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BOUBACAR BORIS DIOP, LES “PATRIOTES” ET LEUR BOSS

 Boubacar Boris Diop, les jeunes et les moins jeunes « patriotes » sont libres de considérer que « l’homme politique majeur » que le Sénégal attendait depuis 60 ans maintenant est celui qui avoue s’être rendu, en violation du couvre feu, à un endroit où aucun d’entre eux n’a jamais pensé se rendre ou ne se rendrait pour rien au monde.

En même temps, celles et ceux, tous sympathiques aux yeux de Boris du fait de leur opposition au pouvoir, et pour qui la vie politique au Sénégal ne consiste qu’à choisir entre les moins bons et les mauvais, s’étonnent que les pires comploteurs qu’ils s’imaginent exploitent la faille pour en finir avec le gourou immaculé des « patriotes ». Quelle naïveté !

« La situation ubuesque que nous vivons, (…), écrit l’éditorialiste de Seneplus, est typique d’un pays où personne n’ose murmurer la moindre réserve à l’oreille du boss. » Cette impitoyable sentence put être opposée à son auteur dès lors que la thèse du complot permet à tous les « patriotes » d’omettre de dire à leur « boss » – ils en ont un eux aussi – qu’il  n’aurait jamais dû se rendre là où les « comploteurs » savaient qu’il se rendait régulièrement tout en se vantant d’être l’unique Mister clean de la politique.

Il y a plusieurs mois maintenant, l’auteur, avec l’intellectuelle malienne Aminata Dramane Traoré, de La Gloire des imposteurs (Philippe Rey, Paris, janvier 2014), provoqua une vive altercation écrite avec le philosophe Souleymane Bachir Diagne. Au cœur de la controverse se trouva bien malgré lui le professeur Cheikh Anta Diop dont le « jacobinisme » à la française que lui prêta Diagne heurta l’écrivain. Je n’en dirai naturellement pas plus, me contentant ici d’une deuxième citation de Boubacar Boris Diop tirée du texte –  « Merci pour ta permission, Bachir » – qu’il considéra comme la vraie claque au philosophe.

En voici la teneur : « J’ai en effet toujours préféré rester en retrait de la vie publique en tant que personne tout en prenant systématiquement position sur les questions politiques ou sociales de l’heure. » Je ne vois pas pourquoi celui qui a librement choisi  de « rester en retrait de la vie publique » serait plus motivé de distiller des réserves sur les choses de l’Etat et de la Nation que celles et ceux qui s’exposent à toutes les critiques justes et injustes pour avoir fait librement le pari d’être là où la moindre erreur n’est tolérée par aucun citoyen.

Pour ma part, c’est en faisant l’aveu de ne rien savoir sur l’affaire qui défraie la chronique, vraiment rien,   que je tends la perche à l’ami Boris en lui disant qu’un(e) opposant(e) n’a pas des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels supérieurs à ceux des autres et que notre société politique – il suffit de voir plus loin que son nombril – n’est pas aussi mal lotie que d’aucuns le voudraient et que l’affaissement total qu’ils en attendent pour pouvoir enfin la contrôler n’aura pas lieu. Abdoul Aziz DIOP, Conseiller spécial à la Présidence de la République

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