54 % des prostituées à Dakar ont-elles été étudiantes ou élèves ?

D’où vient cette statistique ?

Africa Check est entré en contact avec Ismail Kamby qui affirme avoir mené avec ses collaborateurs une étude sur la prostitution au Sénégal.

« Nous l’avons réalisée (l’étude) avec un cabinet sur un échantillon de 112 anciennes étudiantes et 98 anciennes élèves », explique-t-il sans donner plus de détails sur comment l’étude a été menée.

Sur l’échantillonnage, M. Kamby précise que les personnes interrogées « sont des prostituées, et parmi les prostituées il y avait d’anciennes étudiantes et élèves ».

L’étude n’est pas encore finalisée

Nous lui avons demandé si l’étude était disponible au public et aux médias.

« Non pas encore », nous a-t-il répondu. « C’est une partie de l’étude qui ne concerne que la région de Dakar qui a été publiée. Nous n’en avons pas encore fini », répond M. Kamby qui ne nous a pas fait parvenir la partie de l’étude portant sur Dakar.

Pour la date de finalisation de l’étude le coordonnateur de « Touche pas à ma sœur » répond ne pas savoir « d’autant plus que ce sera à l’échelle nationale ».

Que disent les autres données disponibles ?

L’Agence nationale de la statistique et de la démographie, ANSD, n’a aucune donnée récente sur la prostitution au Sénégal.

Moise Gning, documentaliste à l’ANSD a fait savoir à Africa Check que la structure ne dispose pas de statistiques actuelles sur la prostitution à Dakar et au Sénégal. Il dit que l’agence avait réalisé une étude sur ce sujet dans les années 80 mais les résultats ont été retirés de la base de données car ils sont aujourd’hui obsolètes et non utilisables.

A Dakar, le service d’hygiène sociale de l’Institut d’Hygiène Sociale de Médina (IHS) est chargé de répertorier les prostituées dans un fichier national. Il s’agit, précisément, des travailleuses du sexe légalement reconnues comme exerçant le métier de prostitution.

« L’expérience que nous avons infirme cette production-là (le pourcentage 54 %). Ça n’exprime pas la réalité des faits que nous avons ici », souligne Dr Ibrahima Traoré, médecin généraliste à l’IHS.

« On a une idée sur celles (les prostituées) qui viennent s’inscrire au fichier. Mais cela n’a rien à voir avec celles qui le font (se prostituent) et qui ne viennent pas s’inscrire ».

Dr Traoré indique également que les prostituées qui viennent s’inscrire et qui détiennent un carnet de santé, représentent « au moins 90 % d’entre elles (qui) n’ont pas fait l’école ».

« La plupart des gens qui viennent s’inscrire ici c’est vraiment des gens qui n’ont pas fait l’école. 90 à 95 % d’entre elles : (soit) elles sont illettrées, (soit) elles sont allées jusqu’au CM2. On a peut-être 1 ou 2 % qui ont fait des études au-delà du Brevet de fin d’études moyennes (BFEM). 0,7 ou 1 % ont fait l’université ».

Dr Traoré dit que ces statistiques sont basées sur le fichier sanitaire des travailleurs du sexe. Toutefois nous n’avons pas pu consulter ce fichier parce que le médecin nous a indiqué qu’il s’agit de données sensibles.

Enda Santé ne peut confirmer le chiffre 54 % non plus

Ibrahima Ba, chargé du volet suivi et évaluation d’Enda/Santé a indiqué à Africa Check que l’organisation n’est pas en mesure de corroborer ni de se prononcer amplement sur la statistique de 54 % et qu’elle ne détient aucune étude sur le sujet non plus.

« Nous ne pouvons pas confirmer ce pourcentage et nous ne détenons aucune information allant dans ce sens », a déclaré Ibrahima Ba.

Conclusion : pas de preuve que 54 % des prostituées à Dakar ont été étudiantes ou élèves

Ismail Kamby, coordonnateur du mouvement « Touche pas à ma sœur », a affirmé que 54 % des prostituées à Dakar ont été étudiantes ou élèves.

Contacté par Africa Check, il a précisé que cette donnée est tirée d’une étude pas encore finalisée.

Les données de l’Institut d’Hygiène Sociale (IHS) de Dakar, structure habilitée à répertorier les prostituées dans un fichier national, ne confirment pas cette donnée.

Selon le Dr Ibrahima Traoré, médecin généraliste à l’IHS, la majorité des travailleuses du sexe répertoriées par l’institut n’ont pas fait d’études ou se sont arrêtées à l’école primaire.

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