fbpx

RECRUDESCENCE DU FAUX MONNAYAGE AU SÉNÉGAL : QUELS IMPACTS SUR L’ÉCONOMIE NATIONALE?


Depuis ces dernières semaines, le Sénégal renoue avec des saisies répétitives de faux billets de banques pour des montants exorbitants. Ces pratiques devenues de plus en plus fréquentes portent un sacré coup à l’économie nationale et au système financier. Face à ce contexte, l’on se demande s’il ne faudrait pas repenser les sanctions pour les rendre beaucoup plus corsées.

Le Sénégal est-il devenu la plaque tournante du faux monnayage dans l’Afrique de l’Ouest. Tout porte à le croire. Les saisies de faux billets dans la capitale sénégalaise et d’autres villes de l’intérieur du pays deviennent de plus en plus monnaie courante. La dernière opération de saisie remonte le 7 juillet avec une somme de 274 milliards de FCFA saisie dans le département de  » Keur Massar  » (banlieue dakaroise). Avant cette récente opération, la Section de recherches de la gendarmerie avait intercepté une enveloppe dont le montant était estimé à deux milliards d’euros soit près de 1 300 milliards de FCFA en mai 2020. Ces injections de liquidités dans le circuit économie causent d’énormes dégâts aux activités économiques et au fonctionnement du système financier d’autant qu’elles ne sont pas retracées dans le Tableau des opérations financières de l’Etat (Tofe). Ces pratiques frauduleuses installent également un manque de confiance au sein des agents économiques qui deviennent de plus en plus méfiants.  

L’expert financier, Nicolas ETOYI, tente d’analyser les facteurs ayant contribué à la recrudescence de ce fléau. D’abord, il note que même si le faux monnayage date de plusieurs années, le phénomène est devenu plus fréquent. Il explique que ces saisies de faux billets sont dues au fait que déjà l’argent des banques ne circule pas véritablement dans la vie économique du Sénégal. Il ajoute que la pauvreté a créé d’autres criminels spécialisés dans la contrefaçon billets de banque.  » Puisqu’il y a des criminels qui circulent avec des faux documents sans être inquiétés, l’on ne doit pas être surpris si on voit des gens opérer tranquillement dans la contrefaçon et le faux monnayage. Autant de facteurs qui contribuent à la persistance de ce fléau et à la dégradation du tissu économique « , analyse M.  ETOYI.

S’agissant des conséquences sur l’économie, l’expert financier indique que la circulation des faux billets est préjudiciable à l’économie du Sénégal et qu’il faudra attendre des années avant que les effets ne se manifestent.  » Le faux monnayage va modifier le système de fonctionnement de l’économie informelle, qui est le socle de l’économie nationale. L’impact sera gravissime, car il changera également le dispositif de la banque centrale qui est le garant de la monnaie. Et sur le plan monétaire et économique, les conséquences du faux monnayage sont très graves, puisque que la monnaie est essentiellement basée sur la confiance « , relève Nicolas ETOYI. D’après cet expert, la circulation de fausse monnaie peut compromettre l’économie nationale, fragiliser les établissements financiers du pays et mettre en péril le fonctionnement de la société à caractère informel. A l’en croire, la fausse monnaie alimente l’économie souterraine du Sénégal et finance les activités des réseaux criminels organisés et des terroristes de nos jours.  » Le danger est déjà là ! « , prévient M. ETOYI.

En vue de remédier à ce fléau qui porte un préjudice à l’économie nationale et au système financier, l’expert financier propose quelques pistes. Il appelle, dans un premier temps, à renforcer les services de sécurité et de défense, et dans un second temps, à sensibiliser les populations à cette agression à la sécurité nationale. Pour lui, la meilleure façon de se protéger contre le faux monnayage consistera à bien connaître les éléments de sécurité des vrais billets de banque aussi bien pour la monnaie locale (le Franc FCFA ) que les devises étrangères (euros, dollars…). Au-delà des actions qui doivent être mises par les autorités sénégalaises, il est autant urgent d’adopter une approche globale pour pallier à la recrudescence du faux monnayage. A ce titre, il serait essentiel de corser les sanctions prévues dans la loi uniforme relative à la répression du faux monnayage et des autres atteintes aux signes monétaires dans les Etats membres de l’UMOA, adoptée par le Conseil des ministres les 24 et 25 juin 2016 à Lomé.

www.sikafinance.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *