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Entretien avec S.E.M. Abdou Khadre Agne nouveau ambassadeur du Sénégal en Cote d’ivoire

Lors des visites effectuées par les autorités en charges du ministère des Affaires Étrangères et des sénégalais de l’extérieur, nous avons constaté la présence massive des responsables d’Association venus de toute l’Espagne, particulièrement lors de la rencontre avec le SECRETAIRE D’ETAT charge des sénégalais de l’Extérieur. Comment interprétez- vous cette mobilisation ou adhésion ?

Il faudrait d’abord indiquer que Son Excellence le Ministre Amadou BA, a conduit une délégation pour prendre part à la deuxième session des consultations politiques tenues à Madrid, le 19 septembre 2019, entre le Sénégal et le Royaume d´Espagne, et a cette occasion, il est clairement apparu une volonté partagée d´ouvrir une nouvelle perspective a la coopération entre nos deux pays. Ainsi, au cours des discussions, la coopération bilatérale a fait l´objet d´une revue complète, et entre autres sujets d´importance, la question migratoire, vous vous imaginez bien, a été abordée compte tenu de sa prégnance, dans le contexte actuel marqué par le lancement récent à Marrakech du pacte mondial sur les migrations, mais aussi du fait de la priorité accordée à cette question par la partie espagnole, qui l´a du reste inscrite en bonne place dans son 3 e plan Afrique 2019-2030 approuvé le 19 mars 2019.  

Et tout naturellement, lorsque l´on évoque la question migratoire, il est tout à fait aisé de glisser vers la réalité de l´existence d´une très forte communauté sénégalaise, installée dans ce grand pays d´Europe du Sud, et ce, depuis plusieurs décennies. C´est ce qui a justifié la tenue dans un intervalle de 15 jours, de deux rencontres avec les principaux responsables des associations et dahiras sénégalais régulièrement installées en Espagne, la première avec le Ministre Amadou BA a l´Ambassade, et la deuxième qui a connue comme vous l´indiquez, une mobilisation exceptionnelle, jamais égalée, de l´avis de tous les participants venus de toutes les régions d´Espagne, et il faut le signaler à leurs propres frais.   

Je voudrais pour être complet sur question, indiquer que cette forte participation témoigne à souhait de l´intérêt que les responsables d´associations ont voulu manifester pour cette rencontre du 04 octobre 2019, mais aussi et surtout, leur volonté de faire entendre leurs doléances multiples par la tutelle, d´autant que la rencontre avec une autorité de cette importance reste une opportunité majeure. Il reste que les relations particulières que nous avons pu tisser avec ces patrons, au long de 12 mois de mission en Espagne, nous ont permis de mériter leur confiance, qui se manifeste par leur présence massive, lorsque nous les invitons et ce, quel que soit les circonstances.

Nommé en son temps Ambassadeur du Sénégal au Niger vous avez accepté d’être nommé Consul général du Sénégal á Madrid qu’est ce qui avait motivé ce choix somme toute rare ?

Il faudrait préciser que j´ai effectué mes premiers pas en qualité de Consul Honoraire du Sénégal, durant 3 années exceptionnelles de 2014 à 2016, dans ce grand pays du SAHEL qui est devenu par la force des choses, ma seconde patrie, puisque mon épouse est elle-même nigérienne. Nous nous sommes beaucoup investis à cette période, de façon tout à fait bénévole, pour assister nos compatriotes résidents à Niamey et dans toutes les régions de ce vaste territoire de 1.250.000km2, puisque très souvent, à l´instar des autres sénégalais de la diaspora, ils restent confrontés à de nombreuses difficultés liées à la précarité de leur situation, loin de leurs familles.

Les nombreuses contributions écrites et compte rendus que nous faisions parvenir à notre hiérarchie, mais aussi et surtout, la réalité de l´existence de véritables enjeux géopolitiques et géostratégiques dans un contexte sécuritaire, marqué par l’acuité de la question migratoire sur cet axe incontournable de ce qui est devenu la principale voie de migration terrestre vers le Nord Niger et la Lybie, ont finis, me semble-t-il, de convaincre les plus hautes autorités de notre pays, de la nécessité de renforcer notre présence dans ce pays ami, en rehaussant notre niveau de présence diplomatique. Je voudrais à ce stade, saluer les hautes autorités nigériennes, au premier rang desquels se trouvent le Président ISSOUFOU et son épouse, mais également l´actuel Ministre d´Etat en charge de l´intérieur Mohamed BAZOUM, un grand ami du Sénégal, qui continuent encore aujourd´hui de me témoigner un attachement tout à fait particulier. Je ne serai pas complet si je ne salue pas comme ils le méritent, tous les sénégalais établis au Niger, et qui m´ont soutenu tout au long de ces formidables années d´apprentissage, au service exclusif d´une coopération renforcée entre le Sénégal et le Niger.

Lorsque Monsieur le Président de la République, Son Excellence Macky SALL, que je remercie fortement au passage pour la confiance constante à mon droit, a pris la décision d´ouvrir une représentation diplomatique la plus élevée, il m´a fait cet honneur singulier de me nommer en qualité d´Ambassadeur du Sénégal au Niger, ce qui n´était pas du tout anodin, au regard de l´importance de la mission. Et c´est donc tout naturellement après deux années fabuleuses d´apprentissage aux cotés de diplomates chevronnés de la trempe de l´actuel Directeur de Cabinet du Secrétaire d´État Moise SARR, Monsieur Christian ASSOGBA, qui m´en voudra de le nommer et qui fut mon premier conseiller, que j´ai accepté cette nouvelle mission en qualité de Consul Général en Espagne. Je me suis toujours considéré comme un soldat de la république, parce que me semble-t-il, les positions et les titres sont peu de choses pour peu qu´on les oppose à la grandeur de la noble mission qui consiste à servir le Sénégal. Pour la petite histoire lorsqu’un collègue Ambassadeur dont je tairais le nom m´a demandé plus tard comment j´ai pu accepter d´être rétrogradé, je me souviens parfaitement lui avoir indiqué, que servir mon pays en Espagne sur instructions d´un homme de la trempe de Son Excellence le Président Macky SALL, dont je connais les ambitions pour notre pays, était pour moi plutôt, une promotion, et une grande marque de confiance.

Au terme de votre séjour en Espagne pouvez nous faire le bilan de votre gestion á la tête du consulat ?  

Il est toujours assez risqué de se lancer dans ce genre d´exercice après seulement une année effective de présence dans ce pays qui compte près de 100 000 ressortissants sénégalais, compte non tenu des centaines de jeunes qui continuent d´arriver sur les côtes espagnoles, souvent dans des conditions de déstructuration mentale avancée, lorsqu´ils ont pu échapper au désert du Sahara, devenu un cimetière à ciel ouvert, et a la méditerranée que l´excellente Fatou DIOME, la bien nommée avait décrite comme 

´´le Ventre de l´Atlantique´´ de façon tout à fait prémonitoire, il y´a plus de 10 ans. On était loin de l´émotion collective mondiale actuelle, entretenue par des acteurs internationaux qui n’ont toujours pas pris, me semble-t-il la pleine mesure des initiatives fortes qu´il est urgent de prendre, si on veut sauver l´humanité, puisque c´est bien de cela qu´il s´agit, la migration sub-saharienne touchant directement ce que nous avons de plus précieux, notre jeunesse.

Je pourrais indiquer que la priorité absolue que je me suis assignée lors de mon arrivée au mois d´octobre 2018, a été de travailler à réinstaurer  un climat de confiance avec la communauté sénégalaise représentée par les associations et les maisons religieuses, les ´´ dahiras ´´, qui sont de véritables relais au sein desquels la quasi-totalité de nos compatriotes se retrouvent, et ce, en conformité avec les instructions reçues directement auprès de Son Excellence Monsieur le Président de la République, qui a beaucoup insisté pour que j’inscrive ma mission dans cet esprit, au cours de l´audience qu´il m´a accordée en septembre 2018, avant ma prise de fonction à Madrid. Il faudrait rappeler que nous sommes arrivés en Espagne dans un contexte assez particulier, ou il y avait un climat de défiance de nos compatriotes vis-à-vis des autorités diplomatiques et consulaires, à la suite des évènements douloureux de LAVAPIES, qui avaient engendrés la mort de deux de nos jeunes compatriotes, dans des conditions douloureuses.

Par ailleurs, au plan de l´efficacité opérationnelle des services du consulat général dans sa mission de service public en direction des sénégalais d´Espagne, nous avons pu initier quelques avancées notoires avec toute l´équipe trouvée sur place, et je voudrais faire une mention particulière a mon Vice Consul Demba DIA, arrivé quelques mois auparavant, et qui a pu baliser le terrain en faisant preuve d´une disponibilité, et d´un professionnalisme remarquable. 

Nous avons pu stabiliser la délivrance des passeports et des cartes d´identité biométrique qui présentaient un gap important à notre arrivée, en relation avec les services du Ministère de l´intérieur dont nous saluons la grande collaboration, et je voudrais saluer tout particulièrement l´implication personnelle du Ministre Aly Ngouille NDIAYE, qui a toujours été attentif à toutes nos sollicitations lorsque l´urgence du moment commandait une réaction à la hauteur de nos attentes. De nombreuses visites ont été effectuées partout en Espagne dans les contrées les plus reculées ou vivent nos compatriotes, et nous avons pu toucher du doigt la prégnance des préoccupations de nos compatriotes qui nous ont souvent surpris de  façon heureuse par leur parfaite intégration dans leurs localités, même si nous pouvons déplorer ca et la des comportements et des postures qui portent atteinte à nos valeurs, et pouvant remettre en question sur la durée, l´excellence des relations entre l´Espagne et le Sénégal comme précédemment indiqué.

Au plan social, nous avons initié des visites régulières dans certaines prisons ou sont détenus nos jeunes compatriotes, très souvent en rupture de ban, avec plus ou moins de succès, puisque les visites dans les prisons ne peuvent être effectuées que lorsque l’accord provient des détenus eux-mêmes selon les lois du pays hôte. Et pour des raisons liées à la ´´ KERSSA´´, ces jeunes préfèrent assez souvent purger leur peine, laissant ainsi leurs familles dans un doute et une incertitude insupportable.

Toujours au plan social, nous avons mis en place un cadre de travail avec les principaux centres d´accueil de migrants en difficultés, notamment ceux en déséquilibre mental, grâce à des visites régulières, qui nous permettent le moment venu, de leur apporter l´assistance consulaire leur permettant la régularisation au plan administratif, et cette collaboration est du reste fortement appréciée par les responsables espagnoles qui nous ont indiqués, que notre pays était le seul à se soucier de ses ressortissants puisque, des centaines de jeunes africains sont livrés à eux-mêmes, dans ces centres, qui finissent par se transformer en lieu de résidence longue durée.

Avec la Mairie de Madrid, nous avons pu initier un cadre approprié de travail visant à faire sortir les jeunes sénégalais de la rue, avec la possibilité d´une formation aboutissant à un emploi formel dans des secteurs tels que le tourisme et l´hôtellerie avec à la clé, une régularisation assurée, à la condition expresse que les jeunes bénéficiaires acceptent de se conformer aux lois espagnoles, en acceptant d´abandonner ´´ la vente à la sauvette ´´, qui reste leur activité de prédilection.

Notre principale fierté aura certainement été le programme que nous avons initié avec une compatriote sénégalaise du Nom de BOUSSO SEYE, véritable ´´Yaye FALL´´ de Madrid, avec qui nous avons pu sortir beaucoup de jeunes ´´ Bayfal´´ de la rue, pour les insérer dans des programmes agricoles dans certaines contrées d´Espagne fortement pourvoyeuses d´emplois saisonniers dans l´agriculture en particulier. Ce programme était en cours de formalisation puisque fortement soutenu par les autorités municipales avec qui nous avions échangées comme indiqué précédemment.

Au total, de nombreux efforts ont été consentis en un an de présence, et j´ai pu me rendre compte qu´en réalité, il n´y a pas de fatalité, puisque des solutions existent pour peu qu´on change de paradigme, en impliquant les vrais acteurs, en l´occurrence le Consulat Général du Sénégal dans les différents programmes tels que le récent projet ´´ GECCO ´´ de migration circulaire signé entre l´Espagne et le Sénégal, et prévoyant le séjour régulier de plusieurs jeunes sénégalais devant travailler sur des périodes de 3 mois dans l´agriculture, et pour lequel malheureusement nos services n´ont pas été associés, et nous en connaissons les résultats récents du reste. 

 Au moment de votre départ pouvez-vous nous faire le point sur la question relative aux problèmes des passeports ?

Il me souvient que le jour de mon arrivée en Espagne, le 14 octobre 2018, j´ai été saisi à mon arrivée à l´aéroport de Madrid par des jeunes depuis Palma de Mallorca aux fins d´une demande de prolongation d´une mission d´enrôlement de passeports qui était présente pour 24 heures. Nous avions tout de suite donné des instructions pour un prolongement du séjour de l´agent chargé de l´opération, ce qui avait permis de satisfaire tous nos compatriotes résidents dans cette localité insulaire.

Je pense que cela a été mon baptême de feu, et tout au long de ces 12 mois de présence, j´ai pu mesurer la prégnance de la question du passeport en Espagne, puisque ce document conditionne l´existence même de nos compatriotes, qui lorsqu´ils en sont privés, n´arrivent pas évidement à sortir du territoire, mais aussi et surtout au plan social, ne peuvent pas se soigner ou faire prendre en charge leurs enfants par les services sociaux, encore moins bénéficier de revenues versés par la sécurité sociale espagnole.

Nous avons donc pris le taureau par les cornes, en mettant en place une procédure simplifiée prenant en compte le caractère prioritaire des demandes qui nous parviennent, et je souhaite à ce stade préciser qu´en moyenne nous recevons quotidiennement entre 100 et 150 demandes d´enrôlement de passeports et il n´est pas rare d´atteindre 200demandes en périodes hautes, au retour des vacances. Cet état de fait bien évidement influe négativement sur la qualité de service offert à nos compatriotes puisque nous commençons à dépasser nos capacités d´accueil, du fait de l´exiguïté des locaux, ce qui a été constaté par le Secrétaire d´État Moise SARR en visite au Consulat en date du 04 octobre 2019. 

Au moment de quitter mes fonctions à Madrid, je puis vous annoncer sans risque de me tromper, et en toute modestie, que les soucis de passeports tels que nous les avons trouvés en arrivant appartiennent au passé, même si au demeurant il reste des difficultés à corriger, notamment au plan organisationnel, mais aussi en ce qui concerne la maintenance de l´outil de production, et l´existence d´un stock de sécurité de talons, pouvant permettre de parer aux ruptures préjudiciables à la bonne marche de ce service stratégique. Je voudrais vous faire remarquer à ce niveau pour m´en féliciter et remercier les hautes autorités de notre pays, que le Passeport sénégalais reste un des plus accessible au monde en termes de cout (32 euros), mais aussi et c´est important, notre pays est quasiment le seul au monde à initier des missions itinérantes d´enrôlement de passeports, avec ce soucis permanent de rapprocher l´administration de ses usagers, comme le souhaite Son Excellence Monsieur le Président de la République. Je vous invite du reste, cher ami à initier un petit benchmarch sur cet aspect au niveau de certains pays africains et même occidentaux, pour édifier davantage vos lecteurs, sur les aspects liés au cout, au délai de délivrance et à l´existence de missions itinérantes.

Quels sont selon vous les grands chantiers á mettre en œuvre pour améliorer les conditions de vie des sénégalais établis en Espagne ?

Je vaudrai déjà signaler avant de répondre précisément à votre question, que le Sénégal constitue le premier pays d’origine des africains de l’ouest présents en Espagne, suivi du Nigeria (54 000).

La majorité de nos ressortissants sont des jeunes dont la moyenne d’âge est comprise entre 20 et 25 ans. C’est une population en grande partie composée d’hommes. Cependant, de plus en plus de mineurs non accompagnés arrivent en Espagne, et sont pris en charge par les centres dédiés de l’Etat espagnol, ou des centres appartenant à des associations caritatives, qui collaborent souvent avec des ressortissants sénégalais bien établis qui servent d´intermédiaires et de traducteurs. 

Du point de vue de la répartition géographique, on retrouve la plus grande partie de nos compatriotes au niveau de la Catalogne, au sud (Andalousie), au centre (Valence, Alicante, Murcia) et aux Iles Canaries. Ils travaillent principalement dans l´agriculture, les activités hôtelières, la pèche, mais également dans le transport et dans les usines. Il faudrait à ce niveau noter que la grande majorité des jeunes migrants irréguliers font de la vente à la sauvette, généralement dans les zones à fort potentiel touristique, ce qui du reste est souvent source de tension avec les autorités policières.

Nos compatriotes sont organisés dans des associations et des fédérations d’associations, ainsi que dans des maisons religieuses, les dahiras, dont les principales sont les MOURIDE (grande majorité), les TIDIANES, les LAYENES, les NIASSENES. Il existe également une communauté chrétienne plus discrète et moins encline à se regrouper sous cette forme associative. 

Quelques-uns de nos compatriotes sont actuellement détenus en prison, d´autres sont dans des centres de rétention pour mineurs, et certains sont suivis dans des centres de prise en charge psychologique.

Nous avons ainsi donc suggéré à la tutelle un certain nombre de mesures que nous ne pouvons pas toutes énumérer ici, mais retenez simplement qu´en dehors de l’aspect efficacité opérationnelle que j´ai évoqué tantôt, et qui devrait nous permettre très rapidement d´oublier les reproches qui ont été faits à la mission consulaire, souvent de façon légitime, nous avons beaucoup insisté sur la nécessité de prendre en compte la dimension sociale de la migration, et de la présence de nos compatriotes en Espagne. Et une demande forte qui a trouvé un écho favorable, est celle relative à la nécessité de recruter un assistant social au sein du Consulat, pour prendre en charge les aspects psychologiques et autres situations difficiles, pour lesquels nous ne sommes pas outillés.

Je précise du reste, que très souvent un amalgame est entretenu, puisque l´on confond souvent ´´le SENEGALAIS de l´EXTERIEUR´´ et ´´le MIGRANT´´ dans les politiques et programmes mis en œuvre, alors que ces deux profils sont totalement différents, le premier étant déjà installé, et ayant des soucis d´ordre administratifs liés à l´état civil et aux différents documents tels que le passeport ou la carte d´identité biométrique, lorsque le deuxième est encore en mouvement, traumatisé de façon permanente, irrégulier dans son statut, non reconnu et souvent, faisant face à des préoccupations d´ordres juridiques (liées à la question souvent éludée des passeurs, et du trafic illicite de personnes), mais aussi d´ordre sécuritaire par endroit, puisque pouvant constituer une menace pour leur voisinage du fait de la grande désillusion qui les habite lorsque qu’ ils constatent que cet eldorado tant rêvé est juste une chimère.

Je profite de cette question pour indiquer qu´il est important d´impliquer davantage les travailleurs sociaux de notre pays, particulièrement les jeunes de la banlieue et ceux résidents dans les zones de départ de migrants. Et je salue l´implication du jeune MALLAL TALLA, alias Fou Malade, fortement impliqué dans son quartier de Guédiawaye, et on a échangé récemment sur son projet intitulé ´´ DEM DIKK ´´ qui indique bien qu´il a parfaitement compris les enjeux liés à la nécessité d´organiser le retour de nos jeunes compatriotes, au moins ceux qui n´ont pas vocation à rester en Europe, puisque complétement en rupture de ban.

Aviez- vous les moyens nécessaires de votre politique pour accomplir votre mission ?

Je voudrais préciser pour être tout à fait précis sur cette question, en complétant la précédente, indiquer que fort heureusement les hautes autorités de notre pays, particulièrement le Président Macky SALL, ont pris la pleine mesure de cette situation, et un projet de politique migratoire est en phase de finalisation. Ceci permettra de combler le maillon manquant, en ayant un véritable cadre de travail concerté, qui aura l´avantage de fusionner les multiples pôles d´interventions sur la question migratoire, jusqu´alors source d´inefficacité, pour en assurer une meilleure prise en charge. Et cela, me semble-t-il, sera a l´avantage du Sénégal et de tous les pays africains qui auront un tel cadre de référence, puisque cela permettra assurément, de changer le paradigme de la relation avec les partenaires occidentaux, qui, faute d´interlocuteurs pertinents, ont orientés l´essentiel des fonds dédiés à la migration vers l´OIM – je pense au fonds fiduciaire de l´Union Européenne de près de 1.8 milliards d´euros -, dont la mission première n´était pas de s´occuper à financer des projets de développement. La nature ayant horreur du vide, elle s´est, me semble-t-il substituée aux États qui ont tout à fait intérêt à se réapproprier cette composante essentielle de nos politiques publiques.

Alors pour ce qui concerne les moyens, il faudrait indiquer qu´au regard de l´immensité de la tâche, du fait des multiples préoccupations annoncées plus haut, nous ne disposons pas de moyens élastiques, puisque vous savez pertinemment que les priorités restent multiples pour un État comme le nôtre, et la composante sénégalaise de l´extérieur n´est certainement pas le parent pauvre des politiques publiques, au regard de tout ce qui a été évoqué comme réalisations. 

Il reste que les ambitions annoncées par la tutelle sont extrêmes fortes, et nous savons que la diaspora est surveillée par Monsieur le Président de la République comme du lait sur le feu, a causé aussi, et il est bon de le préciser, de sa contribution essentielle qui avoisine selon la banque africaine de développement, 13 % de notre produit intérieur, on dit même souvent qu´elle est supérieure à l´aide publique au développement.

Je pense que le premier motif de satisfaction et du reste, qui est fortement porteur d´espoir pour la diaspora pour étayer mon propos, est la révision de l´architecture institutionnelle ayant permis le retour d´un Secrétaire d´Etat en charge des sénégalais de l´extérieur, et du choix du profil du titulaire du poste qui est lui-même issu de cette diaspora, et parfaitement au fait des réalités évoquées.

Aujourd’hui le Consulat du Sénégal gère plus 90.000 sénégalais sans compter ceux qui nous viennent des pays limitrophes ne pensez- vous pas et surtout pour des prestations de qualité qu’il est nécessaire d’ouvrir des consulats ou bureaux consulaires dans certaines zones comme Barcelone, Andalousie, Iles des canaries pour décongestionner   le Consulat qui a largement dépassé sa capacité d’accueil ?

Vous l´avez dit, le Consulat du Sénégal en Espagne, faudrait-il le préciser détient la juridiction sur la totalité du territoire espagnol, caractérisé par une discontinuité géographique avec de nombreuses iles, et il existe une forte demande de la part de nos compatriotes pour l´ouverture de nouveaux consulats du fait de leur éloignement de Madrid. A noter que nous avons sous notre autorité 04 consuls honoraires, à TENERIFE, MALAGA, aux Iles CANARIES et à BACELONE, qui fonctionnent un peu comme des bureaux relais pour prendre en charge certains aspects dans la gestion consulaire, que nous leur avons délégués. Je puis vous annoncer sans risque de me tromper que des réflexions sont menées par la hiérarchie, pour une rationalisation des postes diplomatiques, et je n´ai aucun doute sur le fait que le résultat de ces réflexions sera exclusivement orienté vers la satisfaction de nos compatriotes de l´Espagne et de la diaspora en général.

Pouvons-nous faire la situation des sénégalais qui sont dans les lieux de détention ? Est-ce que des dispositions sont prises pour permettre à ceux qui le désirent de purger leurs peines au Sénégal ? 

 Au dernier recensement, ils étaient 233[1] (159 sur l’ensemble des communautés autonomes, exception faite de la Catalogne : 74). Les différents délits pour lesquels ils ont été arrêtés et détenus sont divers mais les plus connus sont : la vente de drogue et de stupéfiants, les violences et voies de fait, diverses escroqueries et ventes interdites sur les voies publiques.

Pour ce qui concerne le second volet de votre question, un accord de transfèrement de prisonniers existe entre les deux pays, et nous enregistrons de plus en plus, des demandes de détenus désirant faire l´objet d´expulsion au Sénégal. Il reste que lorsque nous leur annonçons que l´accord ne prévoit pas la libération une fois au pays, ils finissent par désister, préférant purger le reste de leur peine, pour des raisons évidentes liées à la perception qu´ils ont de la dureté des conditions de détention une fois rentrés. Mais l´Etat est parfaitement conscient sur cette question et elle est suivie avec grande attention.

En 2006 Le Sénégal et l’Espagne avaient signé un accord pour des contrats saisonniers ce qui a va valu a beaucoup de nos compatriotes surtout les jeunes filles de vivre des situations regrettables parce qu’elles se trouvaient finalement en situation irrégulière car refusant de retourner au pays. Qu’en est- il aujourd’hui de ces contrats ?  

Il s´agit comme je l´ai évoqué plus haut du projet pilote dénommé ´´ GECCO ´´´de migration circulaire, signé entre les deux pays, et prévoyant de faire venir en Espagne de jeunes travailleurs saisonniers dans le domaine agricole.   

Je ne saurai être précis sur cette question qui a été pilotée par l´Ambassade du Sénégal en Espagne, en relation avec le Ministère de la jeunesse et l’ANPEJ.

Mais je puis dire que le nouveau Secrétaire d´État Moise SARR qui s´est déplacé à Madrid les 03 et 04 octobre 2019, a pu lors d´une audience fructueuse avec son homologue en charge de la Migration, échanger sur les contours de ce projet et ils ont tous les deux réaffirmés la ferme volonté des deux pays, de poursuivre ce programme, en initiant selon les termes de Monsieur le ministre Moise SARR, une approche plus rigoureuse dans le processus de sélection et de formation des candidats, toutes choses sur lesquelles la partie espagnole s´est dite attentive.

La question de la bi nationalité occupe de plus en plus le centre des débats Est-ce que le Sénégal et l’Espagne ont eu abordé ce point au niveau des travaux dans le cadre de la commission mixte paritaire ?

Je ne souhaite pas aborder cette question qui relève des prérogatives de l`Ambassade du Sénégal, puisque relevant de la coopération entre les deux pays 

Le Sénégal est reconnu comme le foyer d’une importante diaspora active de par le monde où les questions migratoires sont plus que jamais sur le devant de la scène, compte tenu de votre expérience avérée dans le monde de la migration quelle analyse faites-vous de la politique migratoire du Sénégal ?

Je voudrais noter pour m´en féliciter la parfaite compréhension des enjeux par les plus hautes autorités de notre pays, et j´ai déjà indiqué que notre politique migratoire était en phase de finalisation.

Il me semble qu´au regard du poids démographique, qui en fait une région à part entière, mais aussi politique et économique du fait de sa contribution à la stabilité de notre pays, et enfin culturel parce qu’exportant notre savoir vivre et notre savoir être, l´émergence de notre pays se fera avec la diaspora ou ne se fera pas. 

Il faudrait une réelle prise de conscience au niveau de nos compatriotes qui doivent comprendre les enjeux, et partager la vision des autorités qui travaillent pour leur bienêtre. 

La mise en place de certaines initiatives, telles qu´une banque de la diaspora pour leur permettre de contourner la discrimination dont ils sont l´objet au niveau des banques classiques, l´accompagnement des structures de l´Etat comme l´ADEPME, le FONGIP, l´ASEPEX pour leur permettre d´envisager un retour serein au pays, mais aussi l’accompagnement dans leurs pays d´accueil par le renforcement des fédérations d´associations de sénégalais, et des services consulaires, seront autant d´initiatives pertinentes et non exhaustives pouvant aider à ouvrir une nouvelle page grâce à l´émergence d´une diaspora de développement, et sortir ainsi d´une logique de saupoudrage a une logique de levier , comme si justement indiqué par un acteur majeur de la diaspora africaine.

La question des rapatriements des corps constitue un véritable casse-tête pour notre communauté que pensez- vous de la « solution dite Mady Cissé Ba » qui consiste á faire de la carte consulaire un moyen de souscription á l’assurance en augmentant le prix á 50 euros. En effet, le consulat de Paris a procédé la semaine dernière au lancement de ce modèle.

Cette question est assez difficile à adresser puisque touchant hélas le versant de la migration avec ce qu´il convient d´appeler, l´envers du décor.

Je voudrais à ce stade préciser que l´État du Sénégal à travers le Ministère des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l´Extérieur a régulièrement pris en charge les demandes de rapatriement de corps qui lui étaient présentées grâce à un fonds d´aide et de secours hélas qui n´est pas élastique.

Il reste comme je l´indique souvent à nos compatriotes lors de nos rencontres, que les sénégalais doivent faire preuve de plus de solidarité en adhérant d’abord aux associations et dahiras, mais également en acceptant de mettre en place des caisses dotées de fonds provenant de contributions symboliques annuelles, pouvant leur permettre de prendre en charge les rapatriements de corps. Je salue justement l´expérience que j’ai vu à Palma de Mallorca, ou l´association est dotée d´un fonds avoisinant 100. 000 euros provenant d´une cotisation annuelle de 25 euros. A noter que de façon générale, les sénégalais dans leurs localités s´organisent assez bien pour prendre en charge le rapatriement des corps ainsi que le soutien à la famille du défunt.

Je sais par ailleurs que le Secrétariat d´Etat en charge des sénégalais de  l’extérieur travaille sur ces questions, et je pense que de très bonnes nouvelles seront bientôt présentées à nos compatriotes de la diaspora.

Qu’est qui vous a le plus marqué durant votre séjour en Espagne ? Vos regrets ? 

Je saisis cette question au bond pour remercier du fonds du cœur tous les sénégalais d´Espagne, qui m´ont permis d´accomplir ma mission avec sérénité, dans ce grand pays aux multiples facettes. Tout naturellement, je fais une mention spéciale à certains leaders d´associations qui se reconnaitront dans mes propos, mais également je rends hommage à l´ensemble du personnel du Consulat Général, dont certains ont fait preuve d´une générosité et d´un professionnalisme a toutes épreuves.

Je note également la grande disponibilité des autorités espagnoles aussi bien gouvernementales que locales à maintenir et développer des relations poussées avec notre pays.

J´ aurais un seul regret peux être, c´est celui de n´avoir pas réussi à voir tous les jeunes sénégalais sortir de prison avant mon départ, et de constater hélas encore que beaucoup de nos jeunes compatriotes dorment a la belle étoile, et iront dans les centres d´urgence avec l’arrivée de l´hivers.

Comment compter aborder votre nouveau challenge au pays de Felix Houphët Boigny ?

Pour moi comme disait François Sadoux, chaque jour est une vie. Servir le Sénégal en qualité de Consul Honoraire, de Consul général, et bientôt pour la 2e fois, en qualité d´Ambassadeur en Côte d´Ivoire après le Niger, est un honneur singulier que je prends comme une invite à faire plus et mieux pour nos compatriotes qui méritent tellement notre attention. Je pense comme je le disais tantôt à mes collaborateurs que le travail consulaire et, dans une moindre mesure celui diplomatique, est un sacerdoce, une forme d´adoration de Dieu. 

J´en veux pour preuve, et pour rester dans l´air du temps, les propos de Serigne TOUBA khadimou Rassoul R.A.A, qui indique clairement dans ¨MASSALIKOUL JINANE´´ ou ´´ LES ITINERAIRES DU PARADIS´´, en son verset 516, la grandeur qui consiste à aider son prochain à satisfaire un besoin légal selon nos possibilités, et celui d´entretenir avec lui de bonnes relations.

Je Suis un soldat au service exclusif du Sénégal ! 

Votre dernier mot ?

Au moment de quitter mes fonctions de Consul Général en Espagne, pour endosser à nouveau les habits d´Ambassadeur du Sénégal dans ce grand pays ami qu´est la Cote d´Ivoire, ou j´ai du reste vécu durant 10 années exceptionnelles chez AIR AFRIQUE ou j´ai débuté ma carrière professionnelle, je voudrai rendre grâce à Dieu. 

Je voudrais remercier mon épouse et mes enfants, mais aussi ma famille et mon marabout, ma mère.

Je remercie encore une fois Son Excellence Monsieur le Président de République pour la confiance renouvelée, et son soutien qui ne m´a jamais fait défaut, tout au long de ces 9 années au service du Sénégal.  

Dieu bénisse le Sénégal !

Le pessimisme est d´humeur l’optimisme de volonté …Alain.

PAR MOMAR DIENG DIOP A7 ESPAGNE

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