lundi, octobre 18, 2021
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COUP DE GUEULE : LE MARCHÉ SCANDALEUX AU SENEGAL

 

Le regroupement familial est aujourd’hui l’une des façons d’immigrer légalement en Europe et il représente l’une des principales sources d’immigration dans la plupart des États européens.

En Italie, le droit au regroupement familial est régi par l’article 29 du Texte unique sur l’immigration de 1998 qui est toujours en vigueur, même s’il a été modifié à de nombreuses reprises. L’analyse des différentes réformes montre que l’Italie a progressivement durci et compliqué les règles du regroupement familial, considéré comme    une immigration “subie”, et qu’elle a fait le choix comme d’autres pays européens de faire primer les considérations économiques sur les droits fondamentaux.

En plus d’être sélective cette loi sur l’immigration semble être discriminatoire à l’égard des sénégalais et des africains en particulier.

En effet, il ne faudra pas lésiner sur les moyens pour obtenir satisfaction. Ainsi, du début à la fin de la procédure toutes les formalités sont monnayées à des coûts exorbitants. Des services qui sont en principe gratuits deviennent vite l’objet de commerce très coûteux au détriment des familles.

Mame Mbaye Diop un sénégalais basé en Italie nous fait un coup de gueule sur les tracas et péripéties qu’endurent les sénégalais pour pouvoir regrouper toute la famille sur le sol de la dolce vita.

Rappelons qu’en Italie, seuls peuvent exercer le droit au regroupement familial les étrangers titulaires d’un titre de séjour d’une durée de validité supérieure ou égale à un an délivré en raison d’une activité salariée ou indépendante, d’une demande d’asile, pour les études ou encore pour des motifs religieux ou familiaux.

Alor pour prétendre à l’accès au regroupement familial, les formalités sont nombreuses et coûteuses mêmes si elles devrait en général être gratuites. Et si tout semble très simple sur le papier, la réalité est d’une complexité absurde. Parmi les premières formalités et premières difficultés, le nulla osta.

Qu’est-ce que le nulla osta ? Et bien ce terme désigne une autorisation, un certificat de capacité.Ainsi le nulla osta est un document fourni par l’autorité préfectorale à un résidant étranger dans l’optique de lui permettre de faire venir son époux (e), ses enfants ou tout simplement de réunir sa famille sur le territoire italien .

Pour ce faire, il sufit de présenter sa demande, démontrer qu’on a les ressources pour subvenir aux besoins du ou des parents concerné (s), et fournir un certificat de conformité du logement.

Ces conditions sont listées dans le récit de Mame Mbaye DIOP : « Pour présenter sa demande, il doit – à juste titre – prouver de disposer de revenus suffisants pour maintenir sa famille et d’un certificat de conformité du logement qu’il paie ».

Ensuite, notre compatriote s’intéroge sur le montant en ce sens : « Combien paie-t-il ? Cela semble être laissé à la discrétion des municipalités, voir l’article de l’ASGI*1 du 24/03/2021 sur le sujet (discrimination, actualité du certificat de conformité du logement).Obtenir le nulla osta peut-être donc très difficile, dès fois très couteux pour certains et les délais d’attente peuvent varier de 3 mois à plus d’un an. Tout dépend encore une fois de la région ou de la commune de résidence ».

 

Dépassé les tracasseries pour l’acquisition du nulla osta le parent résidant au Sénégal et qui souhaite bénéficier du regroupement familial doit passer par les municipalités et tribunaux pour démontrer son lien de parenté avec le proche établi en Italie.

Et là encore les difficultés ne manquent pas. Sachant que juste  obtenir d’un certificat de résidence au Sénégal n’est pas toujours facile alors je vous laisse imaginer pour des documents plus complexes. Et pour accélérer les choses il est souvent nécessaire de payer ce genre de service.

Ensuite, les documents doivent nécessairement faire l’objet d’une traduction en italien et d’une légalisation au ministère des affaires étrangères.

 

Le narrateur Mame Mbaye DIOP n’est pas au bout de ses peines. Et il le démontre ainsi : « Une fois obtenu le nulla osta, le sénégalais (ou les membres de sa famille) s’active auprès des municipalités de résidence ou des tribunaux du pays d’origine et paie (ici ce sont des faits qui nous concernent, une autre histoire) parfois très cher pour obtenir tous les documents requis prouvant les liens de parenté ».

Des suites d’avoir surmonté cet obstacle il faudra encore sortir de sa poche pour divers services.

« Après avoir réunis tous les documents (traduits et légaliser au Ministère des Affaires Etrangères) nécessaires à l’introduction de la demande de visa et s’il parvient à obtenir un rendez-vous en ligne, il paie à l’avance à VFS Global*2 (24 euros). Il paie le droit de visa 115 euros pour chaque membre de la famille. Il arrive parfois qu’il y ait des erreurs dans les documents produits ou qu’il y subsiste des erreurs, il est alors obligé dans certains cas de prendre un nouveau rendez-vous.

Évidemment il paie comme tout le monde les billets d’avion pour le voyage, mais ce n’est pas encore tout ! En effet, la législation relative à l’entrée des membres de la famille pour regroupement familial prévoit que ceux-ci, doivent se rendre au bureau des postes (précisément au Guichet Ami) pour remettre un ensemble de documents qui seront ensuite transmis à la préfecture de police compétente pour la délivrance du titre de séjour. Il s’agit du kit de demande de permis de séjour pour lequel il paie pour chaque membre de la famille : 126 euros pour les adultes et 76 euros pour les mineurs.

Jusqu’ici on pourrait dire et accepter que l’Italie soit un pays souverain, qui décide de ses propres lois et règlements en la matière, lois que nous sommes obligés de respecter ».

Après toutes ses péripéties vous êtes essoufflés  physiquement psychologiquement et surtout financièrement, tenez bon le pire reste à venir . En effet s’en suit l’épreuve fatidique du rendez-vous.

Pour cette étape, il s’agit de se procurer un rendez-vous à l’ambassade d’Italie pour le parent résidant au pays d’origine en l’honneur de la procédure d’obtention du visa. La encore il faudra Chauffer le porte feuille pour obtenir une satisfaction et ce malgré que le rendez-vous soit normalement gratuit.

 

« Prendre le rendez-vous pour demander le visa d’entrée

Depuis plus de deux ans, obtenir un rendez-vous en ligne pour déposer une demande de visa est devenu un véritable casse-tête, pour ne pas dire un cauchemar pour les membres de la famille titulaires d’une autorisation de regroupement familial. Cela ne concerne pas seulement ces derniers, mais aussi les sénégalais résidant en Italie qui doivent légaliser à l’ambassade d’Italie à Dakar, les documents nécessaires pour accéder aux prestations sociales, telles que le “revenu de citoyenneté”, l’allocation sociale, la pension d’invalidité ou la retraite tout court. Idem pour les demandes de naturalisation, l’acte de naissance et le casier judiciaire (produit au Sénégal) doivent être légalisés, de même que le certificat de perte/vol de documents délivré par l’autorité italienne, les certificats médicaux pour la réadmission au poste de travail, etc…  Tous ces services sont bien entendu fournis sur rendez-vous, mais le problème est que le service online pour ce faire est pratiquement inaccessible ! Pas pour tout le monde, cependant…

Mafia et omerta

Utiliser ces deux mots et les associer de près ou de loin – d’une manière ou d’une autre – à l’Italie me donne la nausée. Moi qui suis par excellence le dépositaire des préjugés et des stéréotypes, je sais combien ils peuvent blesser. Ce pays m’a tant donné et j y connais énormément de bonnes personnes à qui je présente mes excuses pour avoir utilisé les mots “mafia” et “omerta”. Cependant, indépendamment de tout cela, ce que je vais décrire ne peut être dissocié de ces deux mots.

La quasi-impossibilité de prendre un rendez-vous en ligne a généré une véritable mafia, un marché d’achat et de vente de rendez-vous, dont les protagonistes sont les démarcheurs cupides inévitablement complices des responsables ou administrateurs du système pour le compte de l’Ambassade.  Ces personnes qui en ont fait une vraie profession et qui se remplissent les poches au détriment des ayants droit (des sénégalais comme eux), parviennent à détenir (comment ?!) des dates de rendez-vous qu’ils vendent à prix d’or.

Les autorités consulaires sont au courant de ce commerce méprisable et vulgaire mais ont tendance à le nier, omerta. Lorsqu’elles sont interpelées à propos elles tiennent les discours suivants : “s’il y a pour vous une hypothèse d’infraction, de délit, produisez des preuves et adressez-vous à la police sénégalaise, Ce sont des actes punissables”, ou mieux encore “vous devez savoir que les demandes sont très nombreuses et nous avons un personnel réduit…”, “…le problème ce sont les Sénégalais qui achètent des rendez-vous, … peut-être que c’est un peu la culture ici d’acheter un service gratuit”. N’importe quoi ! Ils ont en partie raison sur cette dernière réplique » . S’indigne notre compatriote.

Poursuivant il indique ceci: « En effet, M. Antonio Trinchese*3, responsable consulaire de l’ambassade jusqu’en 2008, a tiré profit de cette « culture », il a été démis de ses fonctions puis licencié par la Farnesina, tout comme le fonctionnaire Marcello Marcelli*4, qui était en service à Dakar. Ce ne sont malheureusement pas des cas isolés, définissons-les intégration.

Lors d’une rencontre en 2018 à l’ambassade d’Italie à Dakar, rencontre que nous avions réussi à avoir (quelques responsables d’associations et le soussigné) pour attirer l’attention sur les faits en question, j’ai personnellement entendu les discours susmentionnés de la bouche du consul B… et de son assistant F….. Pour eux, tout fonctionne normalement, il suffit de se connecter, d’entrer sur le site du VFS et par un simple clic obtenir un rendez-vous. Quel est le problème ? Le problème serait nous et notre culture, rien de moins ».

Mame Mbaye DIOP approfondie sa réflexion et énumère les causes de cette anarchie du business illégal des rendez-vous.

« Origine du marché

Le seul système en ligne imposé pour la prise de rendez-vous dans un pays qualifié  “pauvre” comme le Sénégal, exclut a priori une grande partie des  bénéficiaires du nulla osta  qui a nécessairement besoin de se faire assister. Pour pouvoir prendre un rendez-vous par soi-même au Sénégal, il faut savoir lire et écrire, avoir un ordinateur et être familier avec l’internet, disposer d’une bonne connexion (la fibre optique est absolument préférable, pas d’adsl !), avoir une adresse électronique et créer un compte, consacrer beaucoup de temps, de patience et avoir une bonne dose de fortune ! Je connais beaucoup de personnes à qui rien de tout cela ne manque, mais qui n’ont jamais réussi comme moi à prendre de rendez-vous. Certains n’y sont pas parvenus après plus de six mois de tentatives infructueuses et ont dû renouveler des documents déjà produits et expirés parfois après trois mois. Même les Italiens vivant au Sénégal en savent quelque chose, car quelques uns ont dû recourir à certains services consulaires où un rendez-vous en ligne était obligatoire.

Le site est ouvert une fois par semaine, le vendredi, pendant une demi-heure entre 15 heures et 15 h 30. L’accès n’est jamais évident et sa lenteur est certainement due à l’assaut des centaines (sinon plus) de sénégalais – et autres – qui se connectent tous dans ce laps de temps. Les Sénégalais résidant en Italie au 1er janvier 2021 sont 104 275 (données ISTAT), il est aisé d’imaginer la course contre la montre pour décrocher un rendez-vous avant les autres.

Last but non least, l’ambassade d’Italie à Dakar dessert le Cap-Vert, le Mali, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée-Conakry

Lorsque l’on arrive enfin à la page des dates, après avoir pataugé dans les différentes pages et fenêtres du site, aucune date n’est disponible et ce, dans 99% des cas.

Toutefois, pour ceux qui le peuvent, il reste la possibilité de l’acheter “sur le marché” et tout le monde le sait ! Parfois, cela fonctionne comme une vente aux enchères car les rendez-vous sont limités : ceux qui peuvent payer l’obtiennent.

La grande majorité de ceux qui parviennent à obtenir un rendez-vous l’ont payé. Certains paient parce qu’ils ont pris leurs vacances pour venir au Sénégal afin de voyager avec des membres de leur famille qui n’ont jamais pris l’avion. D’autres paient parce que l’année scolaire italienne est sur le point de commencer et que le temps presse, un retard pourrait rendre encore plus difficile l’insertion scolaire de leurs enfants – au fait, où va finir l’enseignement obligatoire pour les mineurs ? En bref, il existe plusieurs raisons “valables” de payer. Je me demande ce que penseront les nouveaux citoyens lorsqu’ils signeront officiellement la Charte des valeurs de la citoyenneté et de l’intégration après leur entrée? » s’interroge_t_il.

 

Poursuivant il dénonce : « 

Le visa est l’autorisation administrative qui permet aux membres de la famille d’entrer sur le territoire de l’État ; sa délivrance est de la compétence exclusive (ici) de l’ambassade. Par conséquent, si l’on considère la Représentation Consulaire comme un appendice de l’administration italienne, elle ne peut et ne doit en aucun cas constituer une barrière administrative ! Il s’agit clairement d’un obstacle aux droits des membres des familles des sénégalais vivant en Italie, qui sont soumis aux devoirs de citoyenneté en tant que travailleurs et dont les droits sont souvent violés ou piétinés sans aucune conséquence. Si le système conçu et mis en œuvre en son nom présente de graves dysfonctionnements signalés depuis des années, l’ambassade ne devrait-elle pas logiquement prendre des mesures pour remédier au problème ? Or rien n’est fait. Est-ce que au fond tout ne fonctionne pas comme il se doit pour quelqu’un ?

Il est légitime de se demander après tout si l’objectif inavouable n’est pas : manœuvrer sans s’exposer par le biais de VFS afin de ralentir toute procédure d’obtention d’un visa même si rien ne s’y oppose ? Donc ralentir à tout prix et en tout cas le nombre d’entrées en Italie des personnes définies comme étant de couleur, plus visibles ? Chacun est libre de tirer les conclusions qu’il veut. Je reste ferme sur cette position jusqu’à preuve du contraire : tout cela est conçu, tout cela est fait à dessein ! »

 

Ainsi à la fin de son coup de gueule Mame Mbaye DIOP s’adresse à ses compatriotes.

« Sénégalais d’ici et d’ailleurs

Payer jusqu’à plus de 350 euros pour obtenir un simple rendez-vous afin d’accéder à des services auxquels vous avez absolument droit ne peut être une solution définitive. Ce scandale est déconcertant et révèle simplement la mentalité de corrupteurs et corrompus qui s’est incrustée dans notre société, une mentalité qui semble inhiber toute volonté de lutte formelle organisée pour obtenir un droit au lieu de le payer.

Le comportement des Sénégalais vivant en Italie est scandaleux car ils sont les cogénérateurs de ce marché où prévaut désormais la logique de l’offre et de la demande. Dans tous les cas, celui qui paie pour résoudre son “problème”, de quelque nature qu’il soit, est complice. Si les choses ne changent pas, le problème restera entier pour tous ceux qui, tôt ou tard, devront recourir aux services consulaires. Il est peut-être temps de s’indigner, de revendiquer nos droits et de résoudre ce problème d’une manière différente. Cette autre voie demande des sacrifices. Il faut se battre pour ses droits et être en première ligne, se battre et ne pas déléguer ce combat à qui que ce soit car nous sommes porteurs de Devoirs et de Droits, nous devons en être capables pour que ce marché n’existe plus. Sommes-nous prêts ? Si nous ne sommes pas prêts maintenant face à cette aberration, attendons-nous à de nouvelles difficultés et nouveaux obstacles constellés sur le chemin de nos droits.

Soyez fatigués de payer » !  Finit il de s’exclamer.

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