Au moment où la pandémie du covid-19 a déclenché une psychose au niveau globale, la scalade des tensions au Moyen Orient est en train d’exposer la géopolitique mondiale à de grands risques de déstabilisation. L’on peut logiquement faire le lien entre la pandémie et les effets sur la mobilité qui est une des composantes de la globalisation.

En effet, la Turquie est entrée en guerre contre la Syrie (alliée de la Russie) pour le contrôle de la ville de Idlib. Déjà les bombardements ont produit plus d’un million de réfugiés, en majorité des femmes et des enfants. C’est une vraie crise humanitaire qui est en cours. Plus d’un million de syriens sont entrain de fuir de leurs pays et de la Turquie. Il faut ajouter à cela les 4 millions de réfugiés provenant de la Syrie et de l’Afghanistan qui étaient accueillis sur le territoire turque sur la base d’un accord avec l’Union Européenne. Un « deal » pour le contrôle des réfugiés qui avait valu a Erdogan l’obtention d’une enveloppe financière de 6 milliards d’euros pour retenir ces réfugiés pour qu’ils n’arrivent pas en Europe.

C’est le cas de dire ici que le « deal du contrôle des migrants » est devenu une des colonnes portantes de la politique de l’union Européenne depuis plusieurs années. Le Vieux continent exposé aux flux des migrants a depuis des décennies choisi la stratégie de gestion par proxy du contrôle en signant plusieurs accords avec des pays de transit pour éviter que les « indésirables » arrivent chez eux. Le Maroc, le Niger et la Lybie ont déjà été sollicité dans ce sens. Et depuis les accords sur la migration sont devenus un élément-clé des programmes de coopération de l’Union Européenne. Ces accords prévoient différents volets dont le contrôle des frontières, le blocage des migrants ou leurs rapatriements dans leurs pays d’origine.

À ce jour plusieurs ont été signés ou sont en cours de négociation avec des pays africains. Et l’Union Européenne ne lésine pas sur les moyens pour atténuer la pression migratoire à laquelle elle est exposée. Donc c’est dans ce cadre que se trouve les dessous de table de la crise humanitaire que nous voyons aujourd’hui. Et c’est aussi dans ce registre qu’il faut inscrire ce que certains ont décliné comme le « chantage » turque qui a rompu les digues en laissant partir les réfugiés vers la frontière avec la Grèce. Et depuis le déclenchement des hostilités contre la Syrie, 18000 réfugiés syriens ont tenté de quitter la Turquie mais la Grèce et la Bulgarie ont déjà fermé les leurs frontières. Et plusieurs réfugiés se dirigent vers les îles grecque, en particulier Chio e Lesbo qui connaissent déjà une situation insoutenable. Il suffit de considérer qu’à Lesbo le camp des réfugiés de Moria, avec une capacité d’accueil de 3000 personnes, a déjà atteint le seuil des 20000 personnes soit plus 6 fois sa capacité. Et de manière plus générale l’Europe fait face à une « crise des réfugiés » beaucoup plus consistante.

En effet l’Europe aura des difficultés à faire face à cette pression puisque plusieurs réfugiés sont bloqués aux frontières de la Slovénie, de la Bosnie, de la Hongrie.

C’est dire que tous les ingrédients sont là pour parler d’une nouvelle crise humanitaire qui vient se greffer à la pandémie du coronavirus et qui est destinée à compliquer davantage les choses dans les pays de la Méditerranée et en particulier dans les pays de la Mer Égée.

Aly Baba Faye (Sociologue)

Rome (Italie)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Instagram did not return a 200.