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DR MOUHAMOUDOU SAW: « AU SÉNÉGAL, LE PHARMACIEN PREND UNE PLACE DE PLUS EN PLUS PRÉPONDÉRANTE DANS LE SYSTÈME DE SANTÉ »

Dans une interview accordée à (www.afrik.com) le Dr Mouhamoudou Saw, président de la commission qualité et membre élu du conseil national de l’Ordre des pharmaciens du Sénégal, livre un regard franc et avisé sur le positionnement et le rôle de la profession dans le pays. Avec des professionnels en officine qui sont souvent les premiers interlocuteurs santé des Sénégalais.

Dans ces extraits de l’interview il nous délivre les rapports  les pharmaciens entretiennent avec  les patients, les médecins, et les tradipraticiens

Le pharmacien occupe donc une place importante dans le système de santé au Sénégal.

Le pharmacien d’officine prend de plus en plus une place prépondérante dans le système sanitaire. Surtout dans les villes. En dehors de la délivrance des médicaments, il y a d’autres services qui sont faits dans les officines pour permettre de pouvoir suivre les maladies chroniques non transmissibles, comme le cholestérol ou le diabète.

Vous allez à la pharmacie, on vous fait une prise de tension, une prise de diabète : vous ne faites pas une queue, ça vous prend une minute de votre temps, vous payez et vous partez. Si vous allez à l’hôpital où vous allez perdre votre matinée.

De la même façon dans ce qu’on appelle la santé de la reproduction, qui est un pilier dans la politique de santé au Sénégal, beaucoup de femmes utilisent les contraceptifs. Et les femmes qui travaillent, comme celles qui ne travaillent pas, vous disent qu’elles préfèrent aller en pharmacie pour avoir leurs produits.

Parce que déjà il y a le secret professionnel, parce qu’il y a un cadre et un certain confort. Si vous allez au niveau des districts sanitaires ou des centres de santé vous allez, encore une fois, perdre votre matinée. Et vous n’aurez pas le même accueil et la même écoute que vous pourrez avoir au niveau des officines de santé. 

 

Le rôle de conseil du pharmacien semble très important…

C’est tellement développé que même les médecins ne sont plus contents du rôle des pharmaciens. Le pouvoir d’achat des populations n’est pas très élevé et certains vous disent que le docteur en pharmacie a des connaissances médicales pour comprendre les maladies et donner des traitements. Donc aujourd’hui effectivement les Sénégalais, dans un premier temps, vont aller voir le pharmacien avant d’aller voir le médecin. Parce qu’ils se disent qu’ils vont économiser par exemple 5 000 FCFA (7,5 euros) de consultation, ou 10 000 FCFA (15 euros) si c’est dans le privé, voire 20 000 FCFA (30 euros) si c’est un spécialiste. Ils ne vont voir le médecin que quelques jours après si la maladie n’évolue pas dans le bon sens. 

Il y a un rapport de proximité

Il y a effectivement cette proximité dans les officines. Le pharmacien peut recevoir quelqu’un et le conseiller, même si la personne n’achète pas de médicaments. C’est une partie du métier de pharmacien. 

Est-ce qu’il y a des tensions avec les médecins quant à cette « concurrence » ? 

Il n’y a pas de tension grave, mais une petite rivalité. Vous savez, et ça c’est sans doute vrai dans tous les pays au monde, les médecins ont un certain complexe de supériorité envers les pharmaciens. Mais également une certaine jalousie. On dit au Sénégal que les pharmaciens sont plus riches que les médecins. C’est une jalousie qui n’est pas dite.

Reste que la frontière entre le conseil du pharmacien et la consultation du médecin est souvent une frontière invisible. Les médecins disent que les pharmaciens doivent rester dans leur rôle de délivrance des médicaments et d’arrêter de donner des conseils parce que ça leur fait perdre des patients.

Au niveau du Sénégal nous gérons ce problème à un niveau supérieur, via l’Inter ordre des professionnels de la santé où l’on cherche des équilibres. Il y a de part et d’autre, parfois, des problèmes à signaler, des médecins qui signalent des pharmaciens qui font des consultations, mais aussi des pharmaciens qui signalent des médecins qui vendent des médicaments.

Comment l’Ordre des pharmaciens et peut-être plus largement les professionnels de santé, se positionnent-ils par rapport à la médecine traditionnelle et aux tradipraticiens ?  

Nous avons une position très tranchée sur la question. Dans l’état actuel des choses, les tradipraticiens ne peuvent pas garantir une sécurité par rapport à leur offre de services. Le gouvernement sénégalais a eu à rédiger une loi sur la médecine traditionnelle. Mais l’Inter ordre des professionnels de la santé a fait une opposition ferme, car il y a énormément de choses obscures dans cette loi.

Quand vous avez des tradipraticiens qui revendiquent leurs compétences par héritage ou alors quelqu’un qui va soigner par des incantations, ce n’est pas possible ! Nous nous sommes opposés à cette loi, car il y a énormément de choses qui ne sont pas maîtrisées. Et nous les professionnels de santé avons un devoir de sécurité par rapport aux Sénégalais.

Pour autant, faut-il rejeter toute la médecine traditionnelle en bloc ?  

La question n’est pas de tout rejeter en bloc. Parce que vous avez plus de 80% des Sénégalais qui utilisent la médecine traditionnelle. Surtout dans les zones rurales où il n’y a pas de médecins.

Mais le problème est que lorsque vous avez un produit qui a été élaboré par un médecin traditionnel, vous n’avez aucune garantie sur la sécurité du produit. Quels sont les effets secondaires ? Comment sont déterminées les doses ? Est-ce que le tradipraticien garantit la qualité de ses produits ? Il y a énormément de questions sans réponse.

Nous souhaitons qu’il y ait une bonne coopération avec les tradipraticiens, mais seulement quand nous aurons des garanties de sécurité sur la santé des Sénégalais.

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