abdoulaye Wade et nouvel allié du Président Macky Sall est présenté comme un homme fortuné. Vrai ou faux ? Licite ou illicite ? L’Office national de lutte contre la Fraude et la Corruption a cru devoir rappeler « la stricte confidentialité » des déclarations de patrimoine en tentant de dégager sa responsabilité dans ce qui ressemble à une violation manifeste des données personnelles de l’assujetti.
« Les informations dont il est fait état n’engagent que leurs auteurs et ne sauraient émaner de ses services », précise l’OFNAC. Difficile pour l’institution dirigée par la Magistrate Seynabou Ndiaye Diakhaté de convaincre son monde. Son communiqué ajoute à la confusion. Pour autant, l’OFNAC ne disculpe pas. Quid des autres assujettis pour qu’on ne se focalise que sur le seul cas Idrissa Seck ? La déclaration à l’entrée de ses biens est une chose, mais la déclaration à la sortie est autrement plus importante. C’est une question de cohérence et d’éthique. Il y va de l’efficacité et de la crédibilité de l’OFNAC. La corruption est une pandémie  : il y a le préventif et le curatif

Aly Ngouille Ndiaye a confirmé hier chez Mamoudou Ibra Kane que la ville de Dakar et ses environs sont en train d’être quadrillés par des centaines de caméras pour juguler l’insécurité et lutter contre les attaques terroristes. Le ministre de l’Intérieur en a profité pour annoncer la nomination de la personnalité indépendante pour diriger le dialogue politique mercredi prochain