CORONAVIRUS ET IMPÉRATIF D’EMERGENCE : UNE BANQUE DE LA DIASPORA POUR NOURRIR ET BÂTIR LE FUTUR

Bien loin de leurs terroirs, nos compatriotes émigrés, confinés dans de nombreux pays, perdent vies, emplois et revenus. Une diaspora confrontée à la fragilisation des acquis et à la rupture des équilibres. Doute et peur du covid19 ayant même jeté certains sur les routes du retour, au péril de leur vie. Donc une diaspora prise dans le tourbillon de la crise et qui, au regard de son patriotisme économique et social, mérite respect et sollicitude.
D’aucuns diront, et les autres composantes de notre société ? Certes. Toutefois, en ces temps difficiles, incontestablement présent aux côtés des plus vulnérables à l’intérieur de nos frontières, SNR tient à réaffirmer son ancrage dans la diaspora et exprimer sa solidarité à celle-ci. Surtout, parfaitement conscients de leurs potentialités, nous réaffirmons notre conviction : nos compatriotes émigrés sont des acteurs majeurs pour la résolution des problèmes de notre pays.
Avec un apport annuel dépassant les 1100 milliards, est-il besoin de rappeler que notre diaspora est le premier bailleur de fonds de notre pays ? Cependant, cette manne considérable, principalement destinée à la consommation des ménages, participe très faiblement à l’investissement économique productif.
Bien entendu, les gouvernements successifs ont travaillé à la transformation qualitative des envois d’argent, pour arriver en 2008 à la création du Fonds d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de L’Extérieur (FAISE). Substantiellement abondé, il est passé de 300 millions, en 2012, à 3 milliards 500 millions, en 2018. Parallèlement, des banques telles la BHS, la CBAO, la CNACAS et la BOA proposent des produits spécifiques à nos compatriotes émigrés.
Mais, jusqu’à présent, et malgré les préconisations des experts et analystes financiers, il n’y a pas de cadre réglementaire unifié qui régit le transfert d’argent, quand bien même l’apport de notre diaspora dépasse l’aide publique au développement.
Surtout, malgré les efforts consentis par acteurs publics et privés, de très nombreux émigrés se heurtent encore au mur du financement, au moment de réaliser leurs projets. Le succès étant d’autant plus aléatoire lorsqu’ils tentent de revitaliser leurs terroirs. Et bien nombreux sont les motifs de renoncement.
Pour autant, notre diaspora n’abdique pas. Déterminée, elle souhaite apporter une contribution décisive à la prospérité de notre pays. Une ambition qui appelle une étroite collaboration avec l’État. Et cette alliance État-Diaspora, préconisée par SNR depuis novembre 2013, portée par une réelle volonté politique, aura un rôle décisif quant à l’avenir de notre pays.
Certes sommes-nous en guerre et la riposte socio-économique de l’État est remarquable, au regard de nos finances. Ceci étant, une évidence s’impose : les futurs vainqueurs sont les nations qui se projettent déjà dans l’après-guerre. Quelles entreprises survivront ? Quelles délocalisations et pour quelles destinations ? L’écologie sera-t-elle encore une priorité ? Les populistes renverseront-ils les démocrates ? Les régimes autoritaires réduiront-ils davantage les libertés publiques ? Un monde nouveau sera-t-il possible ? Les plus vulnérables survivront-ils ? Autant de questions que se posent déjà décideurs et observateurs des futurs vainqueurs.
Également l’expression d’une angoisse planétaire à laquelle nous devons trouver des réponses rapides et adaptées à notre pays, pour le préparer à la frénésie qui va s’emparer du monde dans quelques mois, une fois le covid19 défait par la médecine. C’est à cet égard que SNR, entre autres propositions, appelle à la création d’une banque dédiée à notre diaspora, un partenaire incontournable, si nous voulons hisser notre pays parmi les vainqueurs.
Adaptée à toutes les réalités de l’émigration, sans se départir de la rigueur propre à un organisme financier, cette banque est souhaitée par les émigrés qui ont une pleine conscience de leurs devoirs vis-à-vis de notre pays. Ceux-là ont l’ardent souhait de soutenir notre économie, avec tous les moyens dont ils disposent. A l’État d’initier et d’encadrer, de manière à permettre à ces partenaires-bailleurs d’augmenter substantiellement leur contribution à l’effort national.
Entité dépolitisée, la banque de la diaspora devra séduire, soutenir, promouvoir, stimuler et convaincre quant à ses avantages, à savoir :
– Orienter les capitaux vers l’investissement et soutenir les projets de retour.
– Revaloriser l’épargne des émigrés et financer à des taux avantageux.
– Protéger les émigrés des futures crises et revitaliser leurs terroirs.
– Investir des secteurs porteurs de croissance et créer des milliers d’emplois.
– Attirer les capitaux épargnés à l’étranger et augmenter le taux d’épargne national.
– Constituer un capital privé national et réduire notre dépendance aux capitaux étrangers.
– Harmoniser les procédures et réguler les transferts d’argent.
– Sécuriser et accélérer les opérations.
– Lutter contre le monopole des sociétés de transfert et favoriser la concurrence.
En définitive, de l’expert financier à l’ouvrier agricole, c’est toute la société sénégalaise qui sera gagnante et davantage bancarisée.
Ainsi qu’il est brutalement rappelé par la crise du covid19, l’autosuffisance alimentaire est un enjeu d’indépendance nationale. Donc la banque de la diaspora devra, plus que tout autre secteur, soutenir l’agriculture. Une aubaine pour la prospérité des terroirs et l’équité territoriale. Mais également, une nécessité, parce que seuls 5% des envois d’argent sont destinés à l’agriculture. Or, en l’absence d’investissements agricoles significatifs, il est illusoire de prétendre à la réduction de la pauvreté et à la sécurité alimentaire. Tels investissements étant indispensables à toute croissance économique durable.
La conjoncture actuelle impose discernement et pragmatisme. Donc nous proposons. Une proposition parmi toutes celles que notre peuple est en droit d’attendre de ses élites. Même une urgence, pour quiconque redoute de voir notre pays pillé et écrasé, dès lors que la guerre du covid19 fera assurément place à une impitoyable guerre économique.
Il ne s’agit plus de dénoncer et critiquer, de débusquer coupables et boucs émissaires, mais d’entreprendre, d’autant que nous en avons les moyens, grâce à d’excellentes ressources humaines et une diaspora riche d’une expérience planétaire.
Par ailleurs, nous savons là où le bât blesse, et cela, depuis des lustres. Alors cohérence et urgence ne nous autorisent d’autre option que proposer des solutions et avoir le courage de nos ambitions, pour le Sénégal, pour l’Afrique, pour le monde.
Damel Maïssa FALL

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