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MOUBARACK LO : «…la banlieue va concurrencer le centre-ville»

La banlieue s’affirme de plus en plus comme un espace d’avenir, notamment au plan économique. Le boom démographique aidant, le

s regards sont désormais tournés vers cette aire géographique qui offre de réelles potentialités. Dans l’entretien qui suit, l’économiste Moubarack Lô expose quelques-unes des raisons qui font de la banlieue un lieu-espoir pour des milliers de jeunes en particulier.

Quels sont les enjeux économiques que représente la banlieue au Sénégal ?

Historiquement, les banlieues constituaient des cités dortoirs. C’est la cherté des maisons et le coût, très élevé, des loyers du centre-ville qui poussaient les populations les plus pauvres à aller habiter en banlieue. Quitte à vendre leurs maisons en ville. Vous avez aussi l’exode rural. En banlieue, il y a beaucoup de populations qui viennent du village. Et, par acte de solidarité, celles-ci accueillent de nouveaux venus, notamment les jeunes qui repartent pendant l’hivernage. Mais pour le reste de l’année, ils viennent en centre-ville pour s’activer dans le commerce ou les petits métiers comme le transport ou les métiers artisanaux. Donc, la fonction première des banlieues, c’était de servir, non pas de lieu de travail, mais essentiellement de dortoir.
Au fil des années, la fonction s’est enrichie. D’abord il y a une économie périurbaine qui s’est développée dans les banlieues. Les populati

ons consomment, le commerce se développe. Egalement, les activités artisanales comme la réparation automobile, les menuiseries bois et métalliques, la métallurgie, la construction, la vente de matériaux pour les maisons, etc. Tout cela permet de développer des emplois. Donc, une bonne partie de la population, sans quitter la banlieue, peut trouver des revenus sur place.
Une troisième fonction au-delà de ces activités plutôt informelles, les banlieues peuvent également aujourd’hui accueillir des industries. Parce que, avant, si vous prenez Dakar, les usines étaient dans la zone industrielle de bel-Air ou sur la route de Rufisque. Maintenant, avec l’encombrement de ces zones, les entreprises sont obligées de sortir de Dakar et d’aller vers la banlieue, dans des zones plutôt vierges avec des coûts de terrain pas très élevés. Vous  avez même des zones économiques que l’Etat a installées dans la banlieue qui permettent de renforcer cette nouvelle dynamique.
Il y a également des banlieues qui ont une vocation agricole. Dans la région de Dakar, vers Sangalkam, les activités agricoles rivalise

nt, très intensément, avec l’habitat. L’horticulture et l’élevage ne sont pas en reste dans cette compétition. Dans cette zone, la banlieue a une fonction économique multiforme.

L’Ansd prédit une forte augmentation de la population dans la banlieue d’ici 2025. Quels effets ce boom démographique peut-il avoir sur l’économie ?

La forte augm

entation prévue par l’Ansd va générer une demande forte de produits de consommation, mais également de biens durables. Il y a les achats de proximité qui font qu’on va assister progressivement au développement du commerce. C’est la première activité qui va bénéficier de ce boom démographique. Il y a également les autres activités comme le transport qui vont aussi connaitre un essor fulgurant avec le développement des transits entre les quartiers. On va aussi assister à la modernisation du commerce. Les supermarchés commencent à s’installer progressivement, parce qu’il y a une classe moyenne avec une réelle capacité d’achat. Donc progressivement la banlieue va confirmer sa vocation urbaine et concurrencer le centre-ville dans ses fonctions économiques exercées jusqu’ici.
En termes de modernité, le centre-ville aura toujours un avantage qu’il sera difficile à la banlieue de concurrencer. Mais, celle-ci peut toujours choisir sa voie, ne pas chercher à être forcément la zone de villas cossues, d’immeubles très modernistes ; mais d’affirmer sa vocation sur l’espace en jouant sur le dynamisme de la population et la demande de consommation très élevée.

Le constat est que l’essentiel des activités économiques dans la banlieue relèvent du secteur informel. Qu’est ce qui explique cette tendance ?

C’est normal que le secteur informel domine dans la banlieue. D’abord le secteur informel domine partout ailleurs dans le pays. Mais c’est vrai que pour l’essentiel, les activités formelles se retrouvent plutôt dans la ville, dans son centre. Historiquement, c’est là où on avait les sièges des administrations, les sièges des sociétés, des services et banques, assurances, les industries aussi. Cependant, progressivement, la banlieue grignote des parts.
Cette catégorisation, emploi formel au centre-ville, emploi informel dans la banlieue, aura tendance de plus en plus à s’estomper. Progressivement, on va assister à une convergence parce que mêmes les administrations commencent à s’installer en banlieue. Peut-être que le centre-ville n’aura une avance que dans les emplois les plus sophistiqués, c’est-à-dire les sièges des banques, assurances, sociétés de haute technologie, sachant que ces dernières peuvent demain choisir, en profitant des facilités des transports, multimodaux, de s’installer même en dehors de Dakar et d’aller dans les zones périurbaines, donc en banlieue.

On assiste à une ruée des investisseurs et des commerçants vers la banlieue, notamment à Keur Massar. Qu’est ce qui les attire réellement ?

Keur Massar c’est une zone périurbaine qui se développe très vite avec une population qui augmente et une classe moyenne aussi qui émerge. Quand vous avez une classe moyenne, dotée d’un certain pouvoir d’achat, bien évidemment les activités vont  ruer vers cette zone. Pour ce qui concerne les autres investisseurs, il faut beaucoup plus de temps pour pouvoir les avoirs dans d’autres créneaux que le commerce.