fbpx

Contribution


Cette contribution est – une réflexion – qui fait suite aux propos de Messieurs Amadou Bâ et Augustin Senghor respectivement ministre des Sports et Président de la fédération sénégalaise de football. Ces derniers répondaient aux propos de certains joueurs de l’équipe nationale de football, notamment Sadio Mané, qui se plaignaient de l’état « catastrophique » des infrastructures sportives du Sénégal en particulier le Stade Lat Dior de Thiès. « Ici, ce n’est ni Chelsea ni Liverpool…Lat Dior est meilleur que beaucoup de stades africains » dira le Président de fédération sénégalaise de football. Ce qu’il faut éviter, renchérissait Monsieur le Ministre, « c’est de faire la comparaison. On ne peut pas avoir les mêmes conditions qu’à Liverpool ou Manchester […] Quand on est en Afrique, il faut se mettre dans la tête qu’on peut être confronté à des difficultés qui peuvent être liées à des gazons, à l’environnement ou même aux conditions de voyage ».

Que peuvent bien traduire ces commentaires ? Une maladresse ? De l’ignorance ? Notre incapacité à nous remettre en question ? Notre sous-estimation des enjeux ? Un état d’esprit résigné ? Que le Sénégal ne peut faire mieux en la matière ? Que notre jeunesse doive se contenter de ce qu’elle a et nos footballeurs se satisfaire de l’état des terrains ? Chacun se fera sa propre opinion. Mais, accordons-leur le bénéfice du doute et faisons preuve de nuance (Birnbaum, 2021) !

En tout cas, ces discours nous enjoignent de rappeler ici trois idées que nous avons exposées antérieurement (Sarr, 2012, 2019) et qui peuvent constituer un horizon pour celles et ceux qui s’intéressent au débat public.

La première est que nous avons besoin, dans ce pays, d’une « révolution des consciences », d’une « refondation idéologique » qui nous libérerait de nous-mêmes, de nos certitudes hasardeuses et nous permettrait d’appréhender le développement dans toute sa dimension. C’est-à-dire comme « processus global incluant les dimensions économiques, sociales, culturelles, certains y ajoutant la dimension politique » (Khôi, 1984). En effet, il doit être « saisi dans son intégralité, car dépassant les phénomènes économiques de croissance, il englobe aussi les éléments d’ordre psychologique, moral, social, culturel, politique, religieux qui concourent à la valorisation des personnes et des sociétés » (Barrère, 1991). Pourquoi ? Parce que nous sommes parfois nos propres ennemis et nos actions, nos postures, nos prises de position sont à rebours de nos ambitions. Qu’ont-ils de plus que nous à Chelsea, Liverpool ou ailleurs ? Certainement pas la raison ? Faisons donc preuve de courage, d’inventivité et adaptons-nous aux réalités de notre temps.

La deuxième est qu’une politique d’illusions est une politique fatale, elle conduit à la décadence.

Quelle est la raison d’être de la politique si ce n’est de fournir des capabilités d’épanouissement pour chacun et pour tous ? Quand la politique refuse d’être au service du bien commun, elle devient otage de pratiques et d’idéologies malsaines qui annihilent toute évolution et facilitent l’émergence de pratiques et de comportements néfastes à la société tout entière. À celles et ceux qui s’activent dans la vie politique, la tâche est sans doute immense, mais puisque tel est votre choix, sachez que la politique doit faire advenir les rêves, car les rêves, comme les désirs et les espoirs sont les étoiles de nos vies. Faites en sorte que les rêves de notre jeunesse soient leur réalité.

La troisième est qu’il faut résolument envisager les politiques publiques sous l’angle de l’analyse et de l’évaluation constantes. Car, cela contribue à une meilleure connaissance du fonctionnement du système politico-administratif dans ses rapports avec la société, incite à une plus grande cohérence de l’action publique et participe à l’enrichissement du débat politique lui-même (Nioche, 1982) Cette analyse et cette évaluation sont, par conséquent, une double exigence de recherche et de correction des erreurs, d’une part, de démocratie, d’autre part. Elles permettent également de concilier, du même coup, légitimité du pouvoir est légitimité d’action. L’exercice du pouvoir politique ne peut plus se résumer à la seule affirmation de grandes valeurs universalisables dont la garantie nécessite l’usage de la contrainte, elle se manifeste aussi par des politiques publiques, des programmes d’action, autrement dit par des activités susceptibles de conséquences (Durand, 2010) positives sur le quotidien des Sénégalais.

En somme, à vous tous qui aspirez à faire avancer les choses, à Sadio et aux autres, vos positions vous commandent de tenir le flambeau. C’est aussi cela la démocratie.

Pierre SARR

 

(Extrait du chapitre 17 pages 136-151 du tome-1 du livre « Géostratégie Africaine » de Jean-Paul Pougala – IEG 2012)

A- Les vraies raisons de la guerre En Libye
1- Manque à gagner pour l’Occident à cause du premier satellite africain RASCOM 1

C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX.
L’histoire démarre en 1992, lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait tous les ans sur les conversations téléphoniques, y compris à l’intérieur du même pays africain pour le transit des appels vocaux sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait uniquement 400 millions de dollars sans autre frais et autorisait à ne plus payer les 500 millions de location par an.
Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale, le FMI, les É.-U., l’Union européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à taux usuraire ; le guide libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, la Banque africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque ouest-africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire.
Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites pour divers pays africains et un deuxième satellite est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020 le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi technologique.
Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions de dollars peut changer la vie de tout un continent.
La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident non seulement 500 millions de dollars par an, mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts permettant de générer de l’argent à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique.

2- Fonds Monétaire Africain, Banque Centrale Africaine, Banque Africaine des Investissements

Les 30 milliards de dollars saisis par Obama appartiennent à la Banque Centrale Libyenne et constituent sa contribution à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare : la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye, la création dès 2011 du Fonds Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège, la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du franc CFA. Franc CFA à cause duquel Paris a la mainmise sur certains pays africains depuis 50 ans.
On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi. Le FMA doit remplacer à terme les activités sur le sol africain du Fonds Monétaire International ayant pu avec seulement 25 milliards de dollars de capital mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole public à un monopole privé. Ce sont les pays occidentaux qui ont frappés à la porte du FMA pour en devenir membres eux aussi mais c’est à l’unanimité que les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA.
Il est donc évident qu’après la Libye la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus de ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’euros ; devenant la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun ils sont tous financièrement en quasi-faillite, les É.-U. à eux seuls ont 14 000 milliards de dollars de dettes, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2 000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique Noire ont au total moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques.
Créer de fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris naissance en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin. Car comme l’avait prédit l’économiste Adams Smith, dans son soutien pour l’abolition de l’esclavage, «l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des Noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres nations vont se réveiller »

 

3- Unions régionales comme frein à la création des États-Unis d’Afrique

 

 

Pour déstabiliser et détruire l’Union africaine qui va dangereusement (pour l’Occident) vers les États-Unis d’Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l’Union européenne a d’abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) — il fallait à tout prix couper l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique. Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d’y adhérer. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union africaine, mais en y invitant les 27 pays de l’Union européenne. L’UPM sans le principal moteur de la fédération africaine était caduque avant même de commencer, un mort-né avec Sarkozy comme président et Moubarak comme vice-président.
Alain Juppé tentera de le relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sûr. Ce que les dirigeants africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l’Union européenne qui financera l’Union africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n’y aura pas d’effective indépendance. C’est dans le même sens que l’Union européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la CEDEAO qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l’essentiel de son financement de l’UE est un obstacle majeur à la fédération africaine.
C’est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de Sécession aux États-Unis, parce qu’à partir du moment où un groupe de pays se retrouve autour d’une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l’organe central. C’est ce que l’Europe voulait et c’est ce que les Africains n’ont pas compris en créant coup sur coup, la COMESA, l’UDEAC, la SADC et le Grand Maghreb qui n’a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l’avait très bien compris.

4- Kadhafi, l’Africain qui a permis de laver l’humiliation de l’apartheid

 

Kadhafi est dans le cœur de presque tous les Africains en tant qu’homme très généreux et humaniste, pour son soutien désintéressé à la bataille contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l’obligeait à attirer sur lui les foudres des Occidentaux en soutenant financièrement et militairement l’ANC dans sa bataille contre l’apartheid. C’est pour cela qu’à peine libéré de ses 27 ans de prison, Mandela décide d’aller rompre l’embargo des Nations-Unies contre la Libye le 23 octobre 1997. À cause de cet embargo aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y parvenir, il fallait prendre un avion pour la Tunisie ; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu’à Tripoli.
Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte libyenne. Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant à l’ex-président américain Bill Clinton qui avait jugé cette visite «malvenue», il s’insurgea : «aucun État ne peut s’arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun État ne peut dicter aux autres ce qu’ils doivent faire ». Il ajouta : « ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis ont aujourd’hui le toupet de me proposer de ne pas rencontrer mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier ». En effet, pour l’Occident, les racistes d’Afrique du Sud étaient leurs frères qu’il fallait protéger.
C’est pour cela que tous les membres de l’ANC étaient considérés comme de dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 juillet 2008 pour que le Congrès américain vote une loi pour rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l’ANC de cette liste noire, non pas parce qu’ils ont compris la bêtise d’une telle liste, mais parce qu’on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela.
Si les Occidentaux se sont aujourd’hui repentis de leur soutien d’hier aux ennemis de Mandela et semblent vraiment sincères lorsqu’on prête son nom à des rues ou à des places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi ?

B- CEUX QUI VEULENT EXPORTER LA DÉMOCRATIE SONT-ILS DE VRAIES DÉMOCRATIES ?

 

 

Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les É.-U., la France, la Grande-Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 mars 2003, le président George Bush largue des bombes sur les Irakiens en prétextant d’y exporter la démocratie. 8 ans plus tard jour pour jour, le président français largue lui aussi des bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte : leur offrir la démocratie. Barack Obama, prix Nobel de la Paix 2009 et président des États-Unis d’Amérique, pour justifier qu’il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c’était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.
La question que tout être humain doté d’un sens de jugement et d’appréciation minimal ou même de la moindre capacité intellectuelle ne peut s’empêcher de se poser est : les pays de l’OTAN dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s’être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques ? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ? La réponse sans équivoque est non, pour la simple et bonne raison que la démocratie n’existe pas. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais un auteur originaire de Genève, ville accueillant l’essentiel du commandement des Nations Unies.
Il s’agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre « Contrat social » que : « il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais». Pour qu’un état soit véritablement démocratique, Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les États-Unis d’Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir :

 

1- Dimension de l’État : plus un état est grand, moins il peut être démocratique.

Pour Rousseau, l’État doit être très petit afin que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s’assurer que chacun connaisse tous les autres, sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c’est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur. La structure de l’organisation de l’État libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités.
Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu ou dans un village que dans un vaste État, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d’autorégulation, d’autocensure même pour peser à chaque instant la réaction ou la contre-réaction des autres membres, pour ou contre les opinions qu’on peut avoir. Sous cet angle, c’est la Libye qui répond le mieux aux exigences de Rousseau, ce qu’on ne peut pas dire de même pour les États-Unis d’Amérique, la France ou la Grande-Bretagne, des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent jamais bonjour et donc ne se connaissent pas, même en vivant côte à côte pendant 20 ans. Dans ces pays, on est passé directement à l’étape suivante : « le vote » qu’on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où on s’exprime sur l’avenir d’une nation sans en connaître ses membres. On est ainsi arrivé jusqu’à la bêtise du vote des citoyens vivant à l’étranger. Se connaître et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection.

2- Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter que l’on passe l’essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multiples querelles d’intérêts divers qu’une société trop complexe fait naître naturellement.

Les Occidentaux se définissent comme des pays civilisés, à savoir aux mœurs complexes tandis que la Libye est définie comme pays primitif, c’est-à-dire aux mœurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c’est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau, plutôt que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie.
Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque le riche évite la prison parce qu’il peut se permettre un meilleur avocat et surtout orienter l’appareil répressif de l’État contre celui qui commet un vol dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque. Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.

3- L’égalité dans les rangs et dans les fortunes.

Il suffit de voir le classement FORBES 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jettent des bombes sur les Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu’en matière de redistribution des richesses du pays, c’est à la Libye d’exporter son savoir-faire à ceux qui la combattent et non le contraire. Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux États-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C’est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.

4- PAS DE LUXE.

Pour Rousseau, pour qu’il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l’objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion ». Où y a-t-il plus de luxe, en France ou en Libye ?
Ce rapport d’asservissement des employés qui sont poussés au suicide, même dans les entreprises publiques ou semi-publiques, pour des raisons de rentabilité et donc de possession et de luxe est-il plus criant en Libye ou en Occident ?
Le sociologue américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme « la dictature des élites ». Selon Mills, les États-Unis ne sont pas une démocratie parce qu’en définitive, c’est l’argent qui s’est substitué au peuple. Le résultat de chaque élection y est l’expression de la voix de l’argent et non la voix du peuple. Après Bush père et Bush fils, pour les primaires républicaines de 2012 on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu’il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux États-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qu’ils n’ont été élus par personne et qu’ils ne justifient pas de leurs activités directement au peuple. Une seule personne (un riche) est donc élue, mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenu par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les généraux de l’armée, etc.
Combien de personnes dans les pays autoproclamés « démocratiques » savent qu’au Pérou la constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la République sortant ? Combien de personnes savent qu’au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu’en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ? Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ? Combien savent que dans le classement de la CIA 2007, sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d’or à la Guinée équatoriale dont la dette publique ne représente que 1,14% de son PIB.
La guerre civile, les révoltes et les rebellions sont les ingrédients d’un début de démocratie soutient Rousseau. Parce que la démocratie n’est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des hommes et éviter que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d’hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, ne l’oriente pour se maintenir aux affaires. On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s’approprier ou un refrain à vanter parce qu’on est juste capable de parler plus fort que les autres.
Si un pays est calme comme la France ou les États-Unis, c’est-à-dire sans aucune révolte, pour Rousseau, cela veut tout simplement dire que le système dictatorial est suffisamment répressif pour empêcher toute tentative de rébellion. Si les Libyens se révoltent, ce n’est pas une mauvaise chose. C’est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir, ce qui est très mauvais. Et Rousseau de conclure : « Malo periculosam libertatem quam quietum servitium – traduction – : s’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ». Dire qu’on tue les Libyens pour leur bien est un leurre.

B- QUELLES LEÇONS POUR L’AFRIQUE ?

Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l’Occident, il est dès lors prouvé que nous n’avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le « oui » de 3 pays africains au sud du Sahara : le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Gabon pour la résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples », validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le XVIIIème siècle selon laquelle l’Afrique du Nord n’a rien à partager avec l’Afrique Subsaharienne ; elle serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l’Afrique.
Tout se passe comme si la Tunisie, l’Égypte, la Libye, l’Algérie ne faisaient pas partie de l’Afrique. Même les Nations-Unies semblent ignorer la légitimité de l’Union africaine sur ses états membres. L’objectif est d’isoler les pays d’Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle. En effet, dans le capital du nouveau Fonds Monétaire Africain (FMA), l’Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent, à eux seuls, pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars. Les premiers pays d’Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l’Afrique du Sud, arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun.
C’est très inquiétant de constater que pour la première fois de l’histoire des Nations-Unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour résoudre le problème.
L’Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l’Occident demande, parce qu’ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n’a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l’avait, il y a belle lurette que Mitterrand l’aurait fait pour l’Allemagne de Helmut Kohl. La réforme des Nations Unies n’est pas à l’ordre du jour. La seule manière de compter est la méthode chinoise : tous les 53 pays africains doivent quitter les Nations-Unies. Et s’ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s’ils ont obtenu ce qu’ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien.
Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations-Unies, car cette organisation, de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts.
Nous devons quitter les Nations-Unies afin de marquer notre désapprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l’écrasement du plus faible. Tout au moins, ils seront libres de continuer à le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d’accord alors qu’ils savent très bien qu’ils ne nous ont jamais interrogés. Et même lorsque l’Union africaine a donné son propre point de vue, comme la rencontre de mars à Nouakchott avec la déclaration sur la réticence à l’action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder le peuple africain.
Ce qui arrive aujourd’hui est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd’hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C’est ce qui s’est passé à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la Chine. La soi-disant communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple chinois en lieu et place de la Chine de Mao. Il faudra attendre 26 ans, c’est-à-dire le 25 octobre 1971, avec la résolution 2758, que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine.
La Chine est admise, sauf qu’elle a exigé et obtenu d’être membre permanent avec droit de veto, sinon elle n’entrait pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d’admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le ministre chinois des Affaires étrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, non pas pour leur dire qu’ils étaient d’accord, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité. Qu’est-ce que l’Afrique espère obtenir des Nations Unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ? On a vu en Côte d’Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au-dessus d’une institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d’être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, voire, stupide.
Quand l’UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ? Lorsque le président sud-africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° disant le contraire après une petite visite de 8 heures à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1,1 milliard d’Africains.
La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine ou aux toilettes pour garantir le confort des autres. D’ici là, en Libye, les bombes qu’on nous décrit comme des rosiers qui tombent du ciel pour reboiser le désert libyen sont françaises, américaines, britanniques, italiennes, canadiennes, norvégiennes, mais les victimes sont africaines, toutes africaines. Oui, c’est une guerre déclarée à tout le peuple africain, pas à un homme, pas à un pays ».

Genève le 28/03/2011
Extrait du chapitre 17 pages 136-151 du tome-1 du livre « Géostratégie Africaine » de Jean-Paul Pougala – IEG 2012
—————————–

Grand-frère, en lisant, ce jour, sur ta page Facebook, un texte qui dézingue les journalistes de Leral.net morts dans un tragique accident de la route, ce 31 mai 2021, alors qu’ils couvraient la tournée économique du président Macky Sall, j’ai sursauté. Leurs corps étant encore chauds, tu as accablé ces soldats de l’information tombés au front, les accusant d’avoir pris part à un complot ourdi par l’Etat du Sénégal pour te jeter en prison.

Cette sortie m’a d’autant plus heurté qu’elle est une sorte de récidive, après les propos que tu as tenus suite à la disparition du doyen des juges d’instruction, Samba Sall.

Pour couronner l’ensemble, tu as prédit que « la série noire va continuer »…

Adama, même si je désapprouve les propos qui t’ont valu ton séjour carcéral, j’ai écrit, dans un édito resté dans les esprits, que tu devais être libéré. J’ai aussi, en underground, même si je ne te l’ai jamais dit, mêlé la mienne aux voix qui ont demandé et obtenu ton élargissement.

Mais je ne te reconnais plus depuis que tu as franchi la sortie de la maison d’arrêt de Rebeuss. La rancune a rongé en toi toute sérénité. La colère a mangé en toi toute lucidité. La brutalité a fait fondre en toi toute intelligence stratégique. Cela m’a grandement surpris de ta part. Toi qui as eu le privilège, comme journaliste, d’avoir rencontré d’illustres personnages, dont l’immense Nelson Mandela qui définit la prison comme l’endroit idéal pour réfléchir.

La détention devait te rendre plus fort, tu l’as laissée t’affaiblir, t’atteindre, t’altérer…

Grand-frère, tu dois refuser de te laisser entraîner dans ce cycle infernal de haine qui est en train de te réduire en une sorte d’aigri atavique, de mécontent ontologique.

Or, suivant tous les critères de valorisation sociologique au Sénégal, tu n’es pas n’importe qui.

Tu descends de l’une des familles les plus respectées de ce pays, tu as eu un parcours professionnel à beaucoup d’égards enviable, tu es un intellectuel fécond en ouvrages de qualité…

Last but not least, tu es un ancien journaliste de Jeune Afrique que tu définis, dans ton hommage à Béchir Ben Yahmed que j’ai lu avec délectation, comme « le premier magazine panafricain à dimension internationale ».

Toi et moi, qui avons le privilège d’avoir travaillé dans ce journal, où ont officié d’énormes écrivains, académiciens et prix Goncourt comme Kateb Yacine, Amin Maalouf, Frantz Fanon, Leila Slimani…, n’avons pas le droit d’écrire n’importe quoi.

Tu as eu à relire les éditos de Béchir Ben Yahmed, interviewer de grands hommes d’Etat et faire des reportages d’anthologie. Refuse que ta plume tombe dans la vulgarité, au ras des pâquerettes, au fond de la boue…

Grand-frère, redeviens l’intellectuel raffiné qui m’a marqué. Un jour de 2006, me trouvant dans les locaux de Jeune Afrique, tu m’as invité autour d’un café au Fétiche, le bar attenant, pour me donner des conseils restés longtemps gravés dans ma mémoire.

Chacun, dans sa vie, peut être amené à vivre un douloureux épisode et le ressentir comme une injustice. Mais nul n’a le droit de répondre à l’injustice par la haine.

Tu es une identité remarquable dans le microcosme politico-médiatique. La masse critique du Sénégal a besoin de ta plume et de ta capacité de conceptualisation.

Mais il est temps que tu te ressaisisses pour ne pas finir dans les abîmes du marigot politique sénégalais. Seul le dépassement peut te permettre d’y arriver. C’est le secret de la résilience face à l’adversité que tu connais sans doute mieux que moi en raison de ton plus grand âge et de ton niveau de culture.

Le rappel étant pédagogique, je te rappelle tout de même cette pensée de l’immense Tristan Tzara: « La hauteur chante ce que l’on parle dans la profondeur. »

Cheikh Yérim Seck

L’avion présidentiel ou de commandement fait encore débat. Comme il y a 10 ans avec son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, le Président Macky Sall fait face à la tempête. Les sempiternelles questions sur l’opportunité de l’achat d’un aéronef pour le Chef de l’Etat sont remises sur la table. Au goût du jour même. Pourquoi maintenant et non plus tard ? Pour quoi faire ? À quel prix ? Certains parmi les plus sceptiques, à défaut de le remettre en cause, s’interrogent sur l’argument « Secret Défense » utilisé pour justifier le voile ayant entouré l’opération d’achat.Des questions légitimes, surtout dans les démocraties modernes qui consacrent la transparence comme mode de gouvernance des ressources publiques. Le contribuable a le droit de demander des comptes dès lors que le moindre franc tiré de sa poche est investi dans une voiture, un train ou un avion. Or c’est le cas aujourd’hui avec la polémique sur l’avion dit présidentiel.

La nouvelle, longtemps gardée secret, est tombée tel un couperet le lundi 24 mai, jour férié, chômé et payé pour raison de Pentecôte. Et c’est le porte-parole du Gouvernement qui est envoyé au charbon pour ne pas dire au pilotage de la communication. Le communiqué du Ministre : « La République du Sénégal réceptionnera le 16 juillet 2021, auprès de la compagnie Airbus, un nouvel avion de commandement présidentiel A-320 NEO, neuf, en remplacement de l’appareil A-319, fabriqué en 2001, acquis en seconde main en novembre 2010, et mis en service en mars 2021 ».

Pour ceux qui ne comprennent pas encore le communiqué, c’est simple. Il y eût « La Flèche des Almadies » de Senghor. Ensuite arriva « La Pointe de Sangomar » qui accompagna les 19 ans de Diouf et une partie des années Wade. Et vint par Wade « La Pointe Sarène » dont hérita Sall qui vient de décider, à son tour, de ranger le vieil appareil au Musée des archaïsmes.

La lecture du communiqué du Ministre porte-parole du Gouvernement amène à poser la question suivante : que s’est-il passé pour que le Sénégal soit obligé… en seulement 10 ans, de changer d’avion pour le président de la République (!) Comme on changerait de chemise ? L’A-319 acquis en seconde main en 2011, sous la présidence Abdoulaye Wade, était-il déjà vétuste ? Les 20 milliards de francs CFA annoncés officiellement comme étant le prix de l’avion alors utilisé par le président français Nicolas Sarkozy, se justifiaient-ils pour un tel aéronef ? Erreur de jugement. N’aurait-il pas été plus judicieux d’acquérir un nouvel appareil à l’époque ? Avec le recul, oui. Mais que n’aurions-nous pas dit !

Le même questionnement accueille l’arrivée prochaine du nouvel avion de commandement présidentiel. Son prix d’achat de 57 milliards donne de l’urticaire à de nombreux acteurs politiques et de la société civile. Normal. A chacun son rôle. Et les critiques peuvent se comprendre au regard du court intervalle entre les deux Airbus qui auront finalement coûté près de 80 milliards sans compter toutes les autres charges liées à leur exploitation. Le contexte de rareté de l’argent consécutif à la difficile période de pandémie et le plaidoyer du Sénégal pour l’annulation de la dette africaine ne sont pas moins des arguments en défaveur de l’acquisition du luxueux A-320.

Cependant, à côté de toute thèse il y a une antithèse. Pour légitimes que soient les interrogations sur l’opportunité de la dépense et les exigences de transparence exprimées, il est à reconnaître qu’un Avion présidentiel n’est pas un luxe encore moins un jouet. C’est une question de souveraineté. De rang. De prestige. De sécurité surtout du président de la République. Et de sûreté de l’Etat. S’y ajoute que le Chef de l’Etat ne sera pas le seul passager de l’avion. D’autres vont l’emprunter.

Loin d’être un jet privé, l’appareil est plutôt un bien public que le propriétaire, l’Etat du Sénégal met à la disposition du président de la République. Certes, il s’appelle aujourd’hui Macky Sall. Mais demain, il se nommera X ou Y. Quant au coût, 57 milliards jusqu’à plus ample informé, les modalités du règlement, étalé sur 24 mois nous semblent acceptables. 2 milliards 375 millions par mois, ce n’est quand même pas la mer à boire pour un Etat qui n’est pas en situation de banqueroute. Si on y soustrait les 5 milliards qui seront récupérés de la vente de la défunte Pointe Sarène, on peut dire que le compte est bon.

Le 16 juillet, la République réceptionnera son nouveau bijou. Remarquez qu’on sera à 2 jours près du 14 juillet, fête nationale de la France. Le 16 et non le 14 juillet, les symboles sont ainsi saufs. Heureusement. Bienvenue à bord, décollage imminent… !

 

 

 

«Le Code électoral n’apporte pas de définition de ce qu’est une entité indépendante, même si l’on peut constater que le législateur s’y réfère à de nombreuses reprises par référence aux candidats indépendants. Ainsi, les articles L.171, L.172, L.176, (en vue des élections des députés à l’Assemblée nationale), LO.197, L.205, L.206, (en vue de l’élection des Hauts conseillers), L.228, L.239, L.241, L.244, L.248 (en vue de l’élection des Conseillers départementaux), L.275, L.277, L.278, L.279, L.280, L.284 (en vue des élections des conseillers municipaux), du Code électoral, renvoient à « une entité regroupant des personnes indépendantes ». C’est sur ce fondement que le Code électoral précise qu’une entité indépendante est une « entité regroupant des personnes indépendantes ». Cependant, le Code électoral ne complète cette disposition d’aucune définition de ce qu’est une entité indépendante. Le Code électoral définit ce qu’est un candidat indépendant et non ce qu’est une entité indépendante. L’article L.57 du Code électoral dispose : « Est candidat indépendant celui qui n’a jamais milité dans un parti politique ou qui a cessé toute activité militante depuis au moins un (1) an ». C’est donc par une étude au cas par cas que l’on apprécie la qualification ou non des entités indépendantes. Ce qui permet de préciser que l’entité indépendante est une notion nouvelle (I), ambiguë (II) et incertaine (III).

 -Une notion nouvelle

La loi n° 2017-12 du 18 janvier 2017 portant Code électoral a consacré la notion nouvelle d’ « entité indépendante ». En vertu de l’article L.57 du Code électoral, « La candidature est portée soit par un parti politique légalement constitué, soit par une coalition de partis politiques légalement constitués, soit par une entité regroupant des personnes indépendantes ». Quelles sont ces étranges structures que l’on définit par ce qu’elles ne sont pas ? Les entités indépendantes sont d’abord et avant tout des regroupements politiques distincts des partis politiques et des coalitions de partis politiques. Mais pourquoi est-il besoin de préciser que l’organisation de ces structures est étrangère à celle des partis politiques, coalitions de partis politiques et de leur statut ? Probablement parce que les entités indépendantes ont pour caractéristique d’agir sur le terrain politique. Comment est accordé ce statut ? Autrement dit, comment devient-on une entité indépendante ?
S’il est certain que les entités indépendantes doivent observer des règles, sont titulaires de droits et créent eux-mêmes des droits et des obligations, il reste que tout cela nécessite des définitions et des précisions par rapport au système juridique existant, d’où l’intérêt de clarifier leur statut juridique. Pourtant, le Code électoral ne propose pas une définition juridique de la notion d’entité indépendante. Il ne détermine pas les conditions de la reconnaissance ou pas de la personnalité juridique des entités indépendantes afin de faciliter leur organisation et leur fonctionnement. Le Code ne livre par ailleurs aucune définition de leurs droits et les possibles restrictions à leur exercice, le Code reprend juste les éléments déjà proposés pour les candidats indépendants. En conséquence, le Code électoral pose la notion d’entité indépendante mais ne la définit pas.

– Une notion ambiguë

Bien que l’entité indépendante ne possède pas une personnalité juridique, elle s’est vue confier, avec l’actuel Code électoral, de larges responsabilités surtout en concurrence avec les partis politiques. En effet, est candidat indépendant, toute personne n’ayant milité dans aucun parti politique ou qui a cessé toute activité militante depuis au moins douze (12) mois. Il s’agit d’une curieuse conception des candidats indépendants : absence de trajectoire et plus ou moins de formation politique. Le Code électoral organise ainsi un régime d’inéligibilités et d’incompatibilités, qui concernent notamment les candidats indépendants. En application de l’article L.57 du Code électoral, les personnes qui militent dans un parti politique ou n’ayant pas cessé leur activité militante dans l’intervalle de 12 mois au moins sont inéligibles en qualité de conseillers municipaux et départementaux investis sur une liste d’une entité indépendante. A contrario, les candidats indépendants sont éligibles en qualité de personnes sans connotation politique.
Le statut de candidat indépendant a, pourtant, progressivement migré de celui d’entité indépendante à un statut sui generis proche d’un mouvement politique. Certes, l’entité indépendante est une organisation indépendante, à but non lucratif, dont la mission est de faciliter la participation des candidats indépendants aux élections. Mieux, son objet est de favoriser la prise en compte des candidatures indépendantes. Toutefois, les entités indépendantes représentent une véritable variété d’intérêts, y compris en matière d’offre politique, de la place de la société civile, du rôle des femmes, de la place de la jeunesse dans les institutions, de la justice sociale, de la gouvernance, de l’emploi, de la culture, de l’environnement et le développement durable, etc. Aussi, l’entité indépendante peut revêtir de statuts divers : statut politique général (catégorie I) si l’objet de l’entité indépendante est idéologiquement transversal ; statut politique spécial (catégorie II) si l’objet de l’entité indépendante ne porte que sur quelques préoccupations idéologiques; inscription sur une « liste » si l’entité indépendante n’intervient que sur un domaine de compétence ou dans une seule collectivité territoriale. Le statut de l’entité indépendante – le plus glorieux – permet à ces dernières de briguer les suffrages, de désigner des représentants auprès des institutions, d’assister aux réunions, de faire circuler des documents écrits et de prendre la parole aux réunions. On conçoit alors que cette vocation implique que l’entité indépendante mobilise, forme les opinions, fabrique des programmes et des valeurs, sélectionne les individus hors les formations politiques capables de défendre ses idées devant l’électorat et de les exprimer dans les institutions représentatives : l’entité indépendante fabrique et construit de nouveaux types de dirigeants. Malgré son importance décisive dans l’élargissement de l’offre politique, cette politique, qui attire surtout les dirigeants des entreprises privées vers la scène politique ou candidats venus de différents courants sociaux, peut aussi renforcer la tendance à des dérives populistes. Surtout que l’Etat ne poursuit pas les mêmes objectifs qu’une personne privée. Essayer de les rapprocher n’a pas véritablement de sens car lorsqu’un gestionnaire privée intègre occasionnellement l’administration publique c’est bien les règles de gestion publique qu’il est tenu d’appliquer et de faire appliquer. Ces exemples montrent bien les risques avérés de populisme. D’ailleurs, les discours de certains candidats indépendants, sans réflexion idéologique solide, sont parfois teintés d’une absence de programme pré-établi.

– Une notion incertaine

L’article 4 de la Constitution du 22 janvier 2001 ne désigne que deux types de regroupements politiques habilités à concourir à l’expression du suffrage : les partis politiques et les coalitions de partis politiques. Il ignore le terme « entités regroupant des personnes indépendantes » figurant dans le Code électoral et utilise seulement la notion de candidats indépendants habilités à participer à tous les types d’élection. D’ailleurs, pour l’élection présidentielle, les articles L.115 à L.121 du Code électoral, qui fixent le régime électoral du Président de la République, utilisent la notion constitutionnelle de candidat indépendant. Aussi, pour les élections départementales et municipales, (articles L.242 (départementales, L.278 municipales), le Code électoral précise qu’« En cas de contestation du statut d’indépendant d’un candidat, le Conseil constitutionnel est saisi ». Ce qui signifie que cette notion d’entité indépendante n’a pas de base constitutionnelle (il n’existe aucune trace de la notion dans la Constitution). L’entité indépendante est donc une notion incertaine. Pourtant, de manière générale, à travers un faisceau d’indices, une entité indépendante peut être définie comme une entité organisée, légalement constituée, regroupant plusieurs candidatures indépendantes et qui cherche à concourir à l’expression des suffrages, à travers la participation à la compétition électorale, à influencer les processus politiques dans un sens favorable à ses intérêts, sans pour autant avoir la personnalité juridique, ce qui la distingue des partis politiques et coalitions de partis politiques… En matière d’organisation interne de l’entité indépendante et du contentieux qui peut en naître, l’entité indépendante est en principe soumise au droit national de l’État où elle doit avoir son siège statutaire (ce qui n’est pas prévu par la loi). C’est le statut constitutif qui déterminera le droit applicable (associations relevant de la loi 1963-62 du 10 juillet 1963 portant Code des obligations civiles et commerciales (COCC). En application du principe de territorialité du droit pénal, l’entité indépendante et les personnes physiques qui œuvrent pour elles engagent leur responsabilité pénale dans les conditions et pour les infractions pénales commises sur le territoire de la localité dans laquelle l’infraction a été commise (exemple : En vertu des articles L.177, L.249, L.285 du Code électoral, « -Tout candidat qui, de mauvaise foi, aura souscrit une déclaration inexacte sur son éligibilité ou sur sa présence sur une liste, sera puni d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 18.000 à 360.000 FCFA»). En application du droit de la responsabilité civile des autres regroupements politiques vis-à-vis de l’entité indépendante, en principe, c’est le régime de la protection qui s’applique. Les entités indépendantes dont un des membres a été victime d’un préjudice (ex : pendant la campagne électorale), du fait d’une autre entité ou d’un autre regroupement politique, qui n’a pas fait l’objet d’une réparation, peut prendre fait et cause pour son membre et demander une réparation à l’entité incriminée. L’entité indépendante peut, en toute liberté, accorder ou refuser cette protection. Le droit électoral sénégalais ne connaît aucun devoir de l’entité indépendante d’exercer la protection en faveur de ses membres. Le droit applicable aux candidats indépendants dans leurs rapports avec l’entité indépendante est le droit privé. Les candidats indépendants se référeront en premier lieu aux statuts constitutifs de l’entité indépendante et aux normes qu’elle édicte. En réalité, l’entité indépendante se situe beaucoup plus en marge du droit des partis et coalitions de partis politiques. C’est une “anomalie juridique” »

 Boubacar Boris Diop, les jeunes et les moins jeunes « patriotes » sont libres de considérer que « l’homme politique majeur » que le Sénégal attendait depuis 60 ans maintenant est celui qui avoue s’être rendu, en violation du couvre feu, à un endroit où aucun d’entre eux n’a jamais pensé se rendre ou ne se rendrait pour rien au monde.

En même temps, celles et ceux, tous sympathiques aux yeux de Boris du fait de leur opposition au pouvoir, et pour qui la vie politique au Sénégal ne consiste qu’à choisir entre les moins bons et les mauvais, s’étonnent que les pires comploteurs qu’ils s’imaginent exploitent la faille pour en finir avec le gourou immaculé des « patriotes ». Quelle naïveté !

« La situation ubuesque que nous vivons, (…), écrit l’éditorialiste de Seneplus, est typique d’un pays où personne n’ose murmurer la moindre réserve à l’oreille du boss. » Cette impitoyable sentence put être opposée à son auteur dès lors que la thèse du complot permet à tous les « patriotes » d’omettre de dire à leur « boss » – ils en ont un eux aussi – qu’il  n’aurait jamais dû se rendre là où les « comploteurs » savaient qu’il se rendait régulièrement tout en se vantant d’être l’unique Mister clean de la politique.

Il y a plusieurs mois maintenant, l’auteur, avec l’intellectuelle malienne Aminata Dramane Traoré, de La Gloire des imposteurs (Philippe Rey, Paris, janvier 2014), provoqua une vive altercation écrite avec le philosophe Souleymane Bachir Diagne. Au cœur de la controverse se trouva bien malgré lui le professeur Cheikh Anta Diop dont le « jacobinisme » à la française que lui prêta Diagne heurta l’écrivain. Je n’en dirai naturellement pas plus, me contentant ici d’une deuxième citation de Boubacar Boris Diop tirée du texte –  « Merci pour ta permission, Bachir » – qu’il considéra comme la vraie claque au philosophe.

En voici la teneur : « J’ai en effet toujours préféré rester en retrait de la vie publique en tant que personne tout en prenant systématiquement position sur les questions politiques ou sociales de l’heure. » Je ne vois pas pourquoi celui qui a librement choisi  de « rester en retrait de la vie publique » serait plus motivé de distiller des réserves sur les choses de l’Etat et de la Nation que celles et ceux qui s’exposent à toutes les critiques justes et injustes pour avoir fait librement le pari d’être là où la moindre erreur n’est tolérée par aucun citoyen.

Pour ma part, c’est en faisant l’aveu de ne rien savoir sur l’affaire qui défraie la chronique, vraiment rien,   que je tends la perche à l’ami Boris en lui disant qu’un(e) opposant(e) n’a pas des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels supérieurs à ceux des autres et que notre société politique – il suffit de voir plus loin que son nombril – n’est pas aussi mal lotie que d’aucuns le voudraient et que l’affaissement total qu’ils en attendent pour pouvoir enfin la contrôler n’aura pas lieu. Abdoul Aziz DIOP, Conseiller spécial à la Présidence de la République

La vie des hommes politiques est émaillée de scandales à soubassement sexuels.
Parmi ces affaires, celle de Dominique Strauss-Kahn en mai 2011 a le plus fait jacter. Le monde entier a suivi cette affaire avec beaucoup d’attention. Car, le patron d’une institution comme le Fonds monétaire international (Fmi) et de surcroit potentiel candidat plus que favori de la présidentielle en France venait de ‘’tomber entre les cuisses’’ d’une femme de chambre, compromettant pour toujours sa carrière politique.
Aux Etats-Unis également, le président Bill Clinton avait battu les records avec ses escapades amoureuses. Ses relations avec la secrétaire à la Maison Blanche Monica Lewinsky ont tenu le monde entier en haleine.
Ici, au Sénégal, on se rappelle de l’affaire Diombass Diaw piégé par sa maitresse qui l’a filmé et mis la vidéo sur le net.
D’autres scandales du genre ont éclaté, vite étouffés.
En Italie, Berlusconi s’est illustré en la matière avec Ruby, une mineure avec laquelle
il a eu des relations sexuelles. C’était en mai 2010.
Yayah Jammeh a été accusée, après sa chute, de viols sur des gambiennes dont certaines se sont prononcées publiquement.
Le roi Henri IV de France était qualifié du roi aux 54 ou aux 75 maitresses. En ce temps-là, les capacités politiques étaient confondues aux performances sexuelles.
De tout temps, les hommes politiques ont eu des relations tumultueuses, extravagantes avec les femmes. Et cette situation peut s’expliquer par plusieurs facteurs dont le plus évident, c’est que le pouvoir ouvre toutes les portes. C’est une des raisons pour lesquelles, on se bat avec tant de frénésie pour l’acquérir.
L’homme politique détient deux choses  qui plaisent aux femmes  : le pouvoir et l’argent.
Ainsi, la facilité avec laquelle certaines femmes fricotent avec des hommes politiques s’explique par la fascination du pouvoir qu’ils détiennent et les opportunités qu’il offre.

L’abus d’autorité de certains leaders va au-delà des relations institutionnelles et de pouvoir, il concerne aussi, parfois, la sphère privée.

Le chantage sexuel ou le harcèlement est une réalité dans un milieu où les relations sont fortement intéressées.
Certains hommes utilisent donc le pouvoir comme arme et certaines femmes, le sexe comme arme contre le pouvoir.
Malheureusement, le sexe est ainsi, depuis la nuit des temps, une arme politique. Des femmes peuvent servir d’appât contre les adversaires pour les détruire. L’histoire de l’humanité est jonchée d’épisodes de ce genre.
Une situation qui recommande, de la part des hommes politiques, une extrême vigilance et un self-control face au fruit défendu.
Ils doivent prendre conscience du fait que la facilité est souvent source d’ennuis. Que l’insouciance est la mère de tous nos problèmes. Et qu’il est difficile de connaitre les intentions de ceux qui prétendent nous vouloir du bien.
Car, c’est ça le problème. Les hommes de pouvoir savent se méfier et se défendre contre leurs adversaires ou ennemis mais rarement contre ceux qui prétendent leur vouloir du bien.
Car, on ne sait jamais ce qui se cache derrière un joli sourire, gratuit, trop facilement exhibé.
En revanche, de nombreuses femmes sont aussi victimes de la mégalomanie et du narcissisme d’hommes de pouvoir qui, n’hésitent pas à user de leur position pour des faveurs sexuelles.
Mais, l’histoire a retenu que les leaders que s’en sortent le mieux sont ceux qui savent faire preuve de mesure et de circonspection.
Confondre pouvoir et sexe ne peut que mener au scandale, à l’humiliation et aux fins tragiques pour ceux qui sont destinés à agir sur l’évolution du monde en gouvernant ou en cherchant à gouverner les autres.
Car, comme le disent les anglais, ‘’en l’amour comme à la guerre, tous les coups sont permis’’

Afin de mieux comprendre les enjeux de cette «restructuration », il me semble nécessaire de faire un bref  rappel de l’histoire  de l‘évolution de  la filière arachidière qui a abouti à la sortie de la Sonacos du marché de la collecte des arachides, pour qu’il faille, aujourd’hui, parler de son retour par le biais  de la « restructuration de celle-ci.
L’on comprendrait deslors,   que malgré l’aspect anodin du terme « restructuration »,   qui s’apparente à un « aménagement technique », que son contenu véritable est une amorce de changement dans  la politique économique sociale du Président Macky Sall  envers la filière arachidière.
En effet, le retrait de l’Etat du marché de fourniture de facteurs de production (semences et engrais), d’équipements du monde rural,   et du marché de la commercialisation des arachides, date depuis la « Nouvelle Politique Agricole » ( NPA) de 1982 et  a été repris et systématisé dans les différents « Programmes d’ajustement Structurel » (PAS)  depuis 1985, et durant  les décennies 80 et 90.
Mais, ce que l’on ne  dit pas assez, c’est que cette libéralisation de la filière arachidière en vue de la privatisation de la Sonacos a été , dès la NPA, vigoureusement combattue par les Coopératives Agricoles, qui ont fini par mettre sur pied une faîtière nationale sous l’appellation  «  Union Nationale des Coopératives Agricoles du Sénégal » ( Uncas), lors d’un Congrès constitutif à Thiès, pour mieux prendre en charge leur lutte contre cette privatisation, pour l’obtention du monopole du marché de distribution des facteurs de production et la commercialisation des arachides, avec le retrait, décidé par l’Etat,   de l’Oncad de ces marchés, pour pouvoir vendre directement à la Sonacos leur production au prix carreau – usine,
L’enjeu économique de cette revendication  réside  dans leur  but  de récupérer la marge commerciale entre prix producteur et prix carreau usine, que captait l’Oncad, et que le FMI et la Banque mondiale veulent transférer au privé, en guise d’accumulation primitive de capital.
Cette mage était vitale pour l’Uncas pour  obtenir, sur ce fruit de leur travail, les moyens financiers  nécessaires à la  mise en œuvre de sa mission de  développement économique et social du monde rural, organisé en coopératives agricoles.

Cette force rurale émergente faisait ainsi  peur à l’Etat de Diouf qui y voyait une matérialisation du projet de Dia de  coopérativisation  du Monde rural, et était perçue par le FMI et l Banque mondiale comme un obstacle sérieux à la mise en œuvre des PAS.

Alors, décision fut prise de la neutraliser dans son fonctionnement et de la marginaliser dans ces marchés,   au profit « d’Opérateurs  Privés Stickers» (OPS),   qui s’adonnaient illégalement à une collecte des arachides,   parallèle à l’Oncad, en vue de les exporter frauduleusement.
C’est ainsi, qu’après la dissolution de l’Oncad et la création de la Sonar pour s’occuper de l’approvisionnement en semences et engrais, il fut décidé  la suspension du crédit subventionné du matériel agricole,   la suppression du crédit subventionné de l’engrais  et  des semences.
Il a fallu alors instituer  une retenue de 10fr à la source sur le prix producteur arachide, pour continuer de financer ces facteurs de production sans aucune subvention de l’Etat.
Mais face à l’impopularité d’une telle mesure, qui avait suscité un  tollé  général  au sein du monde rural et  qui donnait de la vigueur à l’Uncas malgré le blocage de son fonctionnement par l’Etat, celui-ci dut se résigner  à la supprimer pour instaurer la vente de ces facteurs de production au comptant et à prix coûtant.
C’est ainsi, que  la Sonacos  créait ‘une filiale dénommée « Sonagraines », qui reprenait la fonction de collecte des arachides que la Sonar désormais dissoute, exerçait encore, et la vente des semences au prix coûtant sans subvention de l’Etat,   alors que le marché de l’engrais était complètement libéralisé, avec un soutien de l’USAID  par le biais d’une subvention dégressive sur trois ans, au bénéfice des privés pour les inciter à rentrer  dans ce marché.

C’est alors que la Sonagraines introduisit, par son propre financement, des OPS agréés par elle-même, pour venir concurrencer l’Uncas dans la collecte des arachides.

C’est ainsi, avec cet appui de la Sonacos,   que l’Uncas a été progressivement marginalisée dans la collecte des arachides.
Donc,   exclue du marché des facteurs de production et de l’équipement rural, et marginalisée dans la collecte des arachides, tout en restant bloqué dans son fonctionnement, l’Uncas était réduite à l’impuissance,   face à la destruction des capacités de production des ménages ruraux, et à la tendance lourde à la baisse des niveaux de production des exploitations agricoles familiales,   les jetant dans un processus inquiétant de paupérisation et de précarité.
La Sonacos, devrait ainsi conforter sa production d’huile pour le marché national, non plus avec l’arachide, mais avec l’huile végétale brute importée.
C’est cela la véritable histoire de libéralisation de la filière arachide que l’on ne trouvera   pas dans les archives, malgré l’existence de nombreuses publications sur cette question.
La liquidation de la production de l’arachide au Sénégal était ainsi programmée sans état d’âme par le FMI et la Banque mondiale, et exécutée difficilement par le régime socialiste, qui dut, après la grave crise post- électorale de 1988, suspendre les PAS, suite à l’avènement du  « Gouvernement de Majorité Présidentielle Elargie » en 1991, avec l’entrée du PDS et du PIT, pour parvenir à stabiliser le pays.
Mécontent de ce virage, l’économiste attitré de la Banque mondiale, Elliot Berg, publiait un ouvrage en 1992, intitulé » « Sénégal, Ajustement, Ajourné » » !

Cela aussi fait partie de la petite histoire de la libéralisation de la filière arachide sous les PAS.

Ensuite, sous ce nouveau Gouvernement, Diouf entreprit le retour de l’Etat dans le marché des facteurs de production et du matériel agricole, à travers la Sonagraines qui  réoccupait ainsi un marché , que le privé sur lequel comptaient le FMI, la Banque mondiale et l’USAID,   a ostensiblement déserté, au fur et à mesure que finissait la subvention dégressive, étant donné  que le niveau d’effondrement des revenus des ménages ruraux ,   ne pouvait pas créer de   » marché porteur » en l’absence de demande solvable .
L’échec de cette libéralisation était palpable, d’autant plus que la Sonagraines  peinait même  à distribuuer un nouveau  satisfaisant  du capital semencier arachide  pourtant de 120 000 tonnes ramené à 33000 tonnes, avec des semences certifiées de bonne qualité.
Les Semences sélectionnées qu’elle était obligée de collecter à hauteur des 33000 tonnes pour reconstituer chaque année le capital semencier  nécessaire pour la production d’arachides par les exploitations agricoles familiales, durent être systématiquement revendues à la Sonacos pour en faire de l’huile brute, faute d’acheteurs paysans en pleine période de soudure, et  qui  pourtant en avaient vitalement besoin.
Les graines non sélectionnées, appelées « tout venant » qui sont prélevées sur le stock de production d’arachides destinées à l’Huilerie, occupaient une place de plus en plus prépondérante, dans le capital semencier, provoquant ainsi une baisse drastique des rendements, due à la détérioration progressive de  la capacité de germinative de ces graines, dans un contexte de péjoration  de plus en plus accentué, du climat.
Dans ces conditions, la France , par le biais de  » l’Agence Française de Développement » (AFD) est venue en aide au gouvernement pour appuyer  « l’émergences » d’un secteur privé dans la sous filière semence, avec la séparation des fonctions de production des semences par le privé à partir de semences de base produite par l’ISRA, et  de la fonction  » Contrôle de qualité et certification des semences » par l’Etat, exécutée par une  » Division nationale des semences »   au sein de la Direction de l’agriculture
En outre,   il a été créé une « Direction de la production des semences » rattachée au Cabinet du Ministère de l’agriculture, chargée d’encadrer les privés qui s’engagent dans la production des semences, qui seront accompagnés par un crédit spécial sous financement de l’AFD,   logé dans les comptes de  la « Caisse Nationale de Crédit Agricole » «(CNCAS).
Ces privés semenciers ont, par la suite, mis sur place une faîtière, dénommée  » Union Nationale Interprofessionnelle des Semences » (Unis), qui a pu prospérer dans le segment semences céréales, notamment riz, mais s’était heurtée, dans la commercialisation des semences d’arachides,   à l’omnipotence de l’Etat, qui continuait à réguler le prix producteur arachides et semences par le biais de la Sonagraines.
C’est  pour résister aux pressions du FMI et de la Banque mondiale, que le « Gouvernement élargi »,   après le départ du PDS, prit la décision  de lancer un  » Programme d’urgence » en 1993, pour éviter la dévaluation du Fr CA,   que la France, le FMI et la Banque mondiale faisaient planer comme une menace, si Diouf ne revenait pas aux PAS.
En effet, les PAS  sont des politiques d’ajustement par les coûts, que Diouf a dut suspendre  face aux résistances  à leurs conséquences désastreuses sur le monde rural, sur les travailleurs  et sur l’économie nationale qui peinait  à accroitre son PIB comme initialement prévu, alors que la dévaluation, c’est un ajustement par les prix, qui dope les revenus de nos exportations, dont celles de la Sonacos,   tout en renchérissant les coûts intérieurs  de production, et le coût de la vie.

Mais le « Plan d’urgence » connut un échec devant les réticences des travailleurs salariés qui voyaient leur salaire amputé de 10% sans être en mesure de faire accepter à l’Etat une réduction substantielle de ses Dépenses de prestige et de train de vie , pour accompagner le sacrifice qui leur était demandé.

C’est ainsi que dès janvier 1994, la dévaluation du Fr CFA nous fut imposée, comme une panacée pour sortir la filière arachidière de sa longue crise, malgré ses effets désastreux sur le pouvoir d’achat des salariés suite à l’inflation sur les prix à la consommation qu’elle a entraîné.
Mais trois ans plus tard, la crise de la filière arachide s’est aggravée dans le monde rural, qui, orphelin de  l’Uncas paralysée,   a  vu s’accélérer la tendance lourde à sa paupérisation dont il est victime par les PAS, et accentuée par la dévaluation.
Cependant, la dévaluation, en l’absence de l’Uncas  pour défendre les intérêts des producteurs, a permis à la Sonacos de capter toutes les retombées financières de la dévaluation, en réglant ses arrières  de crédit auprès des banques et autres fournisseurs, tout en renouant avec les bénéfices.
Cette situation devenait potentiellement un facteur de crise sociale profonde du fait du risque grave de jonction du mécontent du monde rural, et de celui des salariés frappés par  une grave détérioration   de leur pouvoir d’achat.

C’est pour sortir de cette situation, que « l’Union Européenne »(UE)  signait avec l’Etat et l’Uncas, un « Accord Cadre » en 1997, qui non seulement ressuscitait  l’Uncas, mais aussi fermait  la porte à toute perspective de privatisation de la Sonacos.

En effet, il prévoyait un partage équitable des résultats financiers de l’entreprise en les distribuant à part égale de 50% à la Sonacos et à l’Uncas, qui devrait réserver la moitié de sa part, soit 25%, pour garantir un crédit de campagne qu’elle va gérer elle- même.
Ainsi, à la place de la marge commerciale entre prix producteur et prix carreau-usine que capent les OPS,   l’Uncas, avec cet «  Accord- Cadre », accédait directement aux profits  de l’entreprise, pour financer les projets prévus dans sa mission envers le monde rural des coopératives !
Ensuite, il était institué un prix plancher  calculé sur la base du paquet technologique nécessaire défini par l’Isra, pour permettre au producteur de participer à la campagne agricole, quel que soit l’année précédente, qu’elle soit bonne ou mauvaise.
Ainsi, pour la première fois dans l’histoire de la filière arachidière, les producteurs voyaient  s’ouvrir une ère  de stabilité  de leurs activités agricoles, sans être dépendants de l’allure de l’hivernage.
En outre ce  prix  plancher   devrait être connu par les producteurs bien avant le démarrage de la campagne, pour pouvoir être en mesure de choisir en toute connaissance de cause, ce qu’il lui faut produire pour améliorer ses revenus.
Ces dispositions historiques qui tournent le dos à la libéralisation de la filière arachidière,   devait mettre met fin  à la Sonagraines au profit de l’Uncas,   rendait  difficile tout projet de privatisation de la Sonacos, et  réduisait  «  la grande incertitude »  qui était historiquement liée à l’activité agricole dans le bassin arachidier.
Cerise sur le gâteau, il prévoyait aussi, l’administration de ce prix plancher par une interprofession composée de l’Uncas et des partenaires industriels et commerciaux de la filière, dénommée « Comité National Interprofessionnel de Arachide » CNIA).
Malheureusement,   Diouf, sevré  de son dernier allié dans le « Gouvernement  Elargi », avec le départ du PIT en 1995,   n’a pas pu tenir longtemps,    face à la pression du FMI et de la Banque mondiale, en laissant dans les tiroirs ces acquis du tournant historique dans l’évolution de la filière arachidière.

C’est ainsi que dès l’année qui a suivi la signature de cet « Accord Cadre », en 1998, il  a renoué avec les politiques de libéralisation de la filière arachide, en prenant la décision de diminuer substantiellement le prix producteur pour se conformer aux tendances du cours mondial des huiles, et de récidiver en 1999.

Cela a bien contribué à sa perte du pouvoir en 2000, suite à son lâchage par le monde rural au second tour de la Présidentielle.
Mais avec l’avènement de Wade au pouvoir, contrairement à ses engagements contenus dans le Programme de la CA 2000, de renégocier les PAS, il est passé outre en appliquant sans état d’âme, toutes les politiques prévues dans les PAS concernant la libéralisation de la filière arachide, en dissolvant la Sonacos au profit des OPS, et en privatisant  la Sonacos et  la Sodefitex, que Diouf refusait d’exécuter jusqu’à son départ du pouvoir.
En outre, pour mieux renforcer les OPS, il leur a confié le marché des intrants et du matériel agricole que l’Etat a recommencé à  subventionner sans subir les foudres  du FMI et de la Banque mondiale, qui ont fini par  accepter, que sans ces subventions,   il était impossible de faire accepter aux OPS  de renter dans ce marché pour les vendre aux producteurs,   au comptant et à  prix coûtant,   en pleine période de soudure dans le monde rural.
C’est ainsi que les OPS, en ayant le quasi- monopole du marché des facteurs de production  du matériel et de la collecte des arachides, élargissaient leur ase d’accumulation de capital, pour constituer la base sociale du développement du capitalisme en campagne, au détriment de
l’Uncas,   réduite  sa plus simple expression.
Le FMI et la Banque mondiale atteignait ainsi, de guerre las ,   leur objectif de libéralisation et de privatisation de la filière arachidière, derrière lequel ils courraient depuis l’introduction de la NPA en 1982 !
Malgré le soutien massif des OPS que Wade  a obtenu, les paysans,    à leur tour,   lui ont  rendu  la pièce de sa monnaie au second tour de la Présidentielle en 2012, exactement comme ils firent à Diouf en 2000,
Avec l’arrivée de Macky Sall au pouvoir en 2012,   la continuation de cette même politique de Wade lors de son premier mandat, malgré l’augmentation substantielle du soutien des ruraux en crédit subventionné pour les facteurs de production , le matériel agricole et  les semences certifiées , il s’est rendu compte que tous ses efforts sont captés par les OPS au détriment des producteurs, et par la Suneor, qui résulte de la privatisation de la Sonacos, que  le repreneur a ruiné le peu d’acquis hérités de cette entreprise, qu’il a amenée au bord de la faillite.

Mais ce que le FMI et la Banque mondiale reprochaient à Macky Sall, c’est d’avoir maintenu l’administration du prix plancher par le CNIA,   l’ayant obligé à étendre les subventions en faveur du monde rural, au soutien du producteur, comme moyen de défendeur le pouvoir d’achat paysan, dans un contexte de tendance à la baisse des cours au niveau mondial.

Par la suite,   il s’est rendu compte, qu’avec la libéralisation de la commercialisation des arachides et de leur exportation héritée de Wade, le redressement spectaculaire du prix producteur avec l’entrée de la Chine dans la collecte des arachides,    les prix producteur ainsi obtenus n’étaient que dans l’intérêt des gros producteurs OPS et /ou exportateurs, mais ne,   garantissait pas aux petits et moyens producteurs, des revenus décents leur permettant de sortir de façon durable de la pauvreté.
Pis encore, cela  menaçait la survie même  de la Soncacos.SA, donc, de  l’industrialisation de la filière.

C’est toutes ces considérations qui expliquent sa décision de  stopper le processus de liquidation de toute perspective de sauvegarde de l’industrie huilière à base d’arachides produites localement, pour  renationaliser  la Suenor, et  créer la Sonacos  SA, à  la fin de son premier mandat.

il prit ensuite, à  l’entame de son second mandat, la décision de remettre les coopératives agricoles dans le marché des facteurs de production et de la commercialisation des arachides par le biais de l’institution d’une  » Politique de contractualisation » que la Sonacos SA, devrait mettre en œuvre en rapport avec les coopératives.
. C’est ce nouvel tournant historique que vit actuellement le monde rural dont le succès permettra à terme, de mettre fin à la libéralisation du marché des facteurs de production et du commerce des arachides.
Mais  aussi, ce tournant historique se reflète dans sa décision récente de rationaliser les prérogatives  de l’Administration territoriale dans l’affectation des terres du Domaine National, pour mettre fin aux affectations abusives, et de mettre fin à l’octroi de « titre foncier », pour les terres du Domaine National,   attribuées par le Conseil Municipal.
Le Président Macky Salle venait ainsi de donner une réponse claire et
définitive à tous ceux qui se sont mobilisés pour la privatisation des
terres du Domaine National, au grand dépit du FMI et de la Banque mondiale.

Évidemment, ce tournant historique   sera combattu par le FMI et la Banque mondiale, l’USAID, l’AFD,   et les OPS. Et tous les spéculateurs fonciers tapis dans l’ombre.

Cela nécessite donc l’appui sans réserve de la Sonacos.SA à la réhabilitation des coopératives agricoles et de leur Union Nationale, pour empêcher tout retour en arrière.
C’est pour cela aussi,    qu’il est important de sortir des terroirs les dispositions de « l’Accord Cadre » pour instaurer un partage plus équitable des résultats de la filière arachidière.
Et pour  que ce tournant soit pérenne, il faudrait aussi un partage équitable des 50% de part de l’entreprise avec ses salariés, et octroyant la moitié aux salariés, et en mettant l’autre moitié dans un fonds de renouvellement des installations et de leur modernisation.
Cela va créer une forte solidarité d’intérêt entre producteurs et travailleurs Sonacos,   qui seront ensemble, représentés au Conseil d’administration de l’entreprise à raison de 50% pour l’Uncas, 25% pour les travailleurs, et 25% pour l’Etat, pour une gestion plus transparente.

Ce sont ces défis- là qui se posent, d’une part,   à l’Uncas, aux travailleurs de la Sonacos, qui deviennent auprès de l’Etat, les principaux acteurs de la filière arachidière, mais aussi, d’autre part,   à l’Etat  sur la question foncière.  .

Les soutenir dans cette croisée des chemins, me semble  être le devoir de tous les patriotes imbus de souveraineté nationale, d’équité  et de justice sociale.

 

Partagez ce contenu!