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CONTRIBUTION

Avec le nouveau variant delta le Sénégal est depuis peu sous la menace d’une troisième vague de Covid-19 plus virulente que les précédentes. Ne serait-ce que la semaine du 4 au 10 juillet le ministère de la santé a recensé 2.407 nouveaux cas positifs au coronavirus. Comparais au moi de juin le nombre cas positif a explosé ce qui inquiète les acteurs de la santé mais pas que .

En effet, l’activiste Guy Marius Sagna a poussé un coup de gueule sur sa page Facebook, le coordinateur du mouvement Frapp accuse le président  Sall d’être l’unique responsable de cette situation en vue de sa tourné économique aux allures de meetings politique qui ont drainé des foules immenses dans presque toutes les localités du Sénégal.

Guy Marius Sagna s’est exprimé en ces termes:

« Un astéroïde du système solaire porte le nom d’un sénégalais, Maram Kaïré. Félicitations !

Cette 3e vague de coronavirus porte le nom d’un autre sénégalais : MACKY SALL ! Honte à lui!

Macky! Tu diriges un pays – le Sénégal – que tu appauvris car tu détournes pour toi et l’impérialisme nos ressources. Tu n’as pas suffisamment d’hôpitaux, de médecins, d’infirmiers, de masques…et tu importes et exportes en plein coronavirus partout au Sénégal des populations pour sortir de ton traumatisme de février et mars 2021!

Jamais nous ne sommes sortis de la corona-comédie, de la corona-politique, du corona-business, du business de la peur avec le coronavirus.

La gestion du coronavirus montre aussi une injustice, une gestion antidémocratique des problèmes des sénégalais.e.s.

500 cas de coronavirus et le Sénégal tremble.
60 enfants de moins de 5 ans qui meurent tous les jours, soit 21.900 morts de moins de 5 ans chaque année et personne n’en parle. Savons-nous pourquoi ?

Parce que tout simplement, ce ne sont pas les enfants de moins de 5 ans des ministres, des députés, du président de la république, des sénégalais riches…qui meurent.

Parce que ce ne sont pas nos enfants à nous qui avons le luxe d’avoir une connexion internet pour être et faire l’actualité sur les réseaux sociaux.

Toute ma solidarité au peuple frère de Haïti.
La leçon de Haïti « première république noire » c’est : comment faire une décolonisation qui n’en est pas une?
Haïti a gardé l’école française. ERREUR ! Haïti a vu son armée réduite à sa plus simple expression. ERREUR ! Haïti s’est vue imposée une dette coloniale. ERREUR ! Haïti a une monnaie satellite du dollar. ERREUR !
Cela ne vous rappelle rien? Les africains n’ont pas suffisamment médité le cas de Haïti. Les impérialistes si.
Haïti devrait être pour tous les africains un lieu de pèlerinage mais surtout d’apprentissage.

Il nous est souvent demandé d’où nous tirons la force de continuer à nous battre malgré tout ce qui nous est fait. C’est une question d’option.

Où nous décidons que notre vie se résume à nous où nous décidons que notre vie c’est aussi l’existence de nos enfants, de nos petits-enfants, de nos voisins, de nos concitoyens.

Cessons d’être égoïstes!
Nous ne bougeons que quand nos intérêts sont menacés. Rarement nous nous levons quand ce sont les intérêts des autres qui sont en danger.

Soyons des révolutionnaires!
C’est ceux qui même dans leur tombe s’intéressent de savoir pourquoi le cimetière est géré aussi antidémocratiquement.

Non à la 3e candidature illégale et illégitime !
Non au néocolonialisme !

LUTTONS !
REFUSONS !
RÉSISTONS !

ORGANIZE, DON’T AGONIZE!
RÉSISTANCE !

GMS »

 

Le nombre de personnes souffrant de la famine a été multiplié par six depuis le début de la pandémie de Covid-19, selon un rapport de l’ONG Oxfam publié vendredi. Si aucune mesure n’est prise, la faim et la malnutrition pourraient coûter la vie de 11 personnes par minute.

Selon le rapport, intitulé « Le virus de la faim se propage », 155 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire à un niveau de crise, soit 20 millions de plus que l’année dernière. En cause : les chocs économiques, exacerbés par la pandémie du coronavirus, mais aussi par l’aggravation de la crise climatique. Les prix alimentaires mondiaux ont aussi connu une hausse de 40%, la plus forte depuis plus de dix ans, en raison du chômage de masse et de la forte perturbation de la production alimentaire. Les conflits restent la principale cause de la faim. Deux personnes sur trois en situation d’insécurité alimentaire critique vivent dans un pays en guerre ou en conflit. « On assiste aujourd’hui à une superposition des crises: conflits incessants, retombées économiques du Covid-19 et une crise climatique qui s’accélère, qui ont poussé plus de 520.000 personnes dans une situation catastrophique de famine », explique Gabriela Bucher, directrice exécutive d’Oxfam. « Au lieu de lutter contre la pandémie, les belligérants se sont affrontés, portant trop souvent le dernier coup à des millions de personnes déjà éprouvées par les catastrophes climatiques et les chocs économiques. » Fin 2020, 48 millions de personnes ont été contraintes à fuir leur foyer à cause des conflits et de la famine qui y règne. La pandémie n’a pas ralenti les dépenses militaires mondiales, qui ont augmenté de 51 milliards de dollars, ce qui équivaut à six fois et demi ce dont les Nations unies auraient besoin pour mettre fin à la famine, pointe l’ONG. Des pays comme l’Afghanistan, l’Éthiopie, le Soudan du Sud, la Syrie et le Yémen, considérés comme les pires foyers de faim extrême dans le monde, continuent à être ravagés par les conflits. Depuis l’année dernière, ils connaissent une augmentation des niveaux extrêmes de faim. Dans un pays comme le Yémen, touché par les blocus, une crise du carburant, et une réduction de l’aide humanitaire, plus de la moitié de la population devrait être confrontée à un niveau d’insécurité alimentaire critique cette année.

En outre, la faim s’est intensifiée dans des pays à revenu intermédiaire tels que l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil, qui ont été fortement touchés par les contaminations au Covid-19. En Inde, la montée importante de ces infections a miné la santé publique et fait plonger les revenus, notamment des personnes vulnérables, comme les travailleurs migrants et les agriculteurs. « Afin de stopper ces décès inutiles et d’empêcher des millions de personnes supplémentaires de sombrer dans l’extrême pauvreté et la faim, les gouvernements doivent endiguer la pandémie. Un vaccin pour tous n’a jamais été aussi urgent », insiste Gabriela Bucher.

 

Entre la loi et le lexique, il y a le péril (Par Babacar Justin Ndiaye)

SÉNÉGAL-TERRORISME: ENTRE LA LOI ET LE LEXIQUE, IL Y’A LE PÉRIL (PAR BABACAR JUSTIN NDIAYE)

L’Assemblée nationale a voté, dans le tumulte, le Projet de loi soumis et défendu par le gouvernement de la République. Le volet institutionnel est ainsi fermé mais la partie politique reste encore béante et effervescente. D’où la nécessité de promener un faisceau de lumière plus technique que politique, surl’objet, le moteur et les implications de la modification. Une mouture nettement renforcée voire corsée qui modifie substantiellement et revigore grandement le Code pénal et le Code de procédure pénale.

En rattachant solidement et globalement cette vigoureuse initiative à la lutte contre le terrorisme, l’Exécutif montre un cocktail de forces et de faiblesses. Visiblement, l’État a le double culte de la loi et de l’ordre (posture irréprochable et encourageante) mais ne possède pas le sens du lexique exact et approprié ; encore moins celui du parfait cadrage de la menace indexée. Une menace qui n’est pas imaginaire. Loin s’en faut.
En termes justes, le Sénégal n’est pas sous l’emprise démentielle du terrorisme, malgré sa proximité avec un État agressé ou terrassé par le phénomène. Preuve que le gouvernement ne dort pas. Par contre, le Sénégal est gravement guetté par le péril dérivé ou découlant du terrorisme. Terrorisme ! C’est justement cette sémantique boueuse, vaseuse et non claire, abusivement employée aussi bien dans l’exposé des motifs que dans les discours, qui a conduit le Député Sérigne Mansour Sy Djamil à pousser le débat jusqu’aux entrailles de l’Histoire (évocation des noms de Cabral, de Neto etc.) et jusqu’aux limites de la philologie.
Pourtant l’actualité surchauffée de la sous-région et le panorama en feu du Sahel apportent de l’eau et beaucoup d’eau au moulin du gouvernement logiquement alarmé par le brasier malien et par les étincelles en Mauritanie où le bras de fer risqué entre deux Généraux ayant des clientèles politiques et tribales dans l’armée mauritanienne peut déboucher sur une grosse secousse. Un pays voisin et partenaire pétro-gazier du Sénégal. Faut-il y ajouter que l’exploitation optimale du pétrole sénégalais est tributaire de la stabilité en Mauritanie ? Bref, le terrorisme n’est pas patent dans l’espace nationalmais imminent, puisque le Sénégal est désormais en « full contact » avec le djihadisme, au vu du tampon malien qui a sauté. Et du glacis mauritanien qui est éprouvé.
Question : l’Exécutif devait-il attendre que le pays fût allumé pour inventer la parade ? Certainement pas ! Autre question de taille : pourquoi de gros pans de l’opinion publique n’ont pas donné leursassentiments à une loi très prospective en matière de défense et de sécurité nationales ? Autrement dit, pourquoi l’Exécutif et sa majorité parlementaire ont perdu la bataille de l’opinion ? Pourtant, force est de reconnaître que dans ces deux domaines cruciaux, le gouvernement n’a pas mis la charrue avant les bœufs. Bien au contraire. Mais, il n’a pas efficacement ou suffisamment communiqué autour…de la charrue et des bœufs.
En effet, la politique de protection du sanctuaire national est excellente. La Défense étant constitutionnellement la chasse gardée ou le domaine réservé du Président de la république, on peut dire que Macky Sall a remarquablement anticipé, en mettant en place un dispositif bien gradué ou échelonné d’ouest en est, de Dakar à Tambacounda. Le GARSI de la gendarmerie (cantonné à Kidira) écume, c’est-à-dire veille sur toutes les terres que baigne la Falémé, frontière naturelle et juridique avec le Mali. Le chapelet de bases est allongé par les nouveaux camps militaires de Koungheul et de Goudiry. L’aérodrome réactivé et agrandi de Kaolack maximise les capacités logistiques. Dans le même ordre d’idées, les Forces spéciales – réels atouts dans la guerre asymétrique contre le terrorisme – sont équipées et entrainées. Enfin, le Renseignementnational dans ses diverses branches (les canaux d’informations de la Police, les bulletins réguliers de la Gendarmerie et les renseignements à caractère strictement militaire) tourne à plein régime. En un mot, le pays est paré.
Regrettablement, la mauvaise et globale communication du gouvernement – jamais à flux continus et soutenus –, la prestation moyenne d’un Ministre de la Justice sans talent oratoire et un fâcheux concours de circonstances (le départ médiatiquement très bruyant du Général Jean-Baptiste Tine du Haut-Commandement de la Gendarmerie) ont ancré chez nombre de citoyens, le sentiment fort que le Projet de loi, transformé en loi,neutralise l’opposant qui a constitutionnellement pignon sur rue, avant de boxer sévèrement le terroriste.
Enfin, sur le terrain prosaïque de la vie de tous les jours, les modifications relatives au Code pénal et au Code de procédure pénale vont engendrer des situations cocasses et injustes : les pilleurs associés d’un magasin Auchan à Dakar seront traités comme des terroristes du Sahel ; tandis que les bandes de voleurs de bétail dans le Ferlo garderont leurs statuts de voleurs ordinaires. Pourquoi les vaches de Ranérou sont-elles moins sécurisées que les cageots de bière des supermarchés de Rufisque ? Entre Dakar et Linguère, le Code pénal fera des contorsions dignes d’un trapéziste. Manifestement, l’équité judiciaire accuse un retard par rapport à l’équité territoriale.
Par Babacar Justin Ndiaye

A handout photo distributed by the Senegalese Presidential Press Office shows Senegalese President Macky Sall preparing to a televised speech, on February 16, 2016 in Dakar. Sall said on February 16, 2016 the country’s top court had rejected his proposal to cut his current presidential term by two years to five. Sall had proposed 15 reforms in all, including limiting presidential terms to two mandates and expanding the powers of the national assembly and the constitutional council.
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Par Moutiou Adjibi Nourou.

Ancien  élève de l’École nationale d’administration et de magistrature du Bénin,  Moutiou Adjibi Nourou est spécialiste des questions africaines.


Depuis son arriv
ée au pouvoir en 2012, le président sénégalais, Macky Sall saffiche comme le héraut dune diplomatie régionale orientée vers le dialogue, lapaisement et la coopération diplomatique, militaire et économique avec ses voisins. Une posture qui sinscrit dans la prétendue destinée sénégalaise d’être « lami de tous les pays », selon les propres mots de Macky Sall. Cette approche des affaires africaines lui permet aussi de saffirmer comme un interlocuteur privilégié de la communauté internationale dans le domaine du respect de l’État de droit et de la démocratie en Afrique de lOuest, mais aussi de se garantir un réseau dalliés aux frontières.

Devenir le porte-parole des intérêts africains 

En demandant devant l’université d’été du Medef, en août dernier, la prolongation jusqu’en 2021du moratoire de la dette africaine par le G20, le président sénégalais a marqué un gros coup médiatique et diplomatique sur le continent. D’après lui, l’Afrique serait dans l’incapacité d’assurer le remboursement de ses dettes en 2021, du fait des conséquences économiques de la crise du Covid-19. Sur le continent, cette intervention a été vivement saluée et confirme surtout un leadership diplomatique sénégalais, qui prétend parler au nom de tous les pays africains. Elle est la conséquence d’un travail de fond, fondé sur la recherche systématique du consensus et l’intégration des organisations régionales dans la gestion de la politique africaine. Et surtout, d’une volonté personnelle assumée de se doter d’une stature régionale, voire internationale. Un pari presque réussi au vu de la tribunecosignée le 3 février dernier  avec Angela Merkel, Emmanuel Macron et les présidents respectifs de l’ONU, de l’Union européenne et du Conseil européen réclamant une réponse multilatérale à la crise du Covid-19. Le choix de Macky Sall pour représenter, sans le dire, les pays en développement n’est pas anodin.

L’approche diplomatique de Macky Sall n’est pas novatrice et s’inscrit dans la continuité des politiques amorcées depuis les indépendances, sous Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf puis Abdoulaye Waye. Surtout, Macky Sall a réussi à faire sauter les derniers verrous qui fragilisaient encore sa bonne entente avec les pays voisins. Son véritable coup de force fut le ralliement de la Gambie et de la Guinée-Bissau, deux pays frontaliers avec des tensions historiques, dans le giron sénégalais. En 2015, la discorde avec la Gambie était si marquée que Macky Sall avait décliné l’invitation de son homologue Jammeh à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance gambienne. Du côté de la Guinée-Bissau, le soutien de Bissau à la révolte indépendante de Casamance, sur fond de litige frontalier, a longtemps été un facteur de tensions entre les deux pays. En 2009, la mobilisation des troupes bissaoguinéennes pour la protection des zones contestées avait failli dégénérer en conflit ouvert.

Une posture de chef de file des organisations régionales

Dans le cas de la crise gambienne de janvier 2017, le coup de maître de Macky Sall a sans doute été de mobiliser la CEDEAO afin de promouvoir « une gestion africaine des crises africaines ». Un marronnier, répété à l’envi -notamment par la France- pour éviter de lourds engagements diplomatiques, sinon militaires, qui jusqu’à alors, avait été ponctuée d’échecs cuisants. Même si, sous couvert de mobilisation régionale, le contingent militaire de la CEDAO était largement dominé par les troupes sénégalaises. Mais, dans les faits, le multilatéralisme africain -et le vernis légal qui l’accompagne- a prévalu face aux tentations mauritaniennes et guinéennes d’intervention militaire unilatérale. Mais la diplomatie du consensus cache une fine stratégie. Plus que des alliés, la Gambie et la Guinée-Bissau sont désormais gouvernés par deux protégés de Macky Sall. Au nord, le rapprochement avec la Mauritanie n’est aussi pas anodin, alors même que les relations restent empreintes d’une défiance mutuelle depuis le conflit de 1989 – 1992, encore aggravée depuis la mort d’un pêcheur sénégalais, abattu par des garde-côtes mauritaniens en 2017.

Dernière épine dans la politique d’ouverture diplomatique régionale du Sénégal, les relations tendues avec le voisin guinéen, dont le président, Alpha Condé, a récemment déclaré dans une interview à Jeune Afrique que « toutes les tentatives de déstabilisation visant la Guinée viennent du Sénégal. » Alpha Condé qui, en pleine dérive autoritaire, s’enferme de plus en plus dans une posture antioccidentale reproche au président sénégalais de refuser de renforcer la sécurité à la frontière pour empêcher les infiltrations d’éléments supposément hostiles à son régime, brandissant une menace sécuritaire. Pour l’instant, les deux parties tiennent un dialogue de sourds et la frontière reste fermée depuis plusieurs mois.

Les avantages économiques du rapprochement diplomatique 

Cette ouverture diplomatique du Sénégal a surtout produit des résultats conséquents sur le plan économique. Sous la houlette du président Sall, le Sénégal et la Mauritanie ont convenu en avril 2016 de jeter les bases d’une coopération intergouvernementale pour structurer un contrat formel d’exploitation des gisements gaziers chevauchant leurs frontières maritimes. Les deux pays ont convenu un partage à parts égales des recettes issues de la commercialisation de ces gisements, à partir de 2023. En février 2020, un accord a été paraphé à Dakar entre les ministres de l’Énergie des deux pays, BP et Kosmos Energy qui exploiteront les gisements et s’en serviront pour produire du gaz naturel liquéfié (GNL).

Sur ce volet, les négociations avancées entre le Sénégal et la Guinée-Bissau devraient aussi permettre aux deux pays d’exploiter conjointement un gisement pétrolier qui chevauche leurs frontières maritimes, dénommé AGC Profond. Il couvre une superficie de 6700 km2, à une profondeur d’eau qui varie entre 1 000 et 3 000 mètres. Le périmètre se situe dans la zone maritime commune établie en 1993 entre les deux pays.

Parfois en difficulté sur le plan intérieur, comme en témoignent les récents évènements violents nés de la colère d’une jeunesse sénégalaise désœuvrée et fragilisée par les conséquences économiques sur le plan sanitaire, Macky Sall utilise son intelligence diplomatique pour se garantir le soutien et l’amitié de ses voisins d’une part, mais aussi des grandes puissances, auprès de qui il souhaite parler d’égal à égal.

 

Dans sa Questekki du Jour, Mamadou Lamine Diallo a aussi évoqué la question des noyades. Pour lui, l’une des raisons, c’est que les plages les plus propices à la baignade ont été privatisées par le régime. Extrait…

«Après les pêcheurs, les pirogues barsakh, c’est le tour des noyades en série. Les bonnes plages ont été privatisées par les nouveaux riches du régime. Il reste les plages difficiles. Sortis des privations de liberté de la covid-19, les jeunes ont besoin de la mer. C’est normal. Il n’y a pas suffisamment de maitres-nageurs et de surveillants dans les plages hélas. Il est temps que l’État  et les collectivités territoriales recrutent. C’est urgent pour sauver des vies.

Sauver des vies, y compris dans les commissariats de police. Ce qui est arrivé avec le jeune Abdou Faye au commissariat central est inadmissible au Sénégal. Le Ministre Antoine Diome doit sortir de sa bulle de  traque « de forces occultes identifiées » inexistantes  et s’occuper de la sécurité des Sénégalais. Que ce soit dans les commissariats de police et même les consulats pour délivrer les passeports à la Diaspora. Les consulats ne sont pas des permanences de l’APR, comme c’est le cas à Paris.»


Cette contribution est – une réflexion – qui fait suite aux propos de Messieurs Amadou Bâ et Augustin Senghor respectivement ministre des Sports et Président de la fédération sénégalaise de football. Ces derniers répondaient aux propos de certains joueurs de l’équipe nationale de football, notamment Sadio Mané, qui se plaignaient de l’état « catastrophique » des infrastructures sportives du Sénégal en particulier le Stade Lat Dior de Thiès. « Ici, ce n’est ni Chelsea ni Liverpool…Lat Dior est meilleur que beaucoup de stades africains » dira le Président de fédération sénégalaise de football. Ce qu’il faut éviter, renchérissait Monsieur le Ministre, « c’est de faire la comparaison. On ne peut pas avoir les mêmes conditions qu’à Liverpool ou Manchester […] Quand on est en Afrique, il faut se mettre dans la tête qu’on peut être confronté à des difficultés qui peuvent être liées à des gazons, à l’environnement ou même aux conditions de voyage ».

Que peuvent bien traduire ces commentaires ? Une maladresse ? De l’ignorance ? Notre incapacité à nous remettre en question ? Notre sous-estimation des enjeux ? Un état d’esprit résigné ? Que le Sénégal ne peut faire mieux en la matière ? Que notre jeunesse doive se contenter de ce qu’elle a et nos footballeurs se satisfaire de l’état des terrains ? Chacun se fera sa propre opinion. Mais, accordons-leur le bénéfice du doute et faisons preuve de nuance (Birnbaum, 2021) !

En tout cas, ces discours nous enjoignent de rappeler ici trois idées que nous avons exposées antérieurement (Sarr, 2012, 2019) et qui peuvent constituer un horizon pour celles et ceux qui s’intéressent au débat public.

La première est que nous avons besoin, dans ce pays, d’une « révolution des consciences », d’une « refondation idéologique » qui nous libérerait de nous-mêmes, de nos certitudes hasardeuses et nous permettrait d’appréhender le développement dans toute sa dimension. C’est-à-dire comme « processus global incluant les dimensions économiques, sociales, culturelles, certains y ajoutant la dimension politique » (Khôi, 1984). En effet, il doit être « saisi dans son intégralité, car dépassant les phénomènes économiques de croissance, il englobe aussi les éléments d’ordre psychologique, moral, social, culturel, politique, religieux qui concourent à la valorisation des personnes et des sociétés » (Barrère, 1991). Pourquoi ? Parce que nous sommes parfois nos propres ennemis et nos actions, nos postures, nos prises de position sont à rebours de nos ambitions. Qu’ont-ils de plus que nous à Chelsea, Liverpool ou ailleurs ? Certainement pas la raison ? Faisons donc preuve de courage, d’inventivité et adaptons-nous aux réalités de notre temps.

La deuxième est qu’une politique d’illusions est une politique fatale, elle conduit à la décadence.

Quelle est la raison d’être de la politique si ce n’est de fournir des capabilités d’épanouissement pour chacun et pour tous ? Quand la politique refuse d’être au service du bien commun, elle devient otage de pratiques et d’idéologies malsaines qui annihilent toute évolution et facilitent l’émergence de pratiques et de comportements néfastes à la société tout entière. À celles et ceux qui s’activent dans la vie politique, la tâche est sans doute immense, mais puisque tel est votre choix, sachez que la politique doit faire advenir les rêves, car les rêves, comme les désirs et les espoirs sont les étoiles de nos vies. Faites en sorte que les rêves de notre jeunesse soient leur réalité.

La troisième est qu’il faut résolument envisager les politiques publiques sous l’angle de l’analyse et de l’évaluation constantes. Car, cela contribue à une meilleure connaissance du fonctionnement du système politico-administratif dans ses rapports avec la société, incite à une plus grande cohérence de l’action publique et participe à l’enrichissement du débat politique lui-même (Nioche, 1982) Cette analyse et cette évaluation sont, par conséquent, une double exigence de recherche et de correction des erreurs, d’une part, de démocratie, d’autre part. Elles permettent également de concilier, du même coup, légitimité du pouvoir est légitimité d’action. L’exercice du pouvoir politique ne peut plus se résumer à la seule affirmation de grandes valeurs universalisables dont la garantie nécessite l’usage de la contrainte, elle se manifeste aussi par des politiques publiques, des programmes d’action, autrement dit par des activités susceptibles de conséquences (Durand, 2010) positives sur le quotidien des Sénégalais.

En somme, à vous tous qui aspirez à faire avancer les choses, à Sadio et aux autres, vos positions vous commandent de tenir le flambeau. C’est aussi cela la démocratie.

Pierre SARR

 

(Extrait du chapitre 17 pages 136-151 du tome-1 du livre « Géostratégie Africaine » de Jean-Paul Pougala – IEG 2012)

A- Les vraies raisons de la guerre En Libye
1- Manque à gagner pour l’Occident à cause du premier satellite africain RASCOM 1

C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX.
L’histoire démarre en 1992, lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait tous les ans sur les conversations téléphoniques, y compris à l’intérieur du même pays africain pour le transit des appels vocaux sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait uniquement 400 millions de dollars sans autre frais et autorisait à ne plus payer les 500 millions de location par an.
Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale, le FMI, les É.-U., l’Union européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à taux usuraire ; le guide libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, la Banque africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque ouest-africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire.
Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites pour divers pays africains et un deuxième satellite est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020 le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi technologique.
Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions de dollars peut changer la vie de tout un continent.
La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident non seulement 500 millions de dollars par an, mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts permettant de générer de l’argent à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique.

2- Fonds Monétaire Africain, Banque Centrale Africaine, Banque Africaine des Investissements

Les 30 milliards de dollars saisis par Obama appartiennent à la Banque Centrale Libyenne et constituent sa contribution à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare : la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye, la création dès 2011 du Fonds Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège, la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du franc CFA. Franc CFA à cause duquel Paris a la mainmise sur certains pays africains depuis 50 ans.
On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi. Le FMA doit remplacer à terme les activités sur le sol africain du Fonds Monétaire International ayant pu avec seulement 25 milliards de dollars de capital mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole public à un monopole privé. Ce sont les pays occidentaux qui ont frappés à la porte du FMA pour en devenir membres eux aussi mais c’est à l’unanimité que les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA.
Il est donc évident qu’après la Libye la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus de ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’euros ; devenant la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun ils sont tous financièrement en quasi-faillite, les É.-U. à eux seuls ont 14 000 milliards de dollars de dettes, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2 000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique Noire ont au total moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques.
Créer de fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris naissance en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin. Car comme l’avait prédit l’économiste Adams Smith, dans son soutien pour l’abolition de l’esclavage, «l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des Noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres nations vont se réveiller »

 

3- Unions régionales comme frein à la création des États-Unis d’Afrique

 

 

Pour déstabiliser et détruire l’Union africaine qui va dangereusement (pour l’Occident) vers les États-Unis d’Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l’Union européenne a d’abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) — il fallait à tout prix couper l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique. Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d’y adhérer. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union africaine, mais en y invitant les 27 pays de l’Union européenne. L’UPM sans le principal moteur de la fédération africaine était caduque avant même de commencer, un mort-né avec Sarkozy comme président et Moubarak comme vice-président.
Alain Juppé tentera de le relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sûr. Ce que les dirigeants africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l’Union européenne qui financera l’Union africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n’y aura pas d’effective indépendance. C’est dans le même sens que l’Union européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la CEDEAO qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l’essentiel de son financement de l’UE est un obstacle majeur à la fédération africaine.
C’est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de Sécession aux États-Unis, parce qu’à partir du moment où un groupe de pays se retrouve autour d’une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l’organe central. C’est ce que l’Europe voulait et c’est ce que les Africains n’ont pas compris en créant coup sur coup, la COMESA, l’UDEAC, la SADC et le Grand Maghreb qui n’a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l’avait très bien compris.

4- Kadhafi, l’Africain qui a permis de laver l’humiliation de l’apartheid

 

Kadhafi est dans le cœur de presque tous les Africains en tant qu’homme très généreux et humaniste, pour son soutien désintéressé à la bataille contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l’obligeait à attirer sur lui les foudres des Occidentaux en soutenant financièrement et militairement l’ANC dans sa bataille contre l’apartheid. C’est pour cela qu’à peine libéré de ses 27 ans de prison, Mandela décide d’aller rompre l’embargo des Nations-Unies contre la Libye le 23 octobre 1997. À cause de cet embargo aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y parvenir, il fallait prendre un avion pour la Tunisie ; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu’à Tripoli.
Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte libyenne. Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant à l’ex-président américain Bill Clinton qui avait jugé cette visite «malvenue», il s’insurgea : «aucun État ne peut s’arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun État ne peut dicter aux autres ce qu’ils doivent faire ». Il ajouta : « ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis ont aujourd’hui le toupet de me proposer de ne pas rencontrer mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier ». En effet, pour l’Occident, les racistes d’Afrique du Sud étaient leurs frères qu’il fallait protéger.
C’est pour cela que tous les membres de l’ANC étaient considérés comme de dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 juillet 2008 pour que le Congrès américain vote une loi pour rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l’ANC de cette liste noire, non pas parce qu’ils ont compris la bêtise d’une telle liste, mais parce qu’on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela.
Si les Occidentaux se sont aujourd’hui repentis de leur soutien d’hier aux ennemis de Mandela et semblent vraiment sincères lorsqu’on prête son nom à des rues ou à des places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi ?

B- CEUX QUI VEULENT EXPORTER LA DÉMOCRATIE SONT-ILS DE VRAIES DÉMOCRATIES ?

 

 

Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les É.-U., la France, la Grande-Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 mars 2003, le président George Bush largue des bombes sur les Irakiens en prétextant d’y exporter la démocratie. 8 ans plus tard jour pour jour, le président français largue lui aussi des bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte : leur offrir la démocratie. Barack Obama, prix Nobel de la Paix 2009 et président des États-Unis d’Amérique, pour justifier qu’il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c’était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.
La question que tout être humain doté d’un sens de jugement et d’appréciation minimal ou même de la moindre capacité intellectuelle ne peut s’empêcher de se poser est : les pays de l’OTAN dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s’être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques ? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ? La réponse sans équivoque est non, pour la simple et bonne raison que la démocratie n’existe pas. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais un auteur originaire de Genève, ville accueillant l’essentiel du commandement des Nations Unies.
Il s’agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre « Contrat social » que : « il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais». Pour qu’un état soit véritablement démocratique, Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les États-Unis d’Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir :

 

1- Dimension de l’État : plus un état est grand, moins il peut être démocratique.

Pour Rousseau, l’État doit être très petit afin que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s’assurer que chacun connaisse tous les autres, sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c’est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur. La structure de l’organisation de l’État libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités.
Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu ou dans un village que dans un vaste État, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d’autorégulation, d’autocensure même pour peser à chaque instant la réaction ou la contre-réaction des autres membres, pour ou contre les opinions qu’on peut avoir. Sous cet angle, c’est la Libye qui répond le mieux aux exigences de Rousseau, ce qu’on ne peut pas dire de même pour les États-Unis d’Amérique, la France ou la Grande-Bretagne, des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent jamais bonjour et donc ne se connaissent pas, même en vivant côte à côte pendant 20 ans. Dans ces pays, on est passé directement à l’étape suivante : « le vote » qu’on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où on s’exprime sur l’avenir d’une nation sans en connaître ses membres. On est ainsi arrivé jusqu’à la bêtise du vote des citoyens vivant à l’étranger. Se connaître et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection.

2- Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter que l’on passe l’essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multiples querelles d’intérêts divers qu’une société trop complexe fait naître naturellement.

Les Occidentaux se définissent comme des pays civilisés, à savoir aux mœurs complexes tandis que la Libye est définie comme pays primitif, c’est-à-dire aux mœurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c’est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau, plutôt que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie.
Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque le riche évite la prison parce qu’il peut se permettre un meilleur avocat et surtout orienter l’appareil répressif de l’État contre celui qui commet un vol dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque. Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.

3- L’égalité dans les rangs et dans les fortunes.

Il suffit de voir le classement FORBES 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jettent des bombes sur les Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu’en matière de redistribution des richesses du pays, c’est à la Libye d’exporter son savoir-faire à ceux qui la combattent et non le contraire. Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux États-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C’est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.

4- PAS DE LUXE.

Pour Rousseau, pour qu’il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l’objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion ». Où y a-t-il plus de luxe, en France ou en Libye ?
Ce rapport d’asservissement des employés qui sont poussés au suicide, même dans les entreprises publiques ou semi-publiques, pour des raisons de rentabilité et donc de possession et de luxe est-il plus criant en Libye ou en Occident ?
Le sociologue américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme « la dictature des élites ». Selon Mills, les États-Unis ne sont pas une démocratie parce qu’en définitive, c’est l’argent qui s’est substitué au peuple. Le résultat de chaque élection y est l’expression de la voix de l’argent et non la voix du peuple. Après Bush père et Bush fils, pour les primaires républicaines de 2012 on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu’il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux États-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qu’ils n’ont été élus par personne et qu’ils ne justifient pas de leurs activités directement au peuple. Une seule personne (un riche) est donc élue, mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenu par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les généraux de l’armée, etc.
Combien de personnes dans les pays autoproclamés « démocratiques » savent qu’au Pérou la constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la République sortant ? Combien de personnes savent qu’au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu’en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ? Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ? Combien savent que dans le classement de la CIA 2007, sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d’or à la Guinée équatoriale dont la dette publique ne représente que 1,14% de son PIB.
La guerre civile, les révoltes et les rebellions sont les ingrédients d’un début de démocratie soutient Rousseau. Parce que la démocratie n’est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des hommes et éviter que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d’hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, ne l’oriente pour se maintenir aux affaires. On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s’approprier ou un refrain à vanter parce qu’on est juste capable de parler plus fort que les autres.
Si un pays est calme comme la France ou les États-Unis, c’est-à-dire sans aucune révolte, pour Rousseau, cela veut tout simplement dire que le système dictatorial est suffisamment répressif pour empêcher toute tentative de rébellion. Si les Libyens se révoltent, ce n’est pas une mauvaise chose. C’est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir, ce qui est très mauvais. Et Rousseau de conclure : « Malo periculosam libertatem quam quietum servitium – traduction – : s’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ». Dire qu’on tue les Libyens pour leur bien est un leurre.

B- QUELLES LEÇONS POUR L’AFRIQUE ?

Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l’Occident, il est dès lors prouvé que nous n’avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le « oui » de 3 pays africains au sud du Sahara : le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Gabon pour la résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples », validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le XVIIIème siècle selon laquelle l’Afrique du Nord n’a rien à partager avec l’Afrique Subsaharienne ; elle serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l’Afrique.
Tout se passe comme si la Tunisie, l’Égypte, la Libye, l’Algérie ne faisaient pas partie de l’Afrique. Même les Nations-Unies semblent ignorer la légitimité de l’Union africaine sur ses états membres. L’objectif est d’isoler les pays d’Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle. En effet, dans le capital du nouveau Fonds Monétaire Africain (FMA), l’Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent, à eux seuls, pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars. Les premiers pays d’Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l’Afrique du Sud, arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun.
C’est très inquiétant de constater que pour la première fois de l’histoire des Nations-Unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour résoudre le problème.
L’Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l’Occident demande, parce qu’ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n’a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l’avait, il y a belle lurette que Mitterrand l’aurait fait pour l’Allemagne de Helmut Kohl. La réforme des Nations Unies n’est pas à l’ordre du jour. La seule manière de compter est la méthode chinoise : tous les 53 pays africains doivent quitter les Nations-Unies. Et s’ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s’ils ont obtenu ce qu’ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien.
Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations-Unies, car cette organisation, de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts.
Nous devons quitter les Nations-Unies afin de marquer notre désapprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l’écrasement du plus faible. Tout au moins, ils seront libres de continuer à le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d’accord alors qu’ils savent très bien qu’ils ne nous ont jamais interrogés. Et même lorsque l’Union africaine a donné son propre point de vue, comme la rencontre de mars à Nouakchott avec la déclaration sur la réticence à l’action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder le peuple africain.
Ce qui arrive aujourd’hui est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd’hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C’est ce qui s’est passé à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la Chine. La soi-disant communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple chinois en lieu et place de la Chine de Mao. Il faudra attendre 26 ans, c’est-à-dire le 25 octobre 1971, avec la résolution 2758, que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine.
La Chine est admise, sauf qu’elle a exigé et obtenu d’être membre permanent avec droit de veto, sinon elle n’entrait pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d’admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le ministre chinois des Affaires étrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, non pas pour leur dire qu’ils étaient d’accord, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité. Qu’est-ce que l’Afrique espère obtenir des Nations Unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ? On a vu en Côte d’Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au-dessus d’une institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d’être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, voire, stupide.
Quand l’UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ? Lorsque le président sud-africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° disant le contraire après une petite visite de 8 heures à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1,1 milliard d’Africains.
La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine ou aux toilettes pour garantir le confort des autres. D’ici là, en Libye, les bombes qu’on nous décrit comme des rosiers qui tombent du ciel pour reboiser le désert libyen sont françaises, américaines, britanniques, italiennes, canadiennes, norvégiennes, mais les victimes sont africaines, toutes africaines. Oui, c’est une guerre déclarée à tout le peuple africain, pas à un homme, pas à un pays ».

Genève le 28/03/2011
Extrait du chapitre 17 pages 136-151 du tome-1 du livre « Géostratégie Africaine » de Jean-Paul Pougala – IEG 2012
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« Je te reviens si cher Papa
Perturbant ton léger sommeil
Et de tes rêves vermeilles
Pour te revoir guider nos pas .
Ton silence est presque lourd
Même que sans nul autre pareil
Il rassure et nous émerveille ,
Riche de tant de calembours .
Ta voix rauque et douce à la fois
Est celle d’un soufi si affectif
Qui reconnaît bien son effectif
Perdu sous un temps si froid .
Et le peuple qui te célèbre
En ce jour de ta naissance
Souffre de te voir en errance
Pour nous sortir des ténèbres.
O Maître libère ton peuple enfin
Car tu n’as plus rien à prouver
Et mène ta troupe s’abreuver
Et paître aux prairies sans fin .
Continue de montrer le chemin
Nous le suivrons allègrement
Et tout aussi bien fièrement
Au milieu des parchemins
Qui mènent aux mines d’or
Et demain à tous les ports .
Réunis autour de toi tous tes fils
Entoure toi de toutes tes filles
Et que sortent des entrailles
De nos terroirs et des banlieues
Des Sénégalais Debout !
Que ne paierions nous pas
Pour vous voir tous trois
Prédécesseurs et Successeurs
D’un Sénégal sexagénaire
En haut du Baobab séculaire
Respirer le même bol d’air
Que les générations à naître !
Vos antécédents y appellent
Vos legs aussi vous interpellent .
Le Ramadan est un prétexte
En un tout aussi beau contexte .
Parle Maître , le Peuple t’entend
Dis Maître , le Peuple t’attend
Le long des routes que t’as construites
Afin que jamais elles ne soient déconstruites .
Joyeux Anniversaire Maître !
Et que les fils du dialogue se renouent ,
hic et nunc ,
sans délai et sans nouveau référé !
Time is of the essence , Mister President .
Maître Alioune Badara CISSE
Médiateur de la République
Avocat à la Cour.

L’avion présidentiel ou de commandement fait encore débat. Comme il y a 10 ans avec son prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, le Président Macky Sall fait face à la tempête. Les sempiternelles questions sur l’opportunité de l’achat d’un aéronef pour le Chef de l’Etat sont remises sur la table. Au goût du jour même. Pourquoi maintenant et non plus tard ? Pour quoi faire ? À quel prix ? Certains parmi les plus sceptiques, à défaut de le remettre en cause, s’interrogent sur l’argument « Secret Défense » utilisé pour justifier le voile ayant entouré l’opération d’achat.Des questions légitimes, surtout dans les démocraties modernes qui consacrent la transparence comme mode de gouvernance des ressources publiques. Le contribuable a le droit de demander des comptes dès lors que le moindre franc tiré de sa poche est investi dans une voiture, un train ou un avion. Or c’est le cas aujourd’hui avec la polémique sur l’avion dit présidentiel.

La nouvelle, longtemps gardée secret, est tombée tel un couperet le lundi 24 mai, jour férié, chômé et payé pour raison de Pentecôte. Et c’est le porte-parole du Gouvernement qui est envoyé au charbon pour ne pas dire au pilotage de la communication. Le communiqué du Ministre : « La République du Sénégal réceptionnera le 16 juillet 2021, auprès de la compagnie Airbus, un nouvel avion de commandement présidentiel A-320 NEO, neuf, en remplacement de l’appareil A-319, fabriqué en 2001, acquis en seconde main en novembre 2010, et mis en service en mars 2021 ».

Pour ceux qui ne comprennent pas encore le communiqué, c’est simple. Il y eût « La Flèche des Almadies » de Senghor. Ensuite arriva « La Pointe de Sangomar » qui accompagna les 19 ans de Diouf et une partie des années Wade. Et vint par Wade « La Pointe Sarène » dont hérita Sall qui vient de décider, à son tour, de ranger le vieil appareil au Musée des archaïsmes.

La lecture du communiqué du Ministre porte-parole du Gouvernement amène à poser la question suivante : que s’est-il passé pour que le Sénégal soit obligé… en seulement 10 ans, de changer d’avion pour le président de la République (!) Comme on changerait de chemise ? L’A-319 acquis en seconde main en 2011, sous la présidence Abdoulaye Wade, était-il déjà vétuste ? Les 20 milliards de francs CFA annoncés officiellement comme étant le prix de l’avion alors utilisé par le président français Nicolas Sarkozy, se justifiaient-ils pour un tel aéronef ? Erreur de jugement. N’aurait-il pas été plus judicieux d’acquérir un nouvel appareil à l’époque ? Avec le recul, oui. Mais que n’aurions-nous pas dit !

Le même questionnement accueille l’arrivée prochaine du nouvel avion de commandement présidentiel. Son prix d’achat de 57 milliards donne de l’urticaire à de nombreux acteurs politiques et de la société civile. Normal. A chacun son rôle. Et les critiques peuvent se comprendre au regard du court intervalle entre les deux Airbus qui auront finalement coûté près de 80 milliards sans compter toutes les autres charges liées à leur exploitation. Le contexte de rareté de l’argent consécutif à la difficile période de pandémie et le plaidoyer du Sénégal pour l’annulation de la dette africaine ne sont pas moins des arguments en défaveur de l’acquisition du luxueux A-320.

Cependant, à côté de toute thèse il y a une antithèse. Pour légitimes que soient les interrogations sur l’opportunité de la dépense et les exigences de transparence exprimées, il est à reconnaître qu’un Avion présidentiel n’est pas un luxe encore moins un jouet. C’est une question de souveraineté. De rang. De prestige. De sécurité surtout du président de la République. Et de sûreté de l’Etat. S’y ajoute que le Chef de l’Etat ne sera pas le seul passager de l’avion. D’autres vont l’emprunter.

Loin d’être un jet privé, l’appareil est plutôt un bien public que le propriétaire, l’Etat du Sénégal met à la disposition du président de la République. Certes, il s’appelle aujourd’hui Macky Sall. Mais demain, il se nommera X ou Y. Quant au coût, 57 milliards jusqu’à plus ample informé, les modalités du règlement, étalé sur 24 mois nous semblent acceptables. 2 milliards 375 millions par mois, ce n’est quand même pas la mer à boire pour un Etat qui n’est pas en situation de banqueroute. Si on y soustrait les 5 milliards qui seront récupérés de la vente de la défunte Pointe Sarène, on peut dire que le compte est bon.

Le 16 juillet, la République réceptionnera son nouveau bijou. Remarquez qu’on sera à 2 jours près du 14 juillet, fête nationale de la France. Le 16 et non le 14 juillet, les symboles sont ainsi saufs. Heureusement. Bienvenue à bord, décollage imminent… !

 

 

En dépit des encouragements  jugés maladroits du président Macky Sall, les Sénégalais restent très méfiants et ne se bousculent pas pour recevoir l’injection censée les sauver de la pandémie.

Le 23 février dernier, le Sénégal lançait sa campagne de vaccination contre le Covid-19. Trois mois plus tard, quelque 500 000 habitants ont reçu l’une des 800 000 doses livrées par la Chine (Sinopharm) ou dans le cadre du programme Covax destiné à assurer aux pays pauvres l’accès à la vaccination. Avec un peu plus de 50 % des doses reçues écoulées, on est bien loin de l’objectif affiché de 4 millions de vaccinés – soit un quart de la population sénégalaise – d’ici à la fin de l’année 2021. À cette date, Dakar aura encore reçu 6,5 millions de doses supplémentaires.

Serviront-elles seulement ? Rien n’est moins sûr. De toute évidence, les habitants ne se bousculent pas aux portes des hôpitaux et des centres de santé pour recevoir l’injection censée les sauver de la pandémie.

Au début de la campagne, la stratégie était pourtant claire : vacciner d’abord les quelque 20 000 professionnels de santé et les citoyens de plus de 60 ans présentant des comorbidités.

Venaient ensuite les personnes atteintes de maladies chroniques et les plus de 60 ans sans comorbidité. Ce qui représentait 3,5 millions de personnes capables d’absorber les 7,3 millions de doses annoncées pour 2021. Sauf que ce cœur de cible ne semblait pas sensible à la générosité vaccinale de l’État. A la mi-avril, des responsables de la vaccination à Touba ont indiqué à la presse que le vaccin chinois Sinopharm et surtout l’AstraZeneca peinaient à trouver des candidats. Ils couraient ainsi le risque de perdre une partie des 7 000 doses sur les 8 000 livrées. Désormais, pour faire du chiffre, on vaccine tous les candidats au sérum, sans distinction, des adolescents aux personnes du troisième âge, les nationaux comme les étrangers. Tous les postes de santé, notamment à Dakar, sont approvisionnés en vaccins. Les files d’attente sont rares, voire inexistantes. Il faut dire que deux décès attribués à tort ou à raison à l’AstraZeneca sont intervenus au Sénégal.

Résultat, dans toutes les couches sociales du pays, les appréhensions et les préjugés s’ancrent, alimentés par les théories conspirationnistes qui circulent sur les réseaux sociaux. Il y a d’abord la peur d’être les cobayes de l’Occident. On rappelle volontiers la polémique d’avril 2020, lorsqu’un médecin, évoquant un test du vaccin BCG contre le Covid-19 et se voulant « provocateur », s’était demandé si on ne devrait pas faire cette étude en Afrique où il n’y a pas de masques, pas de traitements, pas de services de réanimation suffisamment performants. Ce à quoi son interlocuteur, un chercheur, avait rétorqué : « Vous avez raison, on est d’ailleurs en train de réfléchir à une étude en parallèle en Afrique.»
L’idée de se faire vacciner ramène à l’esprit d’anciens souvenirs qui, dans le contexte actuel, semblent trouver tout leur sens pour qui adhère justement aux thèses complotistes. On soupçonne cette « piqûre de Blancs » d’avoir pour dessein de réduire la natalité jugée trop importante du continent. Aux yeux de certains Sénégalais, pas de doute, le vaccin anti-Covid réduit ou annihile la fertilité des hommes et femmes. Ils ont beau jeu de rappeler la déclaration du président français lors de son premier G20, en 2017. Emmanuel Macron semblait alors regretter que dans certains pays, « [on] compte encore sept à huit enfants par femme ». Facile, dans ces conditions, d’imaginer un complot visant à exterminer les Africains. Dans ce Sénégal à 95 % musulman, on s’est aussi montré particulièrement réceptif aux arguments du « pasteur » musulman africain-américain Louis Farrakhan, de Nation of Islam. Bien qu’écrite en anglais, sa diatribe anti-vaccin Covid adressée aux présidents africains est vite devenue virale sur les réseaux sociaux sénégalais : « Ne prenez pas ce vaccin expérimental. Nous devons donner quelque chose de meilleur à nos populations, avec nos propres virologistes, épidémiologistes et chimistes noirs. »
Les conditions de la suspicion
Dès le départ, on a créé les conditions de la suspicion à l’égard des vaccins. Issus des laboratoires Sinopharm, les premiers sont arrivés dans la cacophonie, le ministre de la Santé ayant initialement affirmé qu’il s’agissait d’un don de la Chine, avant d’être sèchement démenti par le quotidien gouvernemental Le Soleil, selon lequel l’État sénégalais avait déboursé 2,2 milliards de francs CFA (3,3 millions d’euros) pour cette cargaison. Dès le lancement de la campagne, « pour vaincre les réticences de certains », d’après les mots du ministre de la Santé, plusieurs personnalités politiques ou médiatiques avaient payé de leurs personnes, se faisant vacciner les premiers, devant les caméras de télévision. L’infectiologue Moussa Seydi, que le Covid a élevé au rang de vedette, des PCA de sociétés publiques ou encore Hadj Mansour Mbaye, grand notable octogénaire et président des communicateurs traditionnels du Sénégal, tous avaient bien voulu se plier à l’exercice. Et le président Macky Sall n’avait pas été en reste, lui qui avait affirmé : « Je vais me vacciner immédiatement », précisant toutefois qu’il n’exigerait pas de passe-droit.
Privilège de classe
Si les Sénégalais manifestaient peu d’empressement à se faire administrer le vaccin anti-Covid, ils n’en rouspétaient pas moins contre ce privilège de classe qui servait en premier les VIP. La pilule avait d’autant plus de mal à passer que, après s’être fait vacciner en même temps que ses ministres dans la salle des banquets du palais présidentiel, Macky Sall avait cru bon de déclarer devant les caméras : « Si les Sénégalais ne prennent pas les vaccins, je vais les donner à d’autres pays africains qui en ont besoin. » Le président voulait sans doute motiver ses concitoyens. Il n’en a pas moins commis une bourde qui a provoqué un véritable tollé dans la presse et dans l’opinion. On lui a rappelé que les 200 000 doses de vaccin Sinopharm avaient été achetées avec l’argent du contribuable et qu’elles n’étaient donc pas sa propriété. Macky Sall a beau s’époumoner pour persuader ses compatriotes de l’efficacité du vaccin, rien n’y fait. En dépit des images, certains Sénégalais doutent d’ailleurs que le président ait été vacciné : « C’était une seringue vide », a-t-on pu entendre dans la rue.
Le Sénégal n’est pas le seul pays africain à marquer son aversion pour le vaccin anti-Covid. Le Soudan du Sud et le Malawi ont respectivement détruit 60 000 et 16 000 doses, faute de candidats. En Côte d’Ivoire, on a dû ouvrir sans condition la vaccination aux plus de 18 ans afin d’éviter de perdre les 500 000 doses reçues de Covax avant fin juin. Atteindre l’objectif de 60 % de vaccinés fixé par l’Union africaine reste donc un pari difficile.
Pendant ce temps, au Sénégal comme ailleurs sur le continent, le masque anti-Covid est remisé au placard, notamment dans les banlieues dakaroises et à l’intérieur du pays. Les baptêmes, mariages et autres obsèques ont repris leurs droits sous les tentes dressées dans la rue. Et aucune distanciation n’est plus observée dans les transports en commun et taxis collectifs qui chargent à plein. Les crises de paludisme qu’ont connues tous les Sénégalais étant enfants, et l’exposition au soleil, auraient-elles créé une immunité collective insoupçonnée ?