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« LES SÉNÉGALAIS MÉRITENT MIEUX QUE ÇA » PAR PIERRE SARR


Cette contribution est – une réflexion – qui fait suite aux propos de Messieurs Amadou Bâ et Augustin Senghor respectivement ministre des Sports et Président de la fédération sénégalaise de football. Ces derniers répondaient aux propos de certains joueurs de l’équipe nationale de football, notamment Sadio Mané, qui se plaignaient de l’état « catastrophique » des infrastructures sportives du Sénégal en particulier le Stade Lat Dior de Thiès. « Ici, ce n’est ni Chelsea ni Liverpool…Lat Dior est meilleur que beaucoup de stades africains » dira le Président de fédération sénégalaise de football. Ce qu’il faut éviter, renchérissait Monsieur le Ministre, « c’est de faire la comparaison. On ne peut pas avoir les mêmes conditions qu’à Liverpool ou Manchester […] Quand on est en Afrique, il faut se mettre dans la tête qu’on peut être confronté à des difficultés qui peuvent être liées à des gazons, à l’environnement ou même aux conditions de voyage ».

Que peuvent bien traduire ces commentaires ? Une maladresse ? De l’ignorance ? Notre incapacité à nous remettre en question ? Notre sous-estimation des enjeux ? Un état d’esprit résigné ? Que le Sénégal ne peut faire mieux en la matière ? Que notre jeunesse doive se contenter de ce qu’elle a et nos footballeurs se satisfaire de l’état des terrains ? Chacun se fera sa propre opinion. Mais, accordons-leur le bénéfice du doute et faisons preuve de nuance (Birnbaum, 2021) !

En tout cas, ces discours nous enjoignent de rappeler ici trois idées que nous avons exposées antérieurement (Sarr, 2012, 2019) et qui peuvent constituer un horizon pour celles et ceux qui s’intéressent au débat public.

La première est que nous avons besoin, dans ce pays, d’une « révolution des consciences », d’une « refondation idéologique » qui nous libérerait de nous-mêmes, de nos certitudes hasardeuses et nous permettrait d’appréhender le développement dans toute sa dimension. C’est-à-dire comme « processus global incluant les dimensions économiques, sociales, culturelles, certains y ajoutant la dimension politique » (Khôi, 1984). En effet, il doit être « saisi dans son intégralité, car dépassant les phénomènes économiques de croissance, il englobe aussi les éléments d’ordre psychologique, moral, social, culturel, politique, religieux qui concourent à la valorisation des personnes et des sociétés » (Barrère, 1991). Pourquoi ? Parce que nous sommes parfois nos propres ennemis et nos actions, nos postures, nos prises de position sont à rebours de nos ambitions. Qu’ont-ils de plus que nous à Chelsea, Liverpool ou ailleurs ? Certainement pas la raison ? Faisons donc preuve de courage, d’inventivité et adaptons-nous aux réalités de notre temps.

La deuxième est qu’une politique d’illusions est une politique fatale, elle conduit à la décadence.

Quelle est la raison d’être de la politique si ce n’est de fournir des capabilités d’épanouissement pour chacun et pour tous ? Quand la politique refuse d’être au service du bien commun, elle devient otage de pratiques et d’idéologies malsaines qui annihilent toute évolution et facilitent l’émergence de pratiques et de comportements néfastes à la société tout entière. À celles et ceux qui s’activent dans la vie politique, la tâche est sans doute immense, mais puisque tel est votre choix, sachez que la politique doit faire advenir les rêves, car les rêves, comme les désirs et les espoirs sont les étoiles de nos vies. Faites en sorte que les rêves de notre jeunesse soient leur réalité.

La troisième est qu’il faut résolument envisager les politiques publiques sous l’angle de l’analyse et de l’évaluation constantes. Car, cela contribue à une meilleure connaissance du fonctionnement du système politico-administratif dans ses rapports avec la société, incite à une plus grande cohérence de l’action publique et participe à l’enrichissement du débat politique lui-même (Nioche, 1982) Cette analyse et cette évaluation sont, par conséquent, une double exigence de recherche et de correction des erreurs, d’une part, de démocratie, d’autre part. Elles permettent également de concilier, du même coup, légitimité du pouvoir est légitimité d’action. L’exercice du pouvoir politique ne peut plus se résumer à la seule affirmation de grandes valeurs universalisables dont la garantie nécessite l’usage de la contrainte, elle se manifeste aussi par des politiques publiques, des programmes d’action, autrement dit par des activités susceptibles de conséquences (Durand, 2010) positives sur le quotidien des Sénégalais.

En somme, à vous tous qui aspirez à faire avancer les choses, à Sadio et aux autres, vos positions vous commandent de tenir le flambeau. C’est aussi cela la démocratie.

Pierre SARR

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