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OUGANDA: LA CPI JUGE COUPABLE DE CRIMES DE GUERRE DOMINIC ONGWEN EX-ENFANT SOLDAT DEVENU CHEF REBELLE

Une première pour la justice internationale. La Cour pénale internationale (CPI) a jugé coupable jeudi 4 février Dominic Ongwen, pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis en Ouganda. Il s’agit du premier jugement d’un ancien enfant-soldat devenu commandant, dans son cas du groupe rebelle ougandais l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui a massacré plus de 100 000 personnes et enlevé 60 000 enfants dans quatre pays africains.

À 45 ans, Dominic Ongwen a été reconnu coupable de 61 chefs d’accusation, dont celui de grossesse forcée qui n’avait jusqu’à présent jamais été prononcé par la CPI.

« Sa culpabilité a été établie au-delà de tout doute raisonnable », a déclaré le président de la cour, Bertram Schmitt, prononçant le verdict à l’encontre de Dominic Ongwen, qui était au total visé par 70 chefs d’accusation, parmi lesquels ceux de meurtre, de viol, d’esclavage sexuel et de conscription d’enfants-soldats.

Surnommé la « fourmi blanche », il était jugé pour son implication dans une série de massacres perpétrés dans les années 2000 par le groupe baptisé l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui a mené une guerre brutale en Ouganda et dans trois autres pays afin d’établir un État basé sur les dix commandements de la Bible.

Dominic Ongwen a nié ces accusations « au nom de Dieu », et ses avocats avaient plaidé l’acquittement, soulignant qu’il avait lui-même été victime de la brutalité du groupe rebelle, dès son plus jeune âge.

Ce procès, qui a duré cinq ans, est unique car c’est la première fois que comparaissait une personne à la fois victime et auteure présumé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité : Dominic Ongwen a été enlevé enfant par la LRA alors qu’il se rendait à l’école.

« La chambre est consciente qu’il a beaucoup souffert », a déclaré le juge Schmitt. « Cependant, il s’agit dans cette affaire de crimes commis par Dominic Ongwen en tant qu’adulte responsable et commandant de l’Armée de résistance du Seigneur. »

Commandant « féroce » et « enthousiaste »

Fondée il y a trois décennies par Joseph Kony, un ancien enfant de chœur catholique devenu prophète autoproclamé, la LRA a lancé une rébellion sanglante contre le président Yoweri Museveni dans le nord de l’Ouganda.

Selon l’ONU, les rebelles ont massacré plus de 100 000 personnes et enlevé 60 000 enfants lors de violences qui se sont étendues à trois autres pays africains : le Soudan, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine.

Ce procès marque « une étape importante car c’est la première et la seule fois qu’une affaire de la LRA est jugée dans le monde », a déclaré Elise Keppler, directrice adjointe du programme Justice internationale de l’ONG Human Rights Watch.

Selon les procureurs, Dominic Ongwen a été un commandant « féroce » et « enthousiaste » de la LRA. Il était chargé de la brigade Sinia de Joseph Kony, qui a notamment enlevé des jeunes filles et des femmes réduites à l’état de domestiques et d’esclaves sexuelles.

Il était accusé notamment de massacres dans les camps de réfugiés de Lukodi, de Pajule, d’Odek et d’Abok, en Ouganda.

À l’ouverture du procès, l’accusation avait montré des vidéos tournées après une attaque de la LRA contre le camp de Lukodi, montrant des enfants éventrés et les corps calcinés de bébés enterrés à la hâte.

Que « rien ne soit laissé en vie », ordonnait-il à ses troupes

Lors d’une autre attaque contre le camp de réfugiés d’Odek en 2004, Dominic Ongwen a ordonné à ses troupes que « rien ne soit laissé en vie », ont déclaré les procureurs, citant des messages radios.

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