jeudi, octobre 21, 2021
Cette jeune fille est une victime collatérale du système d’enseignement scolaire franco-sénégalais.
A entendre les avis de recherche sur la disparition de cette étudiante, j’étais habité par un double sentiment : La tristesse d’une part, causée par la disparition d’un Être et, d’autre part, la désolation voire le dégoût à cause de l’association du nom de cette jeune fille à cette institution d’excellence à la française adoptée par le Sénégal en bon élève colonisé.
En effet, cette association que bien des personnalités n’ont cessé de souligner n’est pas forcément heureuse.
*”Elle la Grande” ou “Lui le Grand” ! Sortir de Louis-Le-Grand, malheureusement, ne fait pas forcément  de toi une Grande ou un Grand.*
Oui, Meilleur de la classe n’est pas synonyme de supériorité sur tout, simplement.
Si un héritage colonial commun assumé par la société franco-sénégalaise existe, c’est bien dans le domaine de l’Enseignement et de la Culture qu’on peut le trouver.
Oui, au Sénégal la réussite passe forcément par les bancs de l’école française. Ceci est tellement vrai qu’aucune  autre alternative n’est proposée pour la majorité des sénégalais exclus du système scolaire franco-sénégalais.
Cette forme d’excellence prônée par ces grosses institutions françaises est en contradiction avec l’un des symboles forts de l’instauration de la République ” l’abolition de la « société d’ordres » voulue par la révolution française de 1789.
A ce sujet, il est intéressant de noter que le nom de l’établissement est le pseudonyme de Louis XIV roi de France (1638-1715) qui a régné en monarque juste avant que la révolution de 1789 finisse par installer la République Française.
Sélectionner exclusivement et uniquement de très bons élèves, c’est exclure ces mêmes élèves des réalités de notre société plurielle, donc une forme d’appauvrissement aussi.
Leur apprendre à se concurrencer et à compétir a quelque chose de malsain, malveillant et nuisible.
En effet, quand il s’agit de développer des savoirs, ce modèle ne favorise guère le partage et nous savons tous que sans partage, il n’y a pas d’enseignement donc pas de transmission de connaissances.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les savoirs se transforment  plutôt en secrets jalousement gardés par des apprenants concurrents qui convoitent, d’une guerre « soft », le titre suprême de Meilleur élève. Telles sont les dures contradictions d’une société qui revendique entre autres devises la fraternité et l’équité mais qui, par ailleurs, cultive l’individualisme et le favoritisme qui ressemblent à s’y méprendre aux privilèges bannis par la Révolution.
Le mal est d’autant plus grave que c’est sur de pauvres jeunes gens qui n’ont encore presque aucune expérience de la vie qu’il se fait. Rassemblés,  l’adversité peut se révéler. Le pire serait qu’on leur désigne un adversaire invisible hors des murs de leur établissement protégé, de quoi développer une certaine forme d’arrogance voire du mépris envers les non appelés.
Plus tard, nos étudiant(e)s issu(e)s de ces dynasties en société lignagère dirigeront la France comme jadis Navarre. C’est ainsi que rien que sous la Ve République 3 Présidents et 9 Premiers Ministres ainsi que le premier président de la République du Sénégal sont de la lignée Louis-le-grand.
 Je ne suis pas en train de fustiger les écoles disciplinaires. Je dis oui aux écoles d’excellence et non à ses dérives élitistes dans un contexte social où la fracture entre les dirigeants et le peuple qui perçoit ses élites comme étant orgueilleux,  froids, d’un abord difficile, est régulièrement relevé dans les enquêtes d’opinion.
Encadrés par des mentors qui leur rappellent en boucle qu’ils sont « de la classe des élu(e)s » tout en bannissant toutes formes de complaintes de la part de leurs « protég(e)és », on finit par en faire des machines mais aussi des « killers ».
Cultiver l’arrogance finit par laisser place à un sentiment de supériorité sur tout.
Ne nous y trompons pas, cette jeune fille est une victime de ce système. J’espère qu’elle s’en sortira grandie, qu’elle préservera toutes ses qualités et ses compétences. Je conseille un peu de pudeur et d’humanité à ceux qui lui reprochent d’avoir abusé de la bourse octroyée par l’État sénégalais. Que représente cette modique somme pour le Sénégal quand on sait qu’une seule voiture de ministre sénégalais peut financer les études de milliers de Talibés qui trainent dans nos rues ?
Souhaitons plutôt à Diary une excellente santé et qu’elle puisse développer de vraies qualités humaines et des connaissances pointues qu’elle pourra mettre au service de sa propre personne, de ses proches, de son entourage, de son pays et du monde. Il existe heureusement d’autres écoles à fréquenter et d’autres voies à prendre pour se construire … On est toujours bon en quelque chose et si on peut pousser ses capacités jusqu’à l’excellence, il ne faut pas en priver l’Humanité !
Bon courage et Bon vent, Diary !
👍🏾🙏🏾💚💛❤