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AFGHANISTAN : L’INVASION DES BARBARES ET LE CAPITALISME DU DÉSASTRE. PAR PIERRE SARR


De Pierre Sané, ancien Secrétaire Général de Amnesty International

Ce n’est pas pour rien que l’Afghanistan a été baptisé « le cimetière des empires » – Genghis Khan , l’Empire britannique, l’Union soviétique, les États-Unis et l’OTAN aujourd’hui se sont tous fracassés les dents face à la résistance des farouches nationalistes Pashtun. Mais à voir cette débandade adroitement médiatisée, on finit par croire que les talibans (étudiants en théologie) sont les envahisseurs du pays et non des libérateurs déterminés (depuis 20 ans) à chasser les armées occidentales qui ont envahi et occupé leur pays.

Le plus bizarre, c’est bien sûr la fermeture précipitée des missions diplomatiques occidentales et l’évacuation des personnels par des héros pilotant des hélicoptères …sans essuyer un seul coup de feu !….Parce que la guerre est finie. À croire que les Talibans seraient des fous furieux (terroristes) animés par une idéologie barbare (islamisme), prêts à dévorer crus femmes et enfants et à massacrer aveuglément diplomates et personnels des ONGs occidentales. Alors qu’ils ont gagné la guerre, alors qu’ils assurent la continuité de l’État et qu’ils seront en attente de reconnaissance internationale. Pourquoi s’attaqueraient-ils à des diplomates protégés par des traités internationaux ?

Ah j’oubliais, ce sont des « fous furieux ». On peut faire confiance à Hollywood pour un jour fonctionnaliser ce script : l’invasion des barbares.

Que le commandement des talibans proclame une amnistie pour tous les fonctionnaires de l’État et leur demande de reprendre le travail (le 16 août), cette décision nous est présentée comme une ruse. Mais quel intérêt y aurait-il pour eux de paralyser un État désormais sous leur contrôle ?

Que l’inquiétude soit réelle quant au sort des collaborateurs afghans et qu’il faille les exfiltrer, quoi de plus normal. C’est le lot de toute guerre. La Deuxième Guerre mondiale a vu son lot de « collabos » français éliminés sans autre forme de procès. Il faut donc impérativement les évacuer et leur accorder l’asile.

Quant aux larmes de crocodile à propos de la démocratie et des droits des femmes, elles ne font plus impression dès lors que ces mêmes yeux s’assèchent lorsque le regard est porté sur l’Arabie Saoudite ou chez les propriétaires du PSG ou de Manchester City. Pensez-vous ! la non-ingérence est la règle dans les relations internationales. Circulez, il n’y a rien à voir.

Les femmes afghanes quant à elles sauront s’organiser pour résister et faire avancer leurs droits en s’appuyant sur la solidarité internationale. Nul besoin des GIs pour ce faire. Mais diaboliser les talibans (extrémistes, terroristes, fous de Dieu) permet de présenter cette guerre comme « ingagnable » et de se retirer après 20ans. Or comme l’a magistralement démontré Naomi Klein dans la « Stratégie du choc » (ouvrage magistral que je recommande vivement), l’objectif de la guerre contre le terrorisme n’est pas de la gagner militairement, mais d’en faire une énorme machine à profit.

Au lendemain des attentats du 11 septembre, Georges Bush (président), Dick Cheney (vice-président) et Donald Rumsfeld (Secrétaire à la Défense) ont mis en œuvre une entreprise systématique de privatisations massives des domaines de la Sécurité intérieure et de la Défense, externalisant vers le secteur privé des fonctions de surveillance, d’interrogation de suspects, d’exploitations de systèmes informatiques, de robotique et de communication, de construction et de gestion des bases militaires y compris l’alimentation de la troupe (Mac Donald et Pizza Hut) et tous les services nécessaires (les fameux contractors). Ceci sans compter les armements, avions de combat, chars, navires de guerre, etc.

Ainsi que nous le révèle Naomi Klein, l’administration Bush affecta pour la seule année 2003 la somme de 327 milliards de dollars à des marchés passés avec le secteur privé. Halliburton, Boeing, Lockheed, Carlyle, Gilead et autres explosent en bourse, enrichissant au passage les actionnaires (dont Dick Cheney et Donald Rumsfeld, voir p.374/375). La guerre et la reconstruction deviennent ainsi des entreprises rentables. Ce que Naomi Klein nomme le « capitalisme du désastre », englobant gestion des épidémies (vaccins), désastres naturels et bien sûr la guerre contre le terrorisme « qui n’est circonscrit ni par le temps ni par l’espace ni par sa cible » (p362).

Joe Biden qui a un agenda monumental d’investissements sur les infrastructures, sur les plans économique et social sans compter l’impact de la Covid-19, a sifflé la fin de la récréation, surfant sur la lassitude des Américains. Sa réélection en dépend.

De toute façon, ces néoconservateurs ont les poches pleines et achètent en ce moment des actions Bigpharma à tout va.

 

 

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