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consensus

A handout photo distributed by the Senegalese Presidential Press Office shows Senegalese President Macky Sall preparing to a televised speech, on February 16, 2016 in Dakar. Sall said on February 16, 2016 the country’s top court had rejected his proposal to cut his current presidential term by two years to five. Sall had proposed 15 reforms in all, including limiting presidential terms to two mandates and expanding the powers of the national assembly and the constitutional council.
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Par Moutiou Adjibi Nourou.

Ancien  élève de l’École nationale d’administration et de magistrature du Bénin,  Moutiou Adjibi Nourou est spécialiste des questions africaines.


Depuis son arriv
ée au pouvoir en 2012, le président sénégalais, Macky Sall saffiche comme le héraut dune diplomatie régionale orientée vers le dialogue, lapaisement et la coopération diplomatique, militaire et économique avec ses voisins. Une posture qui sinscrit dans la prétendue destinée sénégalaise d’être « lami de tous les pays », selon les propres mots de Macky Sall. Cette approche des affaires africaines lui permet aussi de saffirmer comme un interlocuteur privilégié de la communauté internationale dans le domaine du respect de l’État de droit et de la démocratie en Afrique de lOuest, mais aussi de se garantir un réseau dalliés aux frontières.

Devenir le porte-parole des intérêts africains 

En demandant devant l’université d’été du Medef, en août dernier, la prolongation jusqu’en 2021du moratoire de la dette africaine par le G20, le président sénégalais a marqué un gros coup médiatique et diplomatique sur le continent. D’après lui, l’Afrique serait dans l’incapacité d’assurer le remboursement de ses dettes en 2021, du fait des conséquences économiques de la crise du Covid-19. Sur le continent, cette intervention a été vivement saluée et confirme surtout un leadership diplomatique sénégalais, qui prétend parler au nom de tous les pays africains. Elle est la conséquence d’un travail de fond, fondé sur la recherche systématique du consensus et l’intégration des organisations régionales dans la gestion de la politique africaine. Et surtout, d’une volonté personnelle assumée de se doter d’une stature régionale, voire internationale. Un pari presque réussi au vu de la tribunecosignée le 3 février dernier  avec Angela Merkel, Emmanuel Macron et les présidents respectifs de l’ONU, de l’Union européenne et du Conseil européen réclamant une réponse multilatérale à la crise du Covid-19. Le choix de Macky Sall pour représenter, sans le dire, les pays en développement n’est pas anodin.

L’approche diplomatique de Macky Sall n’est pas novatrice et s’inscrit dans la continuité des politiques amorcées depuis les indépendances, sous Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf puis Abdoulaye Waye. Surtout, Macky Sall a réussi à faire sauter les derniers verrous qui fragilisaient encore sa bonne entente avec les pays voisins. Son véritable coup de force fut le ralliement de la Gambie et de la Guinée-Bissau, deux pays frontaliers avec des tensions historiques, dans le giron sénégalais. En 2015, la discorde avec la Gambie était si marquée que Macky Sall avait décliné l’invitation de son homologue Jammeh à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance gambienne. Du côté de la Guinée-Bissau, le soutien de Bissau à la révolte indépendante de Casamance, sur fond de litige frontalier, a longtemps été un facteur de tensions entre les deux pays. En 2009, la mobilisation des troupes bissaoguinéennes pour la protection des zones contestées avait failli dégénérer en conflit ouvert.

Une posture de chef de file des organisations régionales

Dans le cas de la crise gambienne de janvier 2017, le coup de maître de Macky Sall a sans doute été de mobiliser la CEDEAO afin de promouvoir « une gestion africaine des crises africaines ». Un marronnier, répété à l’envi -notamment par la France- pour éviter de lourds engagements diplomatiques, sinon militaires, qui jusqu’à alors, avait été ponctuée d’échecs cuisants. Même si, sous couvert de mobilisation régionale, le contingent militaire de la CEDAO était largement dominé par les troupes sénégalaises. Mais, dans les faits, le multilatéralisme africain -et le vernis légal qui l’accompagne- a prévalu face aux tentations mauritaniennes et guinéennes d’intervention militaire unilatérale. Mais la diplomatie du consensus cache une fine stratégie. Plus que des alliés, la Gambie et la Guinée-Bissau sont désormais gouvernés par deux protégés de Macky Sall. Au nord, le rapprochement avec la Mauritanie n’est aussi pas anodin, alors même que les relations restent empreintes d’une défiance mutuelle depuis le conflit de 1989 – 1992, encore aggravée depuis la mort d’un pêcheur sénégalais, abattu par des garde-côtes mauritaniens en 2017.

Dernière épine dans la politique d’ouverture diplomatique régionale du Sénégal, les relations tendues avec le voisin guinéen, dont le président, Alpha Condé, a récemment déclaré dans une interview à Jeune Afrique que « toutes les tentatives de déstabilisation visant la Guinée viennent du Sénégal. » Alpha Condé qui, en pleine dérive autoritaire, s’enferme de plus en plus dans une posture antioccidentale reproche au président sénégalais de refuser de renforcer la sécurité à la frontière pour empêcher les infiltrations d’éléments supposément hostiles à son régime, brandissant une menace sécuritaire. Pour l’instant, les deux parties tiennent un dialogue de sourds et la frontière reste fermée depuis plusieurs mois.

Les avantages économiques du rapprochement diplomatique 

Cette ouverture diplomatique du Sénégal a surtout produit des résultats conséquents sur le plan économique. Sous la houlette du président Sall, le Sénégal et la Mauritanie ont convenu en avril 2016 de jeter les bases d’une coopération intergouvernementale pour structurer un contrat formel d’exploitation des gisements gaziers chevauchant leurs frontières maritimes. Les deux pays ont convenu un partage à parts égales des recettes issues de la commercialisation de ces gisements, à partir de 2023. En février 2020, un accord a été paraphé à Dakar entre les ministres de l’Énergie des deux pays, BP et Kosmos Energy qui exploiteront les gisements et s’en serviront pour produire du gaz naturel liquéfié (GNL).

Sur ce volet, les négociations avancées entre le Sénégal et la Guinée-Bissau devraient aussi permettre aux deux pays d’exploiter conjointement un gisement pétrolier qui chevauche leurs frontières maritimes, dénommé AGC Profond. Il couvre une superficie de 6700 km2, à une profondeur d’eau qui varie entre 1 000 et 3 000 mètres. Le périmètre se situe dans la zone maritime commune établie en 1993 entre les deux pays.

Parfois en difficulté sur le plan intérieur, comme en témoignent les récents évènements violents nés de la colère d’une jeunesse sénégalaise désœuvrée et fragilisée par les conséquences économiques sur le plan sanitaire, Macky Sall utilise son intelligence diplomatique pour se garantir le soutien et l’amitié de ses voisins d’une part, mais aussi des grandes puissances, auprès de qui il souhaite parler d’égal à égal.